‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 234 sur 240 · Voir Notice historique, p. 287 etsuiv · texte numérisé non relu

Voir Notice historique, p. 287 etsuiv

3. Cette ville, située à 131 kilomètres nord de Bombay, appartient encore aux Portugais. C'est là que les Guèbres et l4s Parais, adorateurs du Teu et sectateurs de Zoroastre, conservent dans un temple, depuis plus de 1200 ans, le feu sacré qu'ils ont apporté de la Perse quand les persécuiioos des musulmans les contraignirent d'émigrer. Au milieu d'une chapelle carrée, une pierre supporte un vase d'airain, dans lequel brûle une flamme, qu'on ne laisse jamais éteindre et qui est alimentée par du bois et des parfums.

582 LES LUSIADES. CH. X (St. 65-67).

« licut est rassemblée au cap Gomorin. Nombreuse et « puissamment armée, elle se proclame d'avance la « libératrice de TAsie. Le vice-roi parait : la flotte est « frappée, anéantie, et Béadala devient la proie du vaince queur.

« C'en est fait; il n'a plus d'ennemis à combattre. « L'Inde pacifiée obéit en silence au sceptre qui la gou- « verne, Baticala seule a levé l'étendard de la révolte; « livrée, comme Béadala, à la fureur du glaive, aban- « donnée aux flammes, elle n'ofl*re plus qu'un désert « ensanglantée

« Ce héros, dont le nom semble appartenir au dieu a Mars, c'est Martin de Souza*. Dans la mêlée, c'est le « dieu des batailles; au conseil, c'est Minerve. Castro <( lui succède, et tient constamment déployé l'étendard « de la Lusitanie. Rivaux de gloire et de génie, si l'un a « fondé la citadelle de Diu, l'autre saura la défendre.

« Déjà le Persan belliqueux, le sauvage Abyssin, l'Ot- « toman féroce, vingt autres peuples, tous différents de « figure, de mœurs et de langage, se rassemblent sous « les murs de la forteresse : il» frémissent, ils blasphè- « ment; ils accusent le ciel, qui livre à de vils chrétiens « le territoire du prophète; ils jurent de se baigner dans « le sang portugais, d'en rougir les nattes guerrières « dont leurs lèvres sont hérissées '.

!• Voir les exploits de Martin de Souia dans la Notice historiqne, p. 292 et suiv.

2. Millié traduit : t Ce héros dont le nom semble appartenir an dieu des batailles, c'est Martin de Sousa, » et il fait ainsi disparaître de la traduction un jeu de mots qui existe dans le teite :

Este sera Martinho que de Marte 0 nome tem co' as obrai derivadu.

Ce rapprochement de Mars et de Martin n'est certainement pas heureux ; mais nous devons traduire l'auleur et non le corriprer.

3. La traduction littérale serait : « Ils jurent, les mécréants, de

LES LUSIADES. CH. X (St. 68-71). o83

« Le chef des assiégés, Mascarenhas S a fait un autre « serment ; il a juré de s*ensevelir, avec ses compagnons, « sous les ruines de la place. Le bronze tonnant, la ba- « liste et le bélier, les feux souterrains, rien n'ébranle « leur courage; ils se résignent avec joie aux horreurs a d'un trépas qui leur parait inévitable. Mais un libéra- « teur s'avance; c'est Castro. Ses deux fils le précèdent. « Partez, leur a-t-il dit, et mourez, s'il le faut, pour le « ciel et pour l'honneur.

« Fidèle aux leçons du héros, Fernand perd la vie sur « un rempart qu'une explosion subite a fait voler en « éclats. Ses membres dispersés retombent au oiiHcu « des débris, mais son âme est dans les cieux. Alvare, « son frère, accourt pour le venger. 11 marche à travers « les tempêtes, et triomphe des vents et des flots, et des (( ennemis qui s'opposaient à son passage.

u Castro le suit de près, fendant les ondes avec le reste « de l'armée. Une grande bataille se li\Te. Le courage « et le génie forcent la victoire à se déclarer pour les (('Portugais. Les uns franchissent les murailles; les au- (( très se font jour à travers les Barbares, et renversent (( leurs bataillons éperdus. Mémorables exploits, que ni (( CalUope, ni Clio ne sauraient dignement raconter!

(( De retour à Goa, l'intrépide Castro va chercher en (( plein champ le souverain de Cambaye, et dissipe d'un (( regard d'innombrables escadrons. Victorieux sans

baigner dans le sang portugais leurs mouslacbcs relevées en nattes. »

Em sangue Portuguez Jaram des<u'ido»

De baiihar os bigodes retorcidos.

La Harpe qui, dans sa Iraductinn, évite toutes les difflcalléft, dit simplement : u lis Jurent d'ensevelir tous les Portugais sous les ruines sanglantes de leur ville. »

1. Mascarenhas, qui avait succédé h Antoine de Sjrlveira dans lu commandement de Diu, s'appelait Jean. Il ne faut pan le conTondro avec ranoicîn vicn-roi. Pierre de Mascarenhas. Voir Notice hi>lori«|ur. p. 29G et suiv.

