Ovide a développé cette pensée au XV<> livre des MétamoT
pk09€9 :
tic tempora verti
Cemimaf , atque illas aMumert robora gentes ;
Concidere hai
(V. 420-422 et suiT.)
3. De cette cité autrefois très- florissante et qui fut même, un moment, la eapitalu d'un royaume arabo, s'étendant des fies Bahreîn à celles d*Orroui, il ne reste plus que des ruines et quelques huttes de terre. — Une armée nombreuse était partie de ceUe ville pour marcher à la délivrance d'Ormuz, lorsque Philippe de Menezès la rencontra et layainquit bien qu'il n'eût avec lui qu'une troupe de peu d'importance.
4. Les annales du Portugal nous disent, en effet, que dom Pèdre de Souza, avant d'arriver à Ormuz, s'était signalé dans les mers d'Afk*ique. Il s'était emparé de la ville d'Ampaze, capitale d'un petit royaume du même nom, sur la côte de Zanguebar.
59i LES LUSIADBS. CH. X (St. 106-108).
« golfe s'offre à tes yeux ; il voit fleurir sur ses bords « Topuiente Gambaye et mille autres cités dont je tais « les noms. Elles attendent les enfants de Lusus.
« Suis des yeux ce rivage qui, du pays des Guzarates, « court vers le sud, et s'arrête au cap Gomorin. Les « guerriers de ta nation viendront bientôt le visiter; ils « remporteront des victoires, soumettront des villes et « des royaumes, et garderont longtemps leurs con- « quêtes.
« Entre Tlndus et le Gange, que de royaumes diffé- « rents! Deux codes religieux*, dictés par Tange des « ténèbres, partagent ce vaste pays entre Mabomet et « Brabma. Gontemple un moment la terre de Narsingue : « elle a reçu la dépouille mortelle de Tapôtre qui, de sa u main, toucha les blessures d'un Dieu.
« Là, s'élevait jadis, à quelque distance de la mer, c( une cité florissante. Gbarmés de sa beauté, les peuples « l'appelaient Méliapor^ G'était le temps où des lu-
1. Le Coran et les Védas. Le Coran (mot qui signifle lecture par excellence) est le livre sacré des musulmans. Composé par Mahomet qui l'avait reçu, disait-il, de la bouche de fange Gabriel, il est divisé en ZO sections, 1 1 1 chapitres et 1 G66 versets. C'est un code tout à la fois religieux, moral, civil, criminel, politique et militaire. 11 est écrit en arabe pur, mais le style en est si souvent obscur que les Arabes eux-mêmes sont obligés de recourir aux commentateurs dont les principaux sont Zamakchari et Beidhàwi. — Les Védas (mot qui signiQe livres de la science) sont les livres sacrés des Hindous : ils sont en langue sanscrite et au nombre de quatre : le Rig, TYadjour, le Sama et TAtharvan. Ils ont été inspirés, disent les Hindous, par le dieu Brahma, et sont aUribués à Vjrasa, solitaire indien, qui vécut, selon tes uns, au quinzième siècle^ et d'après les autres, au seixième siècle ivant Jésus -Christ.
2. Selon Duperron de Castéra, Méliapor,en langue malabare, signifle paon. D'après le môme auteur, suivi par La Harpe, l'ancienne ville de Méliapor élait située à douze lieues de la mer. Cependant elle n'était pas à l'abri des inondations^ ce qui détermina la habitant» à construire, à uni: plus grande distance du rivage , la nouvelle Méliapor que les Européens nomment aujourd'hui Saint-Thomé. C'est dans les ruines de l'ancienne que les Portugais prétendirent avoir trouvé le corps de l'apôtre saint Thomas. Adrien Baillet oppose à cette préten-
LES LUSIÂDBS. CH. X (Si. 109-113). 595
« mîères nouvelles, parties du sein de la Judée, com- « mençaient à dissiper les ténèbres qui couvraient le « reste du monde. L*ap6tre Thomas, voyageur évan- « gélique, avait pénétré jusqu'au royaume de Nar- <( singue.
