Strab., 111^154 et suif
taniens épuisés se résignèrent alors à demander la paix ; les Geltibériens se la virent imposer par Sempronius Gracchus. Celui-ci, d^ailleurs, ne fit de dures conditions à aucun d'eux : la bonne foi, la douceur qu'il montra dans toutes ses relations avec les diverses nations, beancoap plus que le succès de ses armes, lui valurent one soumission sincère, et TEspagne paraissait, en 178, définitivement conquise. Jusqu'à Tannée 153,1e repos de ce pays ne fut plus troublé qu'une seule fois par les Gel- U)ériens : l'instigateur de leur révolte ayant été tué par 'es gardes du consul dans la tente duquel il avait voulu Pénétrer pendant la nuit, le mouvement fut immédiate- 'tient réprimé. Cependant les successeurs de Sempronius étaient loin d'imiter sa vertu et sa justice : les richesses 4« l'Espagne excitaient la cupidité des préteurs , qui ne ^^ulaient devant aucune extorsion pour réparer à la ^te une fortune que bien souvent ils avaient dissipée à ^ome dans d'indignes débauches ou de scandaleuses élections. De leur cupidité naissait, en tous lieux, la liaine de la domination romaine.
Les émissaires de Carthage purent à leur tour soulever l'indignation publique contre une telle tyrannie ; les Arévaques de Numance prirent les armes et battirent trois fois les troupes envoyées contre eux; en même temps, les Lusitaniens tuèrent un préteur et triomphèrent de Galba. Les chefs romains, après leurs défaites, se désbonorèrent par les actes de la plus insigne perfidie : le consol Lncullus avait traité avec les habitants d'une yîHe des Vaccéens ; dès qu'ils eurent ouvert leurs portes, il en tua vingt mille et vendit le reste ; Galba agit de même envers les Lusitaniens : il leur offrit des terres fertiles pour les disperser, puis en massacra trente mille et gorgea ses soldats de butin.
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Viriata.
Echappé à cette horrible boucherie^ un jeune pâtre, du nom de Viriate, réunit les bandes éparses de ses compatriotes, les conduisit au lieu du massacre et leur fit jurer avec lui, sur les cadavres de leurs frères, une haine éternelle aux Romains. Connaissant tous les sentiers des montagnes, il commença contre eux une guerre de surprises et d^escarmouches qui eut tant de succès que les Lusitaniens le reconnurent bientôt pour leur seul chef (149), et, pendant cinq ans, il vainquit tous les généraux lancés à sa poursuite. Ses victoires entraînèrent les Geltibériens. Ceux-ci, à la vérité, furent battus durant deux années (143-42) par Métellus le Macédonique, mais leur révolte n'en fut pas moins utile à Viriate, puisqu'elle mit les armées ennemies dans la nécessité de se diviser. Il réussit à en enfermer une entière dans un défilé, la fit capituler (141) et imposa ce traité que ratifièrent les comices : « Il y aura paix à Tavenir entre les peuples romains et Yiriate, et chaque parti conservera ce qu*U possède. » Il avait balancé pendant huit ans la fortune de Rome, lorsqu'un nouveau général, Quintus Servilius Cépion, le surprit au moment où il s'abandonnait sans défiance aux serments reçus, le rejeta dans les montagnes et l'y fit assassiner par deux traîtres. Cette mort, dit Florus, mit le sceau à sa gloire, puisqu'il sembla qm Cépion avait jugé ne pouvoir le vaincre autrement. Hanc hosti glortam dédit, ut videretur aliter vinci non potuùsem
Yiriate avait sa place naturellement marquée dan» la liste des glorieux enfants de Lusus. « Quel est ce guerrier, dit Camoens, dont l'aspect m'épouvante? Il couvre de mort les champs de bataille, renverse des cohortes entières et foule aux pieds des drapeaux où deux aigles
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sont peintes. C'est Viriate. Ce héros fut berger. Plus habile à manier la lance que la houlette, il battit des préteurs et des consuls, et fit trembler les maîtres du inonde. Rome, qu'il avait humiliée, Rome, autrefois si généreuse envers Pyrrhus, fît périr par un lâche assassinat le héros qu'elle n'avait pu vaincre. Triste exemple d*une nation civilisée, sacrifiant le droit des gens à son orgueil et Thonneur à ses intérêts ^ »
Les Lusitaniens, après avoir perdu' leur chef, se sou- Qûrentet ne donnèrent même pas à Cépion l'occasion de couvrir d'un peu de gloire sa perfidie. Beaucoup furent ^sportés au milieu de peuples façonnés au joug de ftome, sur les bords de la Méditerranée, où Bru tus, successeur de Cépion, leur fit bâtir Valence. D'autres, après *^tre réfugiés dans les montagnes, gagnèrent le nord de '^ péninsule, et se jetèrent dans la ville de Numance, ce dernier asile de l'indépendance espagnole, qui lutta jusî^'en 133 contre les consuls romains et ne put être abat- *'îe que par celui qui avait renversé Carthage.
