Chant VU, oct
NOTICE SUR LES LUSIADB8. iOi
Ton de Castéra', qu'il ait été un disciple de ces Arabes qui, dans les universités de la Péninsule ^^ ayaient étudié la littérature des anciens, et il suffit que le fait soit possible pour que Camoens ait eu le droit de placer dans la bouche de ce personnage tout ce qu'il a cru convenable au développement de son sujet. Le rôle de Mozalde est assurément moins extraordinaire que celui de Yafirin dans la Jérusalem délivrée, de cet écuyer de Tancrède, qui pariait couramment toutes les langues de TAfrique et de l'Asie.
La critique de Voltaire n'est pas mieux fondée en ce qui concerne le roi de Mélinde. « Gama, dit-il, compare devant lui sa navigation à celle d'Ulysse et d'Énée, comme si un barbare africain de la côte de Zanguébar savait son Homère et son Virgile. » N'est-il pas curieux d'entendre un pareil reproche de la part de Voltaire, qui lui-même, dans une de ses tragédies, fait dire à Zopire, parlant à Mahomet :
En Egypte Osiris, Zoroastre en Asie,
Chez les Cretois Minos, Numa dans Tltalie,
A des peuples sans mœurs, et sans culte, et sans rois,
Donnèrent aisément d'insuffisantes lois.
Et ne devons-nous pas nous étonner de le voir, en
1. Autear d*une traduction des Lusiadts qui laisse beaucoup à désirer.
2. L*écoIe établie «& Coi^oue par les Arabes, dès le dixième siècle, STait produit des poètes et des savants en assez grand nombre : Raphaël a même représenté l'un d*eux, Averroès, dans son tableau de l'école d*Athènes, à côté des plus beaux génies de la Grèce. Plus tard, lors-
critiquant les Lasiades, confondre ici les Arabes mahométans avec les peuples sauvages de la partie mérir dionale de TÂlrique? Certes, tous ces Arabes qui se trouvaient répandus sur la côte orientale et jusque dans les Indes, n'étaient pas un peuple sans littérature ; ils avaient dans leur langue un grand nombre de livres de science et d'histoire ; ils possédaient les traductions des meilleurs ouvrages de l'antiquité. Et pourquoi le roi de Mélinde aurait-il été plus grossier et plus ignorant qu'un autre? L'historien Osorius remarque précisément, en parlant de ce prince qui accueillit si favorablement les Portugais, qu*il n'avait rien d'un barbare, que dans son air, dans ses paroles, tout annonçait des qualités dignes du trône : « In onmi autem sermone princeps ille non homiais barbari spécimen dabat, sed ingenium et prudentiam eo loco dignam prœ se ferebat ^ » Il était donc bien permis à Camoens de le représenter comme un homme qui ne manquait pas d'instruction ; et, pour marquer davantage sa pensée, tout en se justifiant par l'exemple de Virgile, le poëte prête au monarque une réponse absolument semblable à celle que Didon fait, dans VÉnéidey au discours d'Ilionée ^ : « Nous ne sommes que des
quUlt earent été peu à peu dépouillés de toutes leurs conquêtes dam la Péninsule, les Arabes portèrent dans leurs établissements d^Afrique et d*Asie une partie des connaissances dont ils sTaient enrichi TÊurope.