(c II annonçait le Dieu vivant, guérissait les malades « et rappelait les morts à la vie, lorsqu'un jour la mer « apporta sur ces bords un arbre immense, arraché d'un « lointain rivage. Sa grandeur, son vaste contour, éton- « nent les regards. Colonne des forêts, il deviendra Tap- « pui d'un palais ou d'un temple : tel est l'ordre du roi. « Les câbles, les leviers, sont déjà prêts; cent bras se « meuvent à la fois. A leurs efforts le docile éléphant c( unit sa force et sa vigueur.
a L'énorme poids reste immobile. Mais l'envoyé du « Christ a paru ; il attache au tronc colossal son humble « ceinture. La masse obéissante le suit à l'instant, et va « se placer sur le sol où Thomas a résolu d'élever un « monument à la gloire du Dieu qu'il adore.
« La Foi transporte les montagnes. Cette parole de « son divin maître était gravée dans son cœur; elle « vient de s'accomplir à ses yeux. Le peuple, est saisi « d'admiration ; les Brahmanes étonnés s'inquiètent ; les « vertus de Thomas, ses prodiges, humilient leur orgueil « et discréditent leurs oracles.
« Cruels et jaloux, ils inventent mille artifices pour « lui ravir ses disciples, ou pour détruire l'effet de ses « discours; ils osent enfin conspirer sa perte; et ce « crime sera précédé d'un forfait plus épouvantable
tion de grandes el respectables autorités ; mais ce qu'il y a de certain, c^est qu'avant l'arrivée des Portugais dans les Indes, il eiislail dans ce pays, aussi bien qu^en Ethiopie, des chrétiens qui se disaient de Saint-Thomas, et dont la religion était une espèce de rite grec mêlé de Judaïsme. Cela justiâe jusqu'à un certain point les traditions adop* tées par Tauteur des Lutiades (M.).
596 LES LU8IADE8. CH. X (St. 113-117).
« encore. 0 hypocrisie I est-il pour la vertu une ennemie « plus cruelle que toi?
« Le chef des Brahmanes égorge son propre fils, et « redemande au pieux apôtre le sang de la victime. De « faux témoins accusent l'innocence, et Thomas est con- « damné. Sans secours, sans appui, seul au milieu des « Barbares, il en appelle au Tout-Puissant. Le ciel exauce « sa prière; et, pour confondre le crime, la nature va u suspendre ses lois.
« Qu'on apporte ici le corps de Tenfant, s'écrie l'homme « de Dieu ; que du sein de la mort, il fasse entendre la « vérité. Roi de Narsingue, et vous, peuple qui m'écou- « tez, en croirez-vous son témoignage? Il dit, et bientôt « le cadavre sanglant est déposé devant lui. — Au nom « du Dieu vivant, lève-toi. — Le jeune Indien se ranime, « et bénit la voix qui le rappelle à la vie. — Nomme « ton meurtrier. — Le voilà. — L'infortuné regardait « son père !
« Le crime est dévoilé, l'innocence triomphe, le mo- « narque idolâtre adore le Dieu des chrétiens. L'eau du « baptême coule sur son front, et son exemple entraîne « de nombreux néophytes : les uns baisent avec res- « pect les vêtements de l'apôtre; les autres publient les « louanges de son Dieu.
« Mais déjà la couronne du martyre flottait suspendue « sur sa tête : les Brahmanes avaient réveillé la pieuse « fureur d'une grossière multitude. Un jour qu'il instrui- « sait ses disciples, des clameurs tumultueuses s'élèvent « autour de lui ; une grêle de pierres obscurcit les airs. « Victime résignée, Thomas succombe à la tempête: « mais il meuil trop lentement au gré de ses bourreaux : « une lance homicide termine son supplice et sa vie.
« Généreux martyr, le Gange et l'Indus te pleurent : « la terre que tes pieds avaient foulée, te pleura. Le» « peuples surtout qui te devaient le bienfait de la Foi,
LES LUSIADBS. CH. X (St. llS-170). 597
« donnèrent des larmes à ta mort. Mais la joie éclata « parmi les anges, et leurs divins accords célébrèrent « ton entrée dans les cieux. Apôtre saint, porte nos vœux a aux pieds de TEternel, et sois toujours le protecteur « des enfants de la Lusitanie.
« Et vous, qui prenez si hardiment le nom d'envoyés « du ciel, successeurs des apôtres, que n'allez-vous, « comme eux, porter au loin le flambeau de la Foi? « Ah ! si rien ne peut vous arracher à ce pays où nul de « vous n'est prophète ; si la vertu qui devait purifier la « terre, se corrompt dans un lâche repos, comment « régénérer les nations infidèles, et tant d'âmes Infor* « tunées que d'impies novateurs ont infectées de leurs « poisons?