SertoiiuB.
Home était arrivée à l'apogée de sa force et de sa ^^^issance militaire: les Lusitaniens affaiblis ne pouvaient ^' ^s songer à secouer le joug qui pesait sur eux. Ce ne '^t. qu'un demi-siècle plus tard qu'il leur fut possible de l^^H^fitcr des guerres civiles de la république pour essayer ^^ recouvrer leur liberté.
Sertorius, partisan de Marins, s'était rendu comme p^**^teur en Espagne (82). Il connaissait déjà le pays où ^ ^vait servi en qualité de tribun militaire : il en avait ^^^adié les ressources et l'esprit des habitants. Ses ma-
<. Ch. VU], st. S et 6.
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nières affables et bienveillantes, qui contrastaient avi rinsolence et i*avidité des autres gouverneurs, sa bn voure et sa réputation militaire groupaient autour de li un assez grand nombre de volontaires. Trop faible d*f bord pour résister au proconsul Annius, envoyé par Syll (81), il s*était embarqué avec ses troupes et errait, d< puis quelques mois, des côtes d'Espagne à celles d'Aft que, lorsque les Lusitaniens, opprimés par Annius^raf pelèrent à leur secours. Il arriva avec dix-neuf cen Romains marianistes et sept cents Africains : les Los taniens lui fournirent quatre mille fantassins et sept œn cavaliers. Avec cette armée, qui ne comptait pas bu mille hommes, il osa déclarer la guerre à Sylla, qui di posait de toutes les forces de Rome, et ses premieraso ces furent assez importants pour mettre le dictaiei dans là nécessité d'envoyer contre lui Métellus.
Gëlui-ci s'était promis de venir rapidement à bout d*ii ennemi si faible, qu'une seule bataille, pensait-il, deva suffire pour le détruire. Ses calculs furent trompés : h rapides mouvements, les attaques imprévues, les bn vades de Sertorius le déconcertaient constamment sai jamais lui permettre aucun grand combat régulier, appela alors à son aide le proconsul de la Narbonais LoUius, qui se mit en marche avec trois légions; il ei voya au-devant d'elles une division et son questeu Mais Sertorius enleva cette division avant l'arrivée d< trois légions, battit complètement Lollius dès qu'il d< boucha des Pyrénées, puis, revenant à la hâte dans '. Sud, dégagea la ville de Lacobriga qu'assiégeait Méte lus, et le força d'évacuer la Lusitanie et de se replier si l'Èbre.
Les peuples espagnols s'associaient franchement au Lusitaniens pour seconder Sertorius, qu'ils regardaiei comme un libérateur. Tous avaient mis leur confiant en lui ; il ne négligeait rien d'ailleurs pour se les aiti
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cher: Q fortifiait leurs villes, ne laissait jamais les troupes à la charge des habitants, ne souffrait de la part de ses soldats romains aucune licence, et commandait le respect par la sévérité de ses mœurs. Il leur avait même pei'suiEidé qu'il était le favori des dieux et qu'une biche blanche, dont il était toujours suivi, lui communiquait leurs messages. Ce singulier stratagème, qui suffisait à la crédulité de peuples enfants, est rappelé par Gamoens comme par la plupart des historiens * : a Voyez cet étranger qui, réfugié parmi nous, guide nos étendards contre son injuste patrie. G*est à nous qu'il devra sa renommée. Depuis longtemps les guerriers de la Lusitanie avaient fait leurs preuves de courage. Avec eux, il triomphe des 9^^ %les romaines. — Voyez par quel heureux artifice il s'empare de Tesprit des peuples ! Une biche apprivoisée s'approche de son oreille et lui promet la victoire. Sertonus entend la voix de l'oracle, et tout marche à la voix de Sertorius *. »
Cependant les Lusitaniens et les Espagnols n'étaient pas sans s'apercevoir qu'il était resté romain au milieu d'eux, et que les partisans de Marins, comme ceux de Sylla, cherchaient à maintenir à leur profit la domination de Rome sur les provinces. Lorsque Lépide eut été défait en Étrurie (77), et que Perpenna, avec plusieurs sénateurs et patriciens, eut transporté les débris de l'ariQée marianite en Espagne, Sertorius forma, dans le P&ys, un Sénat de trois cents membres ; mais il n'admit aucun Lusitanien, aucun Espagnol. S'il faisait enseigner *w indigènes la tactique militaire des Romains, il prenait soin de ne leur confier aucun grade dans ses trou- P^t et s'il réunissait à Osca (Huesca), dans une brillante école, les enfants des meilleures familles, c'était sans
'• V. DuruT, Histoire det Romains, t. II. '• Ch. Vin, st. 7 et 8.
