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éossissait à prêter au tiers-état, était autant de force cquise pour la royauté, dans la lutte qu'elle avait à sousnir constamment contre les nobles et contre le clergé.
Grâce à la popularité dont il jouit, il se sentit assez ouïssant pour arrêter la turbulence des seigneurs et 'agrandissement redoutable des ordres militaires; ceuxi, par les donations qu'ils recevaient de tous côtés, auaient fini par envahir et posséder le royaume : il osa Bur enlever plusieurs villes, qu'il réunit aux domaines le la couronne. Mais ses efforts contre les empiétements les évêques et des moines n'eurent pas le même succès : lès qu'il voulut toucher à leurs domaines ou les conraindre à remplir leurs devoirs féodaux, ils se levèrent m masse contre lui, et prêchèrent la désobéissance au 'oi et aux lois, en jetant l'interdit sur le pays tout entier. jb pape Urbain IV, dans ces circonstances, se montra lias modéré que l'archevêque de Braga; mais son intervention momentanée ne suspendit que pour un temps es hostilités, et, lorsqu'elles recommencèrent, le roi, levenu vieux et malade, finit par céder aux exigences ^piscopales.
Alphonse III mourut à Lisbonne, le 16 février 1279, à ['âge de soixante-neuf ans. Son peuple, qui le chérissait, l'avait surnommé le Jtot des pauvres.
Denis (1279-1325).
Denis n*avait que dix-sept ans et quatre mois lorsqu'il monta sur le trône ; mais son père l'avait initié de bonne heure aux soins du gouvernement; et un savant françaiSy Âymeric d'Ébrard, en lui inspirant le goût des fortes études, avait développé chez lui les sentiments les plus élevés. 11 eut aussi le bonheur d'épouser, dès 1282, la fille du roi don Pedro d'Aragon, Elisabeth, qui lui témoigna pendant toute sa vie la plus tendre affection,
et qui, par son esprit de conciliation, sa douceur et toutes ses vertus, lui rendit moins pénibles les années les plus orageuses de son règne.
Il eut, dans les premiers temps, à combattre Tambition de son frère. Celui-ci prétendait que la couronne lui appartenait de droit, par ce fait que Denis était né quelque temps avant la légitimation du second mariage d'Alphonse 111 avec dona Béatrix ; et, bien que la volonté d*Alphon^e eût été exprimée formellement, bien que la bulle du pape, qui rendait l'union valide, ne laissât aucun doute sur la légitimité du prince aîné, Béatrix, qui voyait le peu d'influence qu'il lui serait permis d'exercer sur le jeune roi, prit parti contre lui. Mais Denis contraignit son frère à entrer en composition, et Béatrix alla demander asile au roi de Gastille, son père, qui, pour le moment, n'était pas en état d'entreprendre une expédition contre le Portugal. Un traité fut même signé, vers cette époque, entre les deux royaumes, et ce ne fut que beaucoup plus tard, en 13ii, que Ferdinand, successeur d'Alphonse X, réclamant contre quelques-unes des clauses de cette convention, déclara aux Portugais une guerre que sa mort subite interrompit presque aussitôt.
Si l'on excepte ces très-courtes hostilités contre la Gastille, Denis n'eut guère à combattre à l'extérieur. U se contenta d'achever l'annexion de l'Algarve, et de réunir à son royaume le beau pays de Riba de Coa. Aux entreprises guerrières et aventureuses, il préféra la gloire d'administrer sagement ses États et de procurer à ses peuples toutes les ressources que pouvait leur fournir une habile organisation du paysi
Il favorisa le défrichement des terres et l'établissement de villages soumis à un système spécial d'économie ru' raie. Il fit planter ces vastes forêts de pins, destinés d'abord à arrêter les sables qui envahissaient le sol fertile de Leiria^ et qui plus tard devaient livrer aux vastes
expéditions du Portugal les matériaux nécessaires à la construction de leurs navires. Il s'adonna tellement aux progrès de Tagriculture qu'il mérita le surnom de roi laboureur. La reine était la première à donner, sur les terres de son apanage, Texemple de la grande culture; sa bienfaisance avait même imaginé un moyen ingénieux de venir en aide à la classe intéressante des cultivateurs : elle avait fait construire àCoïmbre un établissement destiné à recevoir les jeunes orphelines appartenant à cette classe; elle les y élevait, les mariait ensuite à d'honorables laboureurs, et formait, au moyen de ces mariages, des espèces de colonies agricoles.
Une nouvelle législation favorisa aussi l'exploitation des mines d'or et de fer dont abondaient le Portugal et les Algarves; de sages ordonnances réglèrent les relations des commerçants portugais avec ceux de la Flandre, de l'Angleterre et de la France ; une vive impulsion fut donnée aux travaux de la marine, et des innovations heureuses apportées à la construction des vaisseaux.