« Mais où m'emporte un zèle imprudent? Revenons « au tableau de l'univers ^ — Les rivages de Méliapor, « le royaume de Narsingue, et le beau pays d'Orixa, (( qui abonde en tissus précieux, sont baignés par le « golfe célèbre où le Gange apporte le tribut de ses « eaux; le Gange où l'Indien mourant croit laver toutes « les souillures de sa vie.
« Regarde ces campagnes fertiles que domine Chati- « gan : c'est le Bengale. Vois-le s'étendre sur l'autre « rive du golfe, et chercher vers le sud le royaume « d'Aracan*. Vois la plaine où s'élève Pégu'. Une femme, « jetée par la tempête sur une terre déserte, un chien,
1. C'eitl pour couper runiformité des descriplions géographique! que Camocns a inlroduit ici cet épisode du martyre de saint Thomas ; mais il faut avouer qu*il semble assez singulier que ce récit soit mis dans la bouche de Tt^thys.
2. Contrée de l'Indo-Chine qui s'étend entre la rivière NauT et les montagnes d*Yeomandong. Ce fut un royaume indépendant JunquVn 1783. époque à laquelle il Tut conquis par les Birmans, auxquels les Anglais Tenlevèrenl en 182t. U fait aujourd'hui partie de la Birmanie anglaise.
3. La ville de.Pégu, capitale d'un royaume qui portait le même
598 LBB LUSIADES. CH. Z (St. 131-122).
« seul compagnon de sa solitude, ont peuplé cette conte trée. Les mœurs des indigènes, leurs penchants mal « réprimés par des lois bizarres , tout décèle encore au- « jourd'hui leur monstrueuse origine.
« Vois Tavaï, dont les somptueux édifices pressent les « dernières limites du Pégu. Vois Tempire de Siam « s'avancer entre deux golfes. Là, fleurissent Tenasse- « rims qui donne son nom à son rivage, et Quéda*, si a renommée par son piquant aromate. Plus loin, c'est « Malacca; elle deviendra, sous vos lois, le centre d'un « commerce immense et le dépôt de toutes les richesses « de rOrient.
(( Une irruption des flots Ta séparée* de Sumatra ; le « souvenir de cette grande catastrophe vit encore dans « le pays. Des mines fécondes renouvellent sans cesse <t la source de ses richesses : c'est la Ghersonèse d'or « des anciens, et peut être aussi cette opulente Ophir^ « que fréquentaient les flottes de Salomon.
nom, était située sur un affluent de liraouaddy. Rasée par un empereur birman en 1757, elle fut rebAtie en 1 790 et prise par les Anglais en 1824.
1. TenaMerim, autrefois la capitale de toute une contrée, est en ruines depuis plus d'un siècle. Elle dépend aujourd'hui de la Birmanie anglaise.
2. Quéda ou Kédah, signifie endos pour prendre des éléphants. Ces animaux sont, en effet, très-nombreux dans le rojaume qui a pour capitale la ville de Kédah, située sur la côte occidentale de la presqu'île de Malacca.
8. Virgile explique de la même façon la séparation de la Sicile d'avec l'Itolie :
Haec loca, tî quondam et tuU conTuisa ruina, ( Tantum avi longinqua valet mutare vetuftasi ) Dissilttiue fcrunt, quiim protenus utraque tellus Uoa foret ; venit medio vi pontus, et uDdis Heiperium Siculo latus atMcidit, arvaque et urbes Litlore diductaa angusto ioterluit sstu.
(Virg.. Enéide, III, y, 414-419.)
4. On n'est pas d'accord sur cette contrée de l'Orient, du nom d'Ophir, où les flottes de Salomon allaient chercher de Tor. On la place aussi sur la côte deSofala, ou sur le littoral de l'Arabie Heureuse.
LES LUSIÂDES. CH. X (St. 133-1)6). o99
« De son extrémité qu'arrondit le promontoire de « Singapour, entrons dans ce long canal où se rétrécit « la route des navigateurs. Les sinuosités du rivage nous « conduisent aux royaumes de Lahang, de Patane, aux « vastes dépendances de l'empire de Siam. Le fleuve qui « les arrose, a pris naissance au lac de Ghamaï.