doute moins pour les instruire dans les lettres grecques et latines que pour avoir en eux des otages de la fidélité de leurs parents. Les peuples de la péninsule, malgré leur attachement pour lui, n'étaient pas assez aveugles pour ne pas comprendre sa conduite ; seulement il était doux et bienveillant pour eux, tandis que Métellus les menaçait de nouveaux impôts et de nouvelles exactions. Us lui restaient donc fidèles et dévoués.
Sa puissance devint telle, un moment, qu'il parvint à soulever les Aquitains, à entraîner la Narbonaise, à faire occuper par un de ses lieutenants les passages des Alpes. Le Sénat efirayé envoya Pompée au secours de Métellus. Avec trente mille fantassins et mille cavaliers. Pompée s'ouvrit une route nouvelle par les Alpes pennines, tourna les cohortes espagnoles, qui se replièrent sur les Pyrénées, punit cruellement la Narbonaise en la mettant a feu et à sang, entra en Espagne et se porta directement sur la ville de Lauron, que Sertorius tenait assiégée. « J'apprendrai à cet écolier, s'écria celui-ci à la nouvelle de son arrivée, qu'un général doit plutôt regarder derrière que devant lui. » Il le surprit en plusieurs rencontres, prit Lauron en sa présence et le repoussa au delà de l'Èbre (76).
L'année suivante, Sertorius vainquit encore Pompée plus d'une fois, et lui fit perdre, en un seul jour, plus de six mille hommes ; mîiis s'il était toujours heureux lorsqu'il commandait lui-même, ses lieutenants n'avaient pas le même bonheur: Hirtulérius et Perpenna essuyèrent quelques graves échecs.
Sur ces entrefaites, Mithridate, qui s'apprêtait de nouveau à la lutte, et qui voyait dansies succès de Sertorius une utile diversion, lui fit off'rir des vaisseaux et de l'argent, en lui demandant de lui abandonner l'Asie. « Nos victoires, lui répondit-il, doivent agrandir et non diminuer l'empire de Rome » et il ne consentit qu'à la ces-
sion de la Gappadoce et de la Bithynie. L'alliance n*en Int pas moins conclue. Mais quels résultats pouvait-elle produire entre deux alliés qui se trouvaient séparés par une distance de mille lieues, et qui n'avaient entre eux d'autre lien, d'autre moyen de communication que les pirates?
HéteUus prit prétexte de ce traité, conclu avec un en- -wt
Demi de Rome, pour mettre à prix la tète de Sertorius. I^ récompenses magnifiques qu'il proposa ne tentèrent personne, et l'année 74 fut encore heureuse pour les Lu- ^^ens. Pompée tenta vainement de pénétrer dans ^ear pays : ils le repoussèrent ; Sertorius, l'entraînant ensuite vers le nord, le battit dans les environs de Cala- * " ^rrisetle contraignit de se retirer jusqu'en Gaule.
Ce fut à cette époque que, s'enorgueillissant de ses ***Ccès, il abandonna les habitudes de modération et " ^flJEtbilité qui, jusque-là, lui avaient concilié les peu- P*Gs: il devint tout à coup hautain, soupçonneux, cruel : ^ Sembla prendre à tâche de leur témoigner qu'il n'avait J^tHais agi qu'en vue d'une ambition toute personnelle. Quelques historiens attribuent cette transformation su- ^Ue à une autre cause: les sénateurs, dont il s'était enduré, se seraient vus avec dépit obligés d'obéir à un parvenu, et, pour le perdre, auraient cherché à le rendre <>(Ueux en opprimant sous son nom les Lusitaniens et les Espagnols. Toujours est-il que, des murmures s'étant élevés contre son administration, il réprima les mécontentements avec dureté : il fit même égorger ou vendre quelques-uns des enfants qu'il retenait à Osca. La troupe d'alliés fidèles qui l'entourait autrefois, prête à mourir '^■ pour lui, se dispersa, et Perpenna, s'étant mis à la tète ' ^ d'une conspiration, le fit assassiner au milieu d'un festin.
