Yell. Paterc.,n, 91. — Voir aussi Dion, LIV
tilcs ; ils élevèrent des autels à Tempereur qui les avait pacifiés : ils voulurent compter leurs années par Tère d'Auguste *.
Pendant les quatre siècles que dura encore la domination romaine, il ne se produisit chez eux aucun réveil d*indépendance, aucun grand fait particulier : ils jouirent d'une prospérité à peu près constante. Ils eurent bien, lorsque la religion du Christ eut pénétré parmi eux, à supporter les persécutigns qui s'étendirent, à plusieurs reprises, sur toute la surface de Tempire, mais leur situation exceptionnelle, à l'extrémité du monde, sur les bords de l'Océan, leur permit de ne se mêler à aucune des luttes intestines qui troublèrent et divisèrent tant de fois les autres peuples ; ils ne furent pas non plus, comme les nations voisines de l'Euphrate, du Danube et du Rhin, condamnés à lutter sans cesse contre les invasions des Barbares.
InTasion des Barbares en lioai tante. — Domination
des Visigoths (409-711).
Mais vers l'an 409, après avoir ravagé la Gaule, les Suèves, les Alains et les Vandales se jetèrent sur TEspagne, en chassèrent les ofQciers impériaux et se la partagèrent. Dans ce démembrement de la péninsule, la Galice et la Lusitanie échurent aux Suèves.
Cependant, après la mort d'Alaric qui s'était emparé de Rome, son beau-frère Ataulf avait pris le commandement des Visigoths. Barbare par son origine seulement, ce prince avait les sentiments et les penchants d'un
1. Cette ère, qui commençait à l'an 38 av. J.-C. et que l'Espagne seule adopta, devait se conserver en Aragon jusqu'en 13.S8, et, en Portugal jusqu'en 1415. — Dcpping, II, V; Rosseeuw-Saint-Hilaire, Bnt, d'tUp,, I, 131.
iiomme civilisé : plein de respect pour ce monde romain dont il admirait Torganisation, il avait renoncé, comme il le disait lui-même, au projet de fonder un grand empire gothique et « avait mis toute sa gloire à mériter la reconnaissance de la postérité en employant la valeur des Goths, non à renverser, mais à défendre Tempire rx>main et à maintenir sa prospérité ^ » Il avait négocié a.vec Honorius, lui avait demandé la main de sa sœur Placidie et, à la condition de recevoir une quantité de blé nécessaire à Tentretien de son armée, il s'était engagé à évacuer Tltalie pour purger la Gaule et TEspagne des usurpateurs et des Barbares qui les dévastaient. Fidèle à ses promesses, il marcha contre Jovin et Sébastien, battit leur armée, s'empara de leurs personnes et les fit décapiter ; il se préparait à franchir les Pyrénées, lorsqu'il mourut assassiné (415). Wallia, son successeur, c^ontinua son œuvre. Attaquant résolument les Barbares qui occupaient l'Espagne, il extermina les Silingues, Anéantit presque entièrement les Alains, refoula les Vandales dans la Bétique, et les Suèves dans les montagnes de la Galice (419).
L#es Suèves furent alors réduits aux étroites limites du
Duero et de l'Océan, avecBraccara (Braga) pour capitale.
Il est vrai que, peu après, ils reprirent quelque puissance,
surtout de 438 à 435, sous les rois Réchila et Réchiaire :
ils s'emparèrent de nouveau de la Lusitanie et s'étendi-
irent jusqu'à la Bétique. Mais, dès 45G, Théodoric II les
Tefoula dans leurs anciennes limites, et le Duero redevint
la frontière des deux royaumes jusqu'en 585, époque à
laquelle Leovigilde, ayant complètement détruit les Suè-
ires, réunit leurs possessions à celles des Visigoths , qui
dominèrent sur toute la péninsule.
1. Elegisse te saltem. ut gloriam de restituendo in integrum augendoqae romano nomine Gothoruoi viribus compararel. Oroae. V. tft«urire du moyen ùge^ de M. H. CheYaiUer.
Au milieu de tous ces peuples barbares qui se partageaient les débris de Tempire romain, les Lusitaniens ne furent pas malheureux de tomber sous la domination des Yisigoths. C'était une nation intelligente, douce et conciliante ; leurs chefs n'abusèrent pas des droits de la conquête: ils s'efforcèrent, au contraire, de concilier tous les intérêts des vainqueurs et des vaincus, abjurèrent même Tarianisme, qu'ils professaient depuis leur conversion, respectèrent les anciennes divisions territoriales, et laissèrent en grande partie aux habitants du pays le gouvernement général des affaires. Leurs lois, les moins dures et les plus savantes des lois des Barbares, recueillies sous Ëuric, puis fondues, sous Alaric II, avec le Brevîartum d'Anien en un code, connu sous le nom de Forum judîcum, devaient rester justement célèbres *.
Leurs dissensions intestines furent cause de leur ruine. Roderic, fils d'un duc de Gordoue qui avait eu les yeux crevés par ordre de Witika, arma contre ce roi et le renversa en 7 i 0. Mais les fils et parents de Witika, unis au comte Julien, gouverneur de Geuta, et à Oppès, archevêque de Séville, firent un indigne appel aux infidèles. Housa, gouverneur de l'Afrique, n'hésita pas à engager la lutte entre les conquérants arabes, encore pleins de courage et d'enthousiasme, et les descendants déjà dégénérés des conquérants germaniques. Il lança en avant le berbère Tarik, et Roderic, vaincu dans les plaines de Xérès, sur les bords du Guad-al-Lété, périt dans sa fuite (71 1). Gette seule j ournée décida du sort des Yisigoths. Les Arabes pénétrèrent aussitôt au cœur de l'Espagne où Mousa aocourut achever, avec son fils Abdelazis, les conquêtes de son lieutenant. Il n'y eut dans toute l'ancienne Lusitanie qu'une ville, Mérida, qui osa leur résister quelque temps:
I • Ce oode (ùt traduit en langue espagnole au xiu* siècle t e'est le Fuero Juxgo,
les Lusitaniens, comme les autres Espagnols, firent rapidement leur soumission.