« Sur cette immense surface sont répandues des na- « tions encore ignorées : les peuples de Lao, Ûers de leur « nombre et de l'étendue de leur territoire* ; les Avans, « les Bramas, qui habitent une longue chaîne de monte tagnes. Vers les cimes les plus reculées, tu vois errer « les Guéos, hommes cruels et sauvages, qui dévorent « la chair de l'homme. Leur corps est orné de diverses « figures tracées avec un fer brûlant.
« A travers les plaines de Cambodge • coule le fleuve « Mécon', le souverain des eaux. Grossi du tribut qu'il « reçoit, en été, de mille autres rivières, il s'enfle comme « le Nil, et couvre au loin les campagnes. Les habitants a de ses rives ^ croient que les animaux ont aussi leur « Tartare et leur Elysée.
« Fleuve secourable I un jour, tes bords hospitaliers « sauveront du naufrage un poétique trésor, déjà trempé
K L*ancien royaume de Laos, partagé aujourd'hui entre Tempire birman, TAnnam et le royaume de Siain « s'étendait entre le Tonkin et la Cochinchine, à l'est, et le pays de Siam, à Touest : il avait 870 kilomètres du nord au sud, sur 365 de Test à l'ouest.
2. Le Cambodge, partagé depuis un demi-siècle entre les Siamois et les Annamites, et dont la France possède une partie méridionale, ne com* prenait pas moins de 350,000 kUomètres carrés. U était borné au nord par le Laos, à l'est par la Cochinchine, au sud par la mer de Chine et le golfe de Siam, et ù l'ouest par le royaume de Siam proprement dit.
3. l.e Mécon ou May-Kong naît sous le nom de Szatcliou dans le Thibet, et se jette dans la mer de la Chine, à l'est du golTe de Siam, après un cours de 2,600 kilomètres.
4. Camoens connaissait bien les habitants des rives de ce fleuve. C'est au milieu d'eux qu'il avait reçu l'hospitalité après son naufrage. Voir Notice biographique, p. 2 3 et 24.
600 LES LUSIADES. GH. I (Si. 127-130).
« de Tonde amère ; seul débris échappé auxécueils d'un « océan perfide, aux tempêtes, aux dangers sans nombre, « à toutes les misères qui accableront cet exilé dont la a lyre harmonieuse aura plus de gloire que de bonheur.
« Mais admire avec moi les rivages de Ciampa, char- « gés de forêts odoriférantes; la Cochinchine, encore « peu renommée, et Tanse inconnue d'Ainan; la Chine (c enfin, où Tabondance verse a pleines mains ses tréa sors. Ses vastes domaines s'étendent de Tardent tro- « pique à la zone glacée.
« Yois-tu cette grande muraille qui la sépare de ses « redoutables voisins i ? Elle atteste la grandeur et la a puissance de Tempire. Là, ce n'est point à la naissance a que le monarque doit sa couronne : le père ne la trans- « met point à son fils; le choix de la nation ne Tassure « qu'au courage, ennobli par la vertu.
« D'autres pays encore sont cachés dans la profondeur « du tableau : le jour n'est pas venu de soulever le voile « qui les couvre. Mais donne un regard à ces nobles a filles de l'Océan , à ces îles que la nature a comblées « de ses dons. Celle qui ne se montre qu'à demi, et qui « de loin regarde la Chme, c'est le Japon, où natt le pur (( argent ; il verra briller un instant le flambeau de la « Foi*.
a Dans l'Archipel oriental , non loin de Tidor, appa-
]• Celte muraille suit touteB les inégalités de la chaîne de montagnei qui sépare la Chine de la Tartarie. Presque partout bAtie en pierre, elle a 2,400 kilomètres d*étendue, 30 pieds de haut, ]&oa 20 pieds d^épaisseur. Elle est flanquée de tours éloignées d'une portée de flèche, dans chacune desquelles étaient logés autrefois quatre soldats. Aujourd'hui il n^y a plus de soldats qu*aux portes où ils remplissent les fonctions de douaniers.
2. De nombreux missionnaires, conduits par saint Frangois-Xavier, avaient reçu un bon accueil au Japon ; les premiers estrais de prédication avaient é(é heureux, et déjî le pays comptait un million d'adhérents à la religion catholique, lorsque certains dignitaires ecclésiastiques suscitèrent imprudemment des conflits d'étiquette. Le
LBS LUSIADBS. GH. X (Si. 131). 601
« raît Te^nate^ avec ses volcans qui vomissent des <c flammes. Vois ces arbres en fleur, dont les boutons « parfumés deviendront le prix du sang de tes compa- (c triotes. Suis dans son vol Toiseau doré , qui ne touche « la terre qu au moment où il abandonne la vie*.
