‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 68 sur 240 · Ch. VI, 43, 44etsuiv · texte numérisé non relu

Ch. VI, 43, 44etsuiv

Celles-ci n*avaient pour défense que leur douleur et leurs larmes : elles implorèrent le duc de Lancastre qui, ne pouvant s'armer lui-même en leur faveur, sans provoquer une guerre intestine, pensa que la jeunesse portugaise, dont il avait apprécié pendant la guerre de Gastille la bravoure et Tesprit chevaleresque, se ferait une fête de se rendre à son appel. Il ne s'était pas trompé : les douze champions passèrent en Angleterre, et les dames anglaises furent vengées, car ils sortirent vainqueurs de la lice. Les historiens nous ont précieusement conservé leurs noms : Alvaro Vas d'AImada, fils de Vasques d'Almada, qui commandait l'aile gauche de l'armée portugaise à la bataille d'Aljub€u*ota ; Lopo Fernandès Pacheco ; Joao Femandès Pacheco, frère du précédent ; Pedro Homen da Costa ; Joao Pereira, neveu du connétable Nuno Alvarès Pereira ; Luiz Gonsalvès Malafaya ; Alvaro Mendès Gerveira ; Ruy Hendès Gerveira ; Ruy Gomès da Silva ; Soeiro da Gosta, qui a