Quelques défenseurs de la nationalité gothique cherchèrent un dernier refuge dans les montagnes des Asturies : ik y maintinrent leur indépendance sous Tautorité de Pelage, etc*est de là que devaient sortir un jour leurs hardis successeurs pour reconquérir la péninsule à la chrétienne.
Domination dos Arabes.
Ce serait d'ailleurs une grave erreur de croire que la domination des Arahes fut dure aux peuples de la Lusilanie. Dès les premières années, Abdelazis, chargé par son père d'achever leur conquête, adopta envers eux la politique la plus conciliante. Les Arabes, il ne faut pas l'oublier, étaient alors bien supérieurs à tous les peuples de rOccident par leur civilisation, par les connaissances qu'ils avaient acquises dans les lettres, les sciences, les arts, l'agriculture et l'industrie. Us furent à l'égard des iraincusplus modérés encore que les Yisigoths, et la péninsule n'eut à exprimer qu'une seule plainte: placée tout à fait à l'extrémité de Timmense empire des kha* lifes S cUe se trouvait bien isolée du siège de leur gou-vemement et regrettait que leur action ne pût exercer sur elle assez ef^cacement sa bienfaisante influence.
L'étendue démesurée du Khalifat contenait trop d'éléments divers pour que l'unité gouvernementale pût être
1. Cet empire, qui avait uae étendue de près de dix-huit cents Ueaet, était borné : au nord, par le Douro , les Pyrénées, les Cé- Tennes, la Méditerranée, le mont Taurus, le Caucase, la mer Caspienne, le Djihoun et le Sihoun ; à Test, par les monts Célestes, les monts Bolor et le fleuve Setledje; au sud, par l'océan Indien, la mer Ronge, les eataraetea du Nil, le grand désert de Libye et la chaîne do rAtlas; à Tooett, par Tocéui Atlantique.
longtemps durable. Lorsque le sanguinaire Aboui-Abbas se fut élevé au rang suprême, en signalant le triomphe des Abbassides par le massacre impitoyable de la famille desOmmiades, TEspagne profita de cette révolution pour séparer ses intérêts de ceux de TAsie et recouvrer une vie qui fût indépendante d*un pouvoir trop éloigné. Elle appela d'Afrique un jeune Ommiade, du nom d'Abdelrahman, qui avait eu le bonheur d'échapper au massacre de tous les siens. Les deux victoires de Moûsàra et d'Al-Mounecar arrachèrent pour toujours les peuples espagnols à la domination des khalifes d'Orient, et Gordoue devint le siège d'un khalifat distinct (756).
Les Ommiades de Gordoue, dont l'intérêt était de mettre tous leurs soins à devenir réellement espagnols, s'identifièrent en eflet avec les besoins de leurs nouveaux sujets, et ne songèrent qu'à la prospérité du pays qui venait de les adopter. La fortune se plut à faire naître dans leur famille une série d'hommes éminents, dont le gouverment brilla d'un vif éclat pendant près de trois siècles, et fournit à l'Espagne une des périodes les plus belles et les plus heureuses de son histoire.
Ges princes musulmans ne manquèrent pas de tolérance envers les chrétiens. Ils leur laissèrent, moyennant un léger tribut, leurs lois, leurs juges et le libre exercice de leur culte dans l'intérieur de leurs églises; ils ne les exclurent même pas des dignités de l'État, puisqu'on vitun évêque ambassadeur d'Abdelrhaman III près de l'empereur d'Allemagne Othon ; ils maintinrent la liberté des conciles et les convoquèrent plusieurs fois.
Sous leur domination, l'agriculture et l'industrie firent des progrès considérables. De nombreuses manufactures de tissus de soie, de coton et de drap s'établirent en tous lieux; les mines d'or, d'argent et de mercure, dont
le pays abondait, furent exploitées avec une grande activité. L*art de fumer les terres et de les arroser fut porté à son plus haut point ; des aqueducs furent construits, des étangs artificiels furent creusés pour tenir les eaux en réserve. Tous les arbres exotiques, dont le climat si varié de la Péninsule permettait la culture, et les fleurs embaumées de TOrient, que les Arabes aiment à régal des parfums, y furent introduits par eux.
En même temps, le commerce espagnol profita de la vaste diffusion de Tislamisme sur la surface du monde ; car, malgré la haine profonde qui séparait les Ommiades et les Abbassides, les peuples, qui n'étaient plus unis par le même lien politique, avaient néanmoins conservé toutes leurs relations commerciales. La soie et la laine , brutes ou travaillées, Thuile, le sucre, Tambre, la cochenille, le vif-argent, le fer, les métaux, les armes de fine trempe, fabriquées en Espagne, trouvaient des débouchés dans les ports de la Syrie, de TAfrique et de ^Égypte^ La ville de Lisbonne, qui se trouvait merveilleusement placée pour profiter de tout le trafic de ce commerce international, prit alors une grande importance, et c*estde cette époque que date le premier essor de la marine des Lusitaniens.
Efforts des Ghrétiens pour repousser la domination
des Arabes.
Cependant, les khalifes de Gordouc, pour maintenir leur domination sur TEspagnc septentrionale, se virent, dès Torigine, engagés avec les chrétiens dans une guerre qui ne devait se terminer, après trois siècles, que par la