« Les îles de Banda s^embellissentdes couleurs variées c( de leurs fruits et du plumage éclatant de leurs oiseaux « qui , d'un bec téméraire , ravissent au muscadier sa « noix odorante. Bornéo* recueille les larmes du camu phrier^, source de sa richesse et de sa gloire. Timor* c< livre au commerce le sandal*, qui embaume ses forêts.
gouvernement, Jaloux de son autorité, lança alors contre eux un décret de persécution, et le christianisme naissant s'éteignit dans le sang de ses néophytes.
f . Ile volcanique, dans la mer et Parchipel des Moluques, placée aujourd'hui sous la suzeraineté de la Hollande. Camoens y avait seséjourné ainsi que dans Tlle de Tidor, située un peu au sud de Ternate. Voir Notice biographique, p. 21.
2. L'oiseau mouche ou colibri, a L'émeraude, le rubis, la topaie , dit BufTon, brillent sur ses babils; il ne les souille Jamais de la poussière de la terre ; et, dans sa vie tout aérienne, on le voit à peine toucher le gazon p;ir instants ; il est toujours en l'air, volant de Qeurs en fleurs »
3. Bornéo est une grande lie de la Malaisie, dont la superûcio mesure 700,000 kilomètres carrés. Elle avait été découverte en 1521 par les Espagnols de Magellan.
4. Pour extraire le camphre de l'arbre qui le produit, on divise en fragmenls le bois de l'arbre, on le chauffe avec de Peau dans de grandes cucurbites de fer, surmontées de chapiteaux en terre dont l'intérieur est g;irni de cordes de paille de riz ; entraîné par la vapeur d'eau, le camphre t<e sublime et vient s'attacher à ces cordes à l'état de poudre grise. Cette extraction se fait au Japon, à Java, à Sumatra comme à Bornéo. Le camphre de Bornéo, au lieu de renfermer comme les autres, le carbone, Thydrogène et l'oxygène dans les rapports de (C" H»« 0*), les contient dans les proportions de (C*® H»» 0*;.
5. L'Ile de Timor, dont les Portugais possèdent encore la partie septentrionale, est située au sud des Moluques dans la mer et rarehipel de la Sonde. Elle a une étendue de 450 kilomètres sur 120 environ.
6. Le sandal ou santal est une sorte de bois que les peuples de l'Orient reclierchent beaucoup et brûlent comme parfum dans des cassolettes. Les Européens s'en servent pour fabriquer des coffrets, des bottes à parfums et de menus ouvrages de maniucterie.
602 LES LUSIADBS. CH. Z (St. 132-135).
(( Cette terre qui s'abaisse vers le sud et dont une (( partie se dérobe à nos yeux, c'est la Sonde. La nature « a placé dans ses déserts une source merveilleuse. Le « bois s'y métamorphose en caillou ; mais , si d'autres a ondes viennent se mêler à la sienne, elle perd sa vertu « première.
« Observe Sumatra ^ : le temps en a fait une île. Des « flammes ondoyantes s'élèvent de ses montagnes * ; une (( huile bienfaisante * coule de ses rochers ; ses arbres « distillent un parfuîn^ plus précieux que la myrrhe» a Avec les productions variées des autres Iles, Sumatra « donne encore la soie fine et l'or pur.
« Regarde Ceylan et cette montagne sourcilleuse « dont la cime va se perdre dans les nues ; montagne « sacrée aux yeux des indigènes qui révèrent la trace du « pied d'un homme, empreinte à son dernier sommet*. « Du sein des flots qui baignent les Maldives, s'élève le « cocotier avec ses larges • feuilles, et ses fruits salu- « taires dont la vertu émousse la force des plus subtils (( poisons.
« Reporte les yeux à l'entrée du golfe Arabique, et
1. Sumatra, découverte en 1508 par Siqueira, est la plus grande île de la Malaisie après Bornéo : elle a plus de 1600 kilomètres de long sur 300 de large.
2. A Toaest de Tile, les monts Gounong-Api ou Ophir, qui ont plus de quatre mille mètres de hauteur, contiennent plusieurs voleans.