Perpenna n'avait, pour prendre sa place, ni ses qua- v*' lités de général, ni la confiance des peuples ; Pompée triompha de lui facilement et s'empara bientôt de sa
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personne. Mais les Lusitaniens ne déposèrent pas les armes sans combat. Le dévouement que Sertorius avait su leur inspirer était tel que plusieurs s'étaient tués sur son tombeau : les autres, qui ne s'étaient associés à lui que pour défendre leur indépendance nationale, continuèrent la lutte ; ils se renfermèrent dans leurs villes et leurs montagnes, où ils se défendirent longtemps avec racharnement naturel à leur race. Nous les retrouvons encore, en Tan 60, résistant intrépidement à César, qui revint, avec le titre d'Imperator, d'une pénible expédir tion dirigée contre eux et les Gallaïques.
Soumission définitive des Lusitaniens. — Domination romaine Jusqu'en 407 ap. J.-G.
Ce fut sous Auguste seulement que la péninsule tout entière reçut définitivement l'organisation romaine. Une division nouvelle changea les anciennes habitudes des peuples : laCitérieurc, devenue Tarraconaise, fut agrandie, et l'Ultérieure fut partagée en Lusitanie et Bétique. Celle-ci jouait en Espagne le rôle de la Narbonaise en Gaule : elle adoptait aisément les mœurs et la manière de vivre des Romains : plusieurs de ses habitants avaient déjà reçu le jus Latii; Auguste multiplia chez eux les concessions de ce genre. Mais la partie occidentale, plus rebelle à la civilisation des conquérants, fut enveloppée par une chaîne de postes militaires : les Astures furent gardés par Léon et Astorga, les Gallaïques par Braga, les Lusitaniens par Évora, Lisbonne, Béja et Mérida, leur capitale. Ces quatre colonies ne parurent même pas suffisantes pour assurer leur soumission : une partie d'entre eux furent transportés au sud du Tage, plus près de la Bétique et des peuples devenus romains; ceux
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qu'on laissa au nord du fleuve furent contraints d*y bâtir des villes.
Le second * voyage qu'Auguste fit dans les provinces oecidentales durant les années i5, 44 et i3, acheva cette organisation du pays. Il s'efforça d'effacer partout les souvenirs irritants des anciennes guerres, et, dans cette intention, il prit soin, comme il l'avait fait en Gaule, de changer les noms des principales villes ou d'en créer de nouvelles : Ulyssippo fut changé en Félicitas Julia, Sca- ^^is en Prcesidiîim Julianum ; la ville d'Évora fut la ^^^éraUté de César , Liberalitas Julia; Badajoz, Pax Au- ^**»to;Braga, Bracara Aw^ttsto/Mérida, Augusta Eme- ^fa. En même temps, par des travaux grandioses qui Jetaient des ponts sur les fleuves et qui perçaient des ^Utes à travers les montagnes ; par la surveillance des ^^gions et l'action des colonies militaires, il établit en ^us lieux une sécurité qui contribua beaucoup à développer chez les indigènes le goût d'un bien-être inconnu JUsqa*alors. Le brigandage disparut, dit Velleius Pater- ^^us *, et Strabon, quelques années plus tard, écrivait ^D parlant de la Lusitanie: << Maintenant cinquante peuples, autrefois toujours en armes^ y vivent en paix, mêlés à des colons italiens. »
A partir de cette pacification générale, les Lusitaniens n'eurent plus d'histoire particulière. Dans les paisibles laboureurs de la vallée du Tage, Viriate aurait difficilement reconnu les fils des farouches guerriers qui avaient infligé au Sénat la honte d'un traité conclu avec eux, comme avec un peuple égal à celui de Rome. Désormais, avides de tranquillité autant qu'ils l'avaient été de combats, ils devinrent, comme les autres Espagnols, aussi dévoués aux Romains qu'ils leur avaient été hos-
1. Auguste a?ait tkïi un premier foyage en Gaule dès l'an 37.