La plupart des nouvelles lois témoignèrent de quel esprit d'équité Denis était animé envers les classes inférieures. Eilles lui en donnaient des preuves fréquentes de leur reconnaissance; et ce fut alors que se répandit ce dicton populaire si honorable pour le prince qui en était l'objet : Pour assurer son bien, on n'a pas besoin d'autre procureur que son roi. En môme temps, il sut montrer, à regard de la noblesse et de l'Église, toujours turbulentes et envahissantes, une fermeté si persévérante et une force dé volonté telle que, de nos jours encore, on dit en Portugal en parlant de lui : 0 rey dont Diniz, que fiz quanto quiz (le roi Denis qui ût tout ce qu'il voulut faire). Il osa en effet porter atteinte aux immunités des terres privilégiées et s'opposer à ce que les maisons religieuses pussent hériter d'aucun bien-fonds. Remarquons, d'ailleurs, que les mesures qu'il prit contre les abus du clergé ne
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rempêchaîent pas de montrer, en mainte occasion, ses sentiments religieux : ce fut lui qui fit élever le splendide monastère de Saint-Denis d'Odivellas, où Ton voit aujourd'hui son tombeau.
Rien ne montra mieux que le procès des Templiers jusqu'à quel point il savait allier Thabileté à la justice et la prudence à Téncrgie. Depuis deux cents ans que les chevaliers du Temple s'étaient introduits en Portugal, jamais leur conduite n'avait donné de prise à la calomnie : l'exemple des autres ordres religieux, et les combats fréquents qu'ils avaient eu à livrer aux Maures pour défendre leurs commanderies, avaient sans doute maintenu parmi eux une austérité de mœurs que leurs frères des autres nations n'avaient pas aussi bien conservée; ils s'étaient toujours montrés les zélés défenseurs de la patrie, et jamais un roi portugais n'avait pu se plaindre d'un manque de fidélité de leur part. Aussi, lorsque les Templiers se trouvèrent condamnés par un décret de Rome, qui devait les atteindre à la fois dans tous les pays, le roi Denis, agissant selon sa conscience, eut le courage de résister à la volonté du souverain pontife. Il n'y eut dans le Portugal aucun de ces hideux supplices qui furent ordonnés en France : les chevaliers s'exilèrent momentanément et leurs biens furent provisoirement réunis au domaine royal ; mais ils rentrèrent isolément peu de temps après, reçurent des pensions particulières ou firent partie de l'ordre du Christ {ordo miUtim Jesu Christi), créé en l'an 1319, et cette nouvelle milice, qui adopta pour base les constitutions de Tordre de Galatrava, et qui remplaça l'antique institution du Temple, reçut presque immédiatement les biens qui avaient été confisqués au profit de la couronne.
Cet amour de la justice et toutes les lois prévoyantes qu*il fit en faveur de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, ne furent pas les seuls titres de gloire de
Denis. Il ne 8*illustra pas moins par rintelligente protection qu*il accorda aux arts et aux lettres, par les progrès qu*il fit faire à Tinstruction publique, par la création de cette université de Coïmbre qui devait doter le pays de tant d'hommes distingués, par son savoir, enfin, et par ses poésies personnelles. On peut dire que son règne fut Tàge d*or du Portugal : ses peuples lui décernèrent avec raison le titre de Père de la patne.
Bien que d'ordinaire les poètes épiques s'attachent de préférence aux exploits militaires, Gamoens a célébré dignement les mérites de ce roi pacifique. « Avec lui, le Portugal fleurit et prospère. La Paix, fille du Ciel, ramène sur cette terre, si longtemps agitée, les lois, les mœurs, les arts et l'abondance. Les bienfaits du prince encouragent tous les talents. Il renouvelle le siècle d'Alexandre. Coïmbre devient le séjour de Minerve et de ses laborieux favoris ; les Muscs abandonnent l'Hélicon pour les bords fleuris du Mondégo : la nouvelle Athènes s'embellit de tous les arts de la Grèce. C'est là qu*Apollon distribue des couronnes d'or, de baccharis et de laurier. De nobles cités sortirent de leurs ruines. Des forteresses, des remparts protégèrent le royaume ; de pompeux édifices l'embellirent... La Parque respecta longtemps les jours d'un monarque si cher à la Lusitanie ^ »
Cependant ses dernières années furent profondément troublées par des querelles de famille, querelles sanglantes qui faillirent un moment compromettre les résultats bienfaisants d'un si beau règne. L'aîné de ses fils,dom Alphonse, jaloux de l'amour qu'il témoignait au bâtard Alphonse Sanchez, ne craignit pas d'entrer en révolte ouverte. En vain Sanchez, qui avait un noble cœur, se retira volontairement en Castille, sacrifiant à