3. Uarros parle d'une liqueur sulfureuse dont les habitants se servaient avec succès dans un certain nombre de maladies.
4. Il s'agit ici du benjoin, sorte de résine aromatique, qui découle par Incision de plusieurs arbres, et en particulier de l'arbre qu'on appelle styrai-bei^oin. Ce parfUm est employé comme encens dans les églises.
5. C'est ce qu'on a appelé le Pie d'Adam, haut de 2,227 mètres. Sur la roche qui forme le sommet de ce pic se trouve tracée l'empreinte du pied d'un homme, et les Orientaux en parlent toujours avec vénération ; les uns disent que c'est un vestige d'Adam ; les antres, que c'est la (race d'un solitaire indien très-renommé.
6. Les Teuilles du cocotier sont larges d'un mètre et longues de cinq ou six.
LES LUSIADES. CH. X (St. 136- IS7). «03
(c ramèDC-les sur les îles nombreuses qui bordent ces ri- « vages sablonneux que couvrent des masses de parfum < , « ouvrage mystérieux d^Amphitrite. Tout cet océan (c sera soumis à vos lois, depuis Socotora, qu'enrichit « Taloès aux sucs amers, jusqu'à Madagascar, que doit « illustrer encore le nom de saint Laurent.
u Telles sont, heureux navigateurs, les nouvelles con- « trées que vous donnez au mondée C'est vous qui, par « un prodige de courage, avez ouvert les portes de « rOrient. Mais il me reste à vous révéler encore l'ac- « tion hardie d'un Portugais, qui, mécontent de son « prince, ira se frayer à l'Occident une route dont « l'existence n'était pas même soupçonnée.
« Voyez cette vaste région, qui s'étend d'un pôle à M l'autre* ; elle étincelle de métaux précieux. On dirait « qu'Apollon a secoué sur elle l'or de sa chevelure. Cent « peuples divers en couvrent la surface : chacun d'eux
1. Des masses d'ambre flottent fréquemment à la surfaoe de ces mers.
2. En Taisant toute cette description de TAsie, qui est comme la péroraison et le couronnement des Lusiades, Camoens a montré Timportance des nouveaux débouchés livrés au commerce du monde par les expéditions portugaises. 11 ne pouvait, après cela, passer sous silence la précieuse découverte du détroit ouvert aux Espagnols par le portugais Magellan.
3. Le poëte ne fait qu'indiquer TAmérique : il ne pouvait entrer dans son sujet de célébrer longuement Christophe Colomb. Si celui-ci, moins heureux que Gama, n'a pas trouvé de Camoens pour élever un monument à sa gloire, il a du moins inspiré au Tasse une des plus belles pages de la Jérusalem délivrée. Au XV* chant du poème italien, la femme inconnue, qui conduit Ubaide, lui dit : c Un Jour viendra que les colonnes d'Hercule seront une fable méprisée des navigateurs. Et ces mers lointaines, aujourd'hui sans nom, ces nations inconnoes encore, déviendront célèbres parmi nous. Le plus hardi des vaisseaux fera le tour des mers : vainqueur de tous les obstacles et rivai du soleil, il mesurera l'immense étendue de la terre. — Un enfant de la Ligurie osera le premier tenter cette roule inconnue. Ni les frémissantes menaces du vent, ni la mer inhospitalière, ni les incertitudes du climat, aucun péril, aucune épouvante des plus terribles et des plus formidables, ne pourront entraver son généreux courage. — Tu
604 LES LUSIADBS. CH. X (Si. 138-140).
a a ses lois^ son culte et ses mœurs. C'est aux Castillans, « vos nobles rivaux, qu'il est réservé de soumettre cette « terre indépendante et d'en recueillir les trésors.
« Vous n'êtes point exclus de ce brillant héritage. Au « centre du nouveau continent S à l'endroit où vous le « voyez s'élargir, vous posséderez ces belles forêts dont « les arbres recèlent la couleur de la pourpre. Les pre- « miers navigateurs qui, après vous, sortiront des eaux « du Tage, iront planter sur cette terre l'étendard de la c( croix. Magellan les suivra ; Magellan, infidèle à son « pays, mais digne encore par son génie d'être compté « parmi les Portugais.
« Après avoir franchi plus de la moitié de l'espace qui « s'étend de l'équateur au pôle Antarctique, il verra la « terre des Géants*, et plus loin, le détroit qui portera « son nom, et deviendra son guide vers un autre M océan, vers d'autres régions que l'Auster enveloppe « de ses ailes glacées.
