RofMeow Saint- HiUire, Biitoire d*Etpagne, t
destruction de leur empire. << Le petit royaume de Pelage ne leur aurait peut-être pas inspiré des craintes bien sérieuses; mais les Francs vinrent se mêler à la lutte. Au moment où Abdelrhaman 1«' prenait possession du pouvoir, Pépin faisait la conquête de la Septimanie et rejetait les musulmans hors de la Gaule (759). Bientôt Ghariemagne monta sur le trône, et rintérèt de la vaste monarchie qu'il avait fondée, lui fit une loi de reculer ses frontières jusqu'à TÈbre ; il y était appelé, du reste, par les chrétiens, qui s'étaient habitués à voir en lui le vengeur de leur culte. Il franchit les Pyrénées en conquérant, et les Marches, qu'il organisa en Espagne, servirent de point d'appui aux populations chrétiennes. Sa mort et le démembrement de son empire profitèrent peu aux khalifes, car les Marches espagnoles donnèrent naissance au comté de Barcelone et au royaume d'Aragon, qui s'unirent avec les rois des Asturies pour refouler, l'islamisme vers le sud de la Péninsule.
Gette guerre contre les Francs et les chrétiens du nord de l'Espagne se compliqua de la guerre civile : les khalifes furent trahis par les walis qui gouvernaient les provinces septentrionales et qui, dans l'espérance d'assurer leur indépendance, pactisaient avec l'ennemi. <c Les walis, dit Gonde, accoutumés à être indépendants dans leurs gouvernements, s'y maintenaient par une politique perfide et lâche, recherchant l'amitié et la faveur des chrétiens, pour ne pas obéir au roi leur seigneur. G'est ainsi que se perdit la frontière et que devait se perdre avec le temps toute l'Espagne. » Et, en effet, les musulmans, repoussés des Pyrénées, rejetés au delà de l'Èbre et du Douro^ vaincus par Alphonse III dans la grande bataille de Zamora (878), se virent, au neuvième siècle, attaqués parles chrétiens au cœur même de leur puissance. Désormais la Gastille, la Navarre, l'Aragon^ la Gatalogne furent pour eux comme autant de torrents
qui descendaient du nord pour porter sans cesse la gnerre versle sud*. »
Lear domination, il est vrai, se releva tout à coup sous Abdelrhaman III (912-961) : par la victoire de Jonqnéra, il chassa les chrétiens de la Gastille et, par celle de Simancas, il les rejeta au delà du Douro. Mais, après le règne pacifique d'Alhakem II (961-976), le trône étant écha àun enfant de dix ans, Hescham II (896-1006), le premier ministre, Almansour, voulut s'illustrer par des conquêtes. Il avait envahi le Léon, la Galice, la Gastille, la Navarre et la Gatalogne ; il avait refoulé les populations chrétiennes dans les Pyrénées, lorsque, se réunissant dans un dernier effort, celles-ci vinrent lui infliger, i Galat-Annosor (1001), une sanglante défaite; il en mourut de chagrin.
Alors commença le démembrement du khalifat de Cordoue : les révoltes intérieures firent et défirent une fonle de khalifes impuissants, et les walis, profitant de Tanarchie, transformèrent leurs provinces en Etats distincts. Les provinces septentrionales se partagèrent entre les rois de Saragosse, de Tortose et d'Huesca*. Sur la côte orientale, d'Almeria à Murviedo, il y eut les trois royaumes de Murcie, de Dénia et de Valence. La seule Andalousie en vit s'élever six : ceux de Gordoue, de 8éville, de Garmona, de Malaga, d'Algéziras et de Grenade. Tolède eut son roi ; TAlgarve et la Lusitanie cirent les leurs à Lisbonne et à Badajoz (1010-1029).