584 LB8 LUSIADES. CH. X (St. 72-7Ô).

« combattre, il se jette sur les terres d*Hydalcan, con- « fond son impuissante audace ; et du même bras dont « il châtie DabouP, il va, loin du rivage, planter ses « drapeaux sur les murs de Fonda *.

« Ces héros et d'autres encore viendront recueillir ici « le prix de leurs exploits. C'est en déployant dans les « batailles la valeur du dieu Mars ; c'est en sillonnant « des mers orageuses, en les couvrant de leurs glorieux « étendards, qu'ils arriveront à cette île fortunée, et « qu'ils trouveront à leur tour des nymphes immoru telles et des banquets divins'. D'aussi nobles récom- « penses n'appartiennent point à de vulgaires entrece prises. »

Ainsi chantait la nymphe, et toutes ses compagnes applaudissaient avec transport. C'était la fête de la gloire, l'heureux hymen de l'héroïsme et de la beauté. « Peuple vaillant, disaient-elles en chœur, que la force tune t'abandonne quand elle voudra : la gloire et la « renommée ne te seront jamais infidèles. »

Nourris de célestes aliments, enivrés des accords d'une divine harmonie, les enfants de Lusus contemplaient dans un religieux silence l'avenir qui brillait à leurs yeux, lorsque, pour ajouter encore aux charmes d'un si beau jour, Téthys adressa ces paroles à Gama :

« Mortel chéri des dieux, tes regards vont découvrir « <;e que la vaine science de l'homme n'aperçut jamais. <( Arme- toi de force et de prudence, et suis-moi d'un « pas ferme, avec tes compagnons, vers ce mont téné- « breux. » Elle dit, et guide le héros à travers une

1. Daboul ou Dabul, fait aujourd'hui parlie de la province deBed- Japour. Son porl est peu fri^quenté.

2. Voir le gouvernement et les hauts Taits de Jean de Caatru dans la Notice historique, p. 300 et suiv.

3. Res gerere, et captos ostendere civibus hostes Attingit solium Jovis, et ccelestia tentât.

(Hor., Éptt,, I; 17 ;v. 33-34.)

LES LUSIADES. CH. X (St. 76-77). 589

forèl sombre, escarpée, et jusqu'alors inaccessible aux humains.

Bientôt ils atteignent le sommet de la montagne^. Là se déploie une vaste plaine, émaillée de rubis et d'émeraudes. Les guerriers de Gama crurent fouler le parvis de rOlympe. Au milieu des airs apparaît un globe immense *, qu'une vive lumière environne et pénètre ; le centre en est aussi visible que la surface.

La matière qui le compose, se dérobe à Toeil même de Thétys ; mais on y distingue d'autres globes, ouvrage d'une main céleste qui voulut leur donner à tous un

1 . Milton, dans son poëme du Paradis perdu, a imité cette fiction poétique des Lutiades, L*archange Michel dit à Adam : « Apprends que je suis envoyé ici pour te découvrir tous les événements qui arriveront à toi, à ta race, dans les siècles futurs ; prépare-toi à contempler

Taspect du monde Monte sur celte colline; laisse Eve, dontJ*ai

abreuvé les paupières, dormir dans ce vallon, tandis que tu veilleras

pour embrasser Tavenir » Adam obéit avec reconnaissance ,

et tou# deux s*élèvent dans les visions de Dieu. Ils gravissent la montagne la plus élevée du Paradis : de ce sommet, tout Phémisphère du globe se découvre distinctement à la vue, qui plonge à la plus grande

portée de la perspective De là le regard d*Adam commande, quel

que soit leur emplacement, aux cités d'antique et moderne renommée, aux capitales des plus fameux empires, depuis les murs destinés pour Cambaitt, siège du Kan de Cathai, et depuis Samarcande, au bord de

rOxus, trône de Témir, Jusqu'à Pékin, séjour des rois de la Chine

Il découvre le royaume de Négus, Jusqu'à son port le plus éloigné, Erecco, et les petits États riverains de POcéan, Mombaza, Quiloa,

Mélinde et Sofala, qu'on dit être l'antique Ophir Ensuite, pour

lui ouvrir de plus nobles spectacles, Michel enlève le voile que le firuit trompeur a étendu sur les yeux d'Adam ; il les humecte avec trois gouttes de l'eau puisée à la source de vie. La- vertu de ce philtre pénètre si profondément dans le siège de la vie spirituelle, que, contraint de baisser sa paupière, Adam s'affaisse, et ses esprits tombent en extase; mais l'ange tutélaire le preud par la main, le rappelle à son attention, et lui découvre alors, sur les terres qui se développent à ses regards, les diverses générations de sa race ainsi que les faits qui doivent se produire au milieu d'elles avant et après le déluge. — Toute cette fiction qui, on le voit, se rapproche beaucoup de celle de Gamoens, est développée très-longuement dans le Xl« et le Xlle chant du poëme de Milton.

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