« Vous connaissez à présent , guerriers magnanimes, « tout ce que l'avenir réserve de gloire aux hommes « courageux qui viendront*, à votre exemple , sillonner
déploierai, ù Colomb, tes voiles Tortunées vent un nouveau pôle ti lointain, qu*à peine la renommée, qui a mille yeux et mille ailes, pourra suivre ton vol. Qu'elle chunle Alcide et bacchus ; il suffira pour ta gloire qu'elle le jette un seul regard. La moindre de tes actions sera digne d'inspirer le poâte et Thistorien. y (St. '60, 31 et 32.)
1 . Il est question ici du Brésil, découvert en 1 5U I par Alvarès (iabral.
2. La Patagonie fut découverte par Magullanen iSIO. Les habitants de la partie méridionale de ce pays, plus particulièrement appelés Patagons ou Tehuelhets, sont remarquables par leur haute taille qui dépasse souvent deux mètres.
3. La situation de Gama devant Téthys est la même que celle d'Êuée devant Ancliise, au \\^ livre de VEntidt, Téthys, en effet, indique à Gama les exploits futurs de la nation portugaise dans les Indes, et ne laisse partir les compagnons de Gania qu'après avoir embrasé leur cœur de l'amour de l'immortalilé. De même, dans VÉnéide, Ancliise, après s*étre placé 8ur une éminence pour voir déûler toutes
LES LUSIADES. CH. X (St. 141-142). C05
u les ondes orientales. Vous savez par quels travaux, « par quels nobles efforts, vous pouvez captiver vos « épouses immortelles et mériter les couronnes que leurs « mains vous préparent.
« Partez donc, enfants de Lusus. Le ciel vous sourit, « la mer vous appelle , la patrie vous tend les bras. » Elle dit, et les guerriers reprennent le chemin du rivage*. Leurs vaisseaux se remplissent d'abondantes provisions, doux présents de la déesse. Vous les suivrez, nymphes charmantes; vous serez encore leurs compagnes, quand le soleil aura cessé de luire sur le monde*.
Ils s'élancent sur les flots. La mer n'a plus d'orages : un souffle pur et léger les porte vers la terre qui les a vus naître; terre chérie, dont leur cœur ne fut jamais séparé. Le
les ombres sous ses yeux et les distinguer au passage, dévoile à Énée les grandes destinées de la race de Dardanus :
Et tumulum capit, unde omnes loDgo ordine posiet Ad versos légère, et venientûm discere vultns. n NuDC âge, Dardaniam prolem que deinde sequatur Gloria, qui roaneant Itala de gente nepotet, Illustres animas nostruroque ia nomen ituras Eipêdiam dictis, et te tua fata docebo. >
Il ne se sépare de son flls qu'après lui avoir montré toutes ces merveilles, qu^après avoir embrasé son cceur do l'amour de la gloire qui l'attend :
Quae postquaoi Anchises natum per singula daxit,
Incenditque aDimiim Taros venientis amore
Prosequitur dictis, portaque emittit ebuma.
1. Énée, lorsqu'il a entendu son père, reprend aussi le chemin (lu rivage :
nie viam secat ad naves
2. Duperron de Casléra observe avec raison combien les vers de cette slance prouvent une dernière fois que les nymplies de l'ile enciiantée ne sont que les figures de la gloire et des récompenses qui attendent le courage et la vertu des héros, même après leur mort.
606 LES LU8IADES. CH. X (St. f4M46).
Tage enfin les reçoit dans ses eaux. Guerriers modestes, ils déposent sur Tautel de la patrie , aux pieds d'un monarque adoré , le» couronnes et les trophées que leur valeur a conquis. *
C'est assez, Muse , c'est assez'. Ma lyre n'a plus d'accords, ma voix n'a plus d'accents. Et pour qui chanteraisje encore? La patrie ne m'entend plus. Un voile de tristesse a couvert son noble front. Insensible au charme des arts, morne et silencieuse, l'amour de l'or est la seule passion qui lui reste.
Quelle maligne influence nous a donc ravi dans les jours de la paix cet air serein qui ne nous abandonne jamais au milieu des fatigues de la guerre? Dis -moi pourtant , toi que les décrets du ciel ont placé sur le trône; dis-moi s'il est un peuple qui, plus que le tien, ait le droit d'aspirer à tous les genres de gloire et de bonheur.