Au moment où Hescham III, le dernier des Ommiades, Isolé à Cordoue, voyait son trône s'écrouler au milieu ^'uûe sédition (1031) , un concours d'heureuses circonsteUces ouvrait une ère nouvelle aux États chrétiens. Le ^i de Navarre , Sanche III le Grand, avait épousé la ^^ du comte de Gastille et avait acquis ce comté (i 028)
j* ft. CheYalUer, Histoire du moyen dge. Xl« leçon. ** ^édillot, Hiêtoirt des Arabes.
pour l'ériger bientôt en royaume en faveur de son second fils, Ferdinand (1033). A sa mort (1035), son fils aine Gardas IV, liérita de la Navarre ;le second, Ferdinand, qui était déjà roi de Cas tille, acquit le royaume de Léon par son mariage avec la sœur de Bermudo III, en qui s'éteignait la maison de Pelage, et fonda par ce fait le royaume de Castille et Léon; le troisième, Ramire, fit du comté de Jacca le royaume d'Aragon, auquel il ne tarda pas à annexer Soprarbe et Ribargos. De cette façon, tous les peuples chrétiens, depuis la Sègre jusqu'à rOcéan, formèrent trois États puissants, placés tous sous la dynastie d'Aznar, et, à Test de ^ces trois royaumes, le cours inférieur de TÈbre était en la possession du comte de Barcelone j qui veillait sur la Méditerranée.
Ainsi, le démembrement du khalifat de Cordoue et la constitution plus vigoureuse des Etats chrétiens semblaient annoncer l'expulsion prochaine des infidèles ; mais l'Afrique lança tout à coup sur l'Espagne des flots de population, qui y maintinrent longtemps encore le culte de Mahomet. Une secte de fanatiques, qui se croyaient appelés à rajeunir l'islamisme et à en relever l'éclat, les Almora vides, sous la conduite de leur chef Yousouf, avaient franchi l'Atlas, conquis successivement Fez, Mequinez, Geuta, Tanger, Salé et presque tout le Magreb (1084). Les petits rois musulmans d'Espagne, effrayés par les progrès rapides d'Alphonse VI » fils de Ferdinand P', qui s'était emparé de Tolède (1085) et en avait fait la capitale de son vaste royaume, appelèrent cet Yousouf à leur aide. Il accourut avec une nombreuse armée, prit possession d'Algésiras (1086) et, réveillant l'enthousiasme religieux des musulmans andalous, vainquit les chrétiens à Zelaca, près deBadajoz, et s'avança jusqu'à Lisbonne; mais Tolède résista.
plus tard, les Almoravides, plus puissants que ceux qui les avaient appelés, oublieront leur rôle d'auxiliaires
et chercheront à dépouiller les anciennes familles arabes ; l'Espagne musulmane se trouvera divisée en deux champs, et pendant que ces nouveaux conquérants seront occupés dans la Péninsule , leurs possessions afiricaines leur seront enlevées par les Almohades , qui songeront à leur tour à passer le détroit de Gibraltar.
CSréation du comté de Portugal. ^ &anri
de Bourgogne.
Au milieu de cette lutte des chrétien^ d*Espagne contre la domination musulmane, les chrétiens de France leur témoignèrent constamment leur sympathie. Plusieurs seigneurs français avaient passé les Pyrénées pour se rendre auprès du roi de Gastille, Alphonse YI. « Ils quittaient pour les combats, dit Gamoens^, leur patrie, leurs tranquilles pénates et les châteaux de leurs aïeux. Si Tamour de la renommée excitait leur courage, le zèle de la foi les enflammait encore plus. Leur brillante intrépidité, leurs exploits attirèrent sur eux les regards et les bienfaits d'Alphonse. » Deux d'entre eux surtout se distinguèrent tellement par leurs services, que le roi leur offrit la main de ses filles. G'étaient deux princes de la maison capétienne établie en Bourgogne^ Raymond et Henri. A Raymond,* Alphonse donna sa Glle Urraque, héritière de son royaume, et à Henri, sa fille naturelle, Thérèse, avec le comté de Portugal pour dot.
On a longtemps discuté sur Torigine de ce comte Henri. La chronique des rois de Portugal, dressée par Galvflo et suivie par Gamoens, le fait naître d'un roi de Hongrie, qu'elle ne nomme pas et que certains savants ont cru être Etienne 1". « Second fils d'un roi de Hon-