‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 44 sur 240 · Ch. m, 8t · texte numérisé non relu

Ch. m, 8t

important est rapporté dans le vieux texte dont une traduction fidèle ^ nous a été donnée :

<( Le seigneur roi, tenant à la main la même épée nue qu'il avait portée à la guerre, dit : « Loué soit Dieu qui « m'a aidé! C'est avec cette épée que je vous ai délivrés « et que j'ai vaincu nos ennemis; et, puisque vous m'a- « vez fait votre roi et votre compagnon, il convient que « nous fassions des lois qui assurent la tranquillité à « notre pays. » — A cela ils répondirent tous disant : « Nous voulons, Sire, et nous sommes prêts à faire telles T( lois qu'il vous plaira de dicter, car nous tous, ainsi que « nos fils et nos filles, nos petits-fils et nos petites-filles, « nous ferons ce que vous commanderez. » Le roi appela alors les évêques, les nobles et les fondés de pouvoirs des villes, et il fut convenu d'un commun accord qu*on commencerait par faire les lois touchant la succession à la couronne, et ils firent les lois suivantes :

« 1® Que le seigneur Alphonse, roi, vive et qu'il règne sur nous. S'il a des enfants mâles, qu'ils vivent et qu'ils soient nos rois, sans qu'il y ait besoin de les constituer de nouveau rois; voici l'ordre de la succession : le fils succédera au père, puis le petit-fils, et ensuite Tarrièrepetit^fils, et ainsi à perpétuité, dans leurs descendants de père en fils;

(( 2® Si le fils aîné du roi meurt pendant la vie de son père^ le second fils (après la mort du roi son père) sera roi; le troisième succédera au second, le quatrième au troisième, et ainsi des autres fils du roi;

« 3® Si le roi meurt sans enfants mâles, le frère du roi, s'il en a un, régnera, mais pendant sa vie seulement^ car, après sa mort, le fils de ce dernier roi ne sera pas notre roi, à moins que les évoques, les députés des villds

1. Extrait de V Exposé des droite de S. Mi Trèi-Fidèle Di Maria lU Paris, 1830, 1 vol. in-4«.

APBRÇU DE L'HISTOIRB DE PORTUGAL. 143

et les nobles de la maison du roi ne Télisent, et alors il sera notre roi, sans quoi il ne régnera pas.

« Alors Lourenço Yiegas, procureur du seigneur roi, dit aux députés : « Le roi demande si vous voulez que « les filles soient admises à succéder à la couronne, et, « dans ce cas, s*il vous plaît de faire des lois y rela- « lives? » — Après une discussion qui dura plusieurs heures, ils s'accordèrent et prirent cette résolution :

« Les filles du seigneur roi étant également issues de << lui, nous voulons qu'elles puissent succéder à la cou- « ronne, et qu'il soit fait des lois à cet effet. » — Et les évéqoes et les seigneurs firent les lois suivantes :

« Si le roi de Portugal n'a point d'enfant mâle et qu'il

^t une fille, elle sera reine après la mort du roi, pourvu

^*eUe se marie avec un seigneur portugais ; mais il ne

portera le nom de roi que quand il aura un enfant mâle

^e la reine qui l'aura épousé. Quand il paraîtra en public

^^ Compagnie de la reine, il se tiendra toujours à sa

Souche, et ne mettra point la couronne royale sur la

*^te. Que cette loi soit toujours observée, et que la fille

^Qée du roi n'ait pas d'autre mari qu'un seigneur por-

^8ais,afin qu'un étranger ne devienne pas le maître du

'^aume. Si la fille du roi épousait un prince étranger,

®Ue ne sera pas reconnue pour reine, parce que nous ne

^^ulons pas que nos peuples soient obligés d'obéir à un

''^i qui ne serait pas né Portugais, puisque ce sont nos

^^jets et nos compatriotes qui, sans le secours d'autrui,

**^^s par leur vaillance et aux dépens de leur sang, nous

^^t fait roi. »

É2ii dehors de ces lois qui réglaient la succession du

py'nume, les Gortès en firent d'autres touchant la colla-

*^rà des titres de noblesse et les châtiments réservés aux

'^Oainels. Enfin, l'Assemblée ne se sépara qu'après avoir

^^ràoré par une magnifique récompense les soldats qui

^^^ient fondé le nouveau royaume par la victoire d'Où-

rique : tous jouirent des privilèges de la noblesse et reçurent la dénomination de sujets par excellence.

En même temps, Alphonse donna au Portugal lea armes qui devaient désormais le désigner comme Étal indépendant : c'était un symbole à la fois religieux ei guerrier^, rappelant sa victoire sur les rois infidèles, ei Tapparition miraculeuse qui Tavait précédée.

Akfin, il plaça son royaume sous la protection d< Notre-Dame de Glairvaux, ce qui n'avait rien que de très naturel dans cette période du moyen âge, et transport! sa capitale de Guimaraens à Goïmbre.

Nouvelle croisade contre les Maures. — Pour ne pai laisser refroidir Tenthousiasme de son armée, Alphon» reprit le cours de ses conquêtes sur les Maures. Le 41 mari 1147, il s'empara de Santarem^, dont le siège fut habile ment dirigé par Mem-Ramirez, tandis que Théotonio prêtre et prieur des chanoines réguliers de Goïmbre*, » mettait à la tête d'un corps de partisans, et prenait po8< session d'Arronchès. Après avoir pris Mafra et Cintra^, il résolut de conquérir Lisbonne. Un heureux hasarc amena en ce moment, dans les eaux du Tage, une armé< navale, composée de Français, d'Anglais et d'Allemands qui allaient en Palestine sous la conduite de Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie; ils s'associèrent àsoz entreprise, et, après un siège de cinq mois, la place fui emportée d'assaut^. La citadelle, qui résistait encore, sue comba par le dévouement de Martin Moniz, le digne fili d'Ëgas-Moniz : il se fit écraser entre la muraille et If porte du château, pour en faciliter l'entrée aux assail* lants.

Page 1