Terribles dans les combats, patients dans les travaux, tes valeureux sujets bravent la faim, les veilles, le fer et la flamme , la flèche rapide et la balle meurtrière , les climats brûlants et les régions glacées, les coups de l'idolâtre et du Maure , les tempêtes et les naufrages , les abîmes et les monstres de l'Océan.
Heureux de recevoir les ordres que tu leur adresses de si loin, ils obéissent sans murmure. Tu les regardes, il suffit : ils iraient, sous tes drapeaux, combattre les noirs
1. Id finit l'acliOD du poème. — Le lecteur qui, après avoir étudié avec nous toute la poésie épique des Lusiades^ voudra connaître les principales poésies lyriques de Camoens, fera bien de recourir à Teteellent recueil qu'a publié madame la vicomtesse de Villa Maior, la digne compagne de Téminent directeur de l'université de Coïmbre. Ce recueil, précédé d'une introduction intéretisantc, est peu volumineux et a été fait avec beaucoup de goût ; il est intitulé : Poesias lyricat' setectax de Lnis de Camôes^ et a été édile à CoYmbre en 1876.
2. Au sujet de tout cet épilogue des Lusiades^ voir la Notice biographique, p. 35, et la Notice littéraire, p. 106.
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habitants des gouffres enflammés, et la victoire ne serait pas un moment incertaine.
Que ta bonté soit le prix de leurs efforts; qu'elle tempère la rigueur des lois qui les enchaînent : c'est la bonté qui consacre les rois. Que nos vieux guerriers puissent te voir, te parler et t'entendre. Us ont blanchi dans le métier des armes : eux seuls pourront t'indiquer le temps, les lieux et les moyens favorables au succès de tes desseins.
Récompense tous les services , encourage tous les talents ; mais que chacun de tes sujets se renferme dans les vertus de son état. Que les enfants du cloître prient pour la prospérité de ton règne ; que leurs saintes austérités expient les péchés du peuple. Le vrai ministre du ciel n'aspire point aux grandeurs humaines : Tor, la gloire et ses prestiges, tout est vil à ses yeux.
Honore ta vaillante noblesse. C'est au prix de son généreux sang qu'elle étend les conquêtes de la Foi et les bornes de ton empire. A ta voix, elle s'élance aux extrémités du monde ; elle y triomphe à la fois et du fer ennemi et de la fatigue, encore plus difficile à vaincre.
Que la Germanie et les Gaules, que l'Angleterre et l'Italie, forcées d'admirer nos vertus guerrières, cessent de nous refuser le talent de gouverner les royaumes que nous avons su conquérir. Éloigne de tes conseils la jeunesse présomptueuse et l'ignorance indocile. La science elle-même peut s'égarer, si l'expérience ne l'éclairé.
Un savant philosophe osa , devant Annibal , discourir sur l'art de la guerre ; et le savant fut raillé par le héros. L'art de la guerre ne s'apprend point dans les livres, ni dans le silence de la retraite : il faut l'étudier dans les camps et sur les champs de bataille.
Et quisuis-je, moi-même, pour oser te parler ainsi? Moi, le plus obscur de tes sujets; moi, qui n'attirai jamais ni tes regards ni ta pensée I 0 mon roi I pardonne à
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mon audace. Je puis encore , du sein de mon obscurité, attacher la gloire 4 ton nom. Je ne manque ni d'études savantes, ni d'expérience, ni de génie. Juge-moi sur cet écrit.
J'ai, pour te servir, ^ bras fait aux armes ; pour te chanter, une voix chàse wax Muses'. Je n'ai besoin que d'un suffrage qui donne da prix à mes travaux. Ah ! si le ciel m'accorde cette faTeufi et qu'il te plaise un jour de tenter une entreprise digne d'être chantée... Tu la ten> teras ; j'en ai pour garants les présages de mon âme el la noble ardeur de la tienne.
Remplis tes grandes destinées ; et quand , sur la rive africaine, Atlas épouvanté frémira devant toi; quand, aux plaines d'Alcacer, ton bras victorieux renversera les guerriers de Maroc et de Tarudant, ma muse, fièrc de ton estime, apprendra ta gloire à l'univers entier*; et,
1. Spiritual Phœbus inihi, Phœbua artem Carintnis, nomeoquc dédit poetœ.
(Hor., Orf., IV, 6, ▼. 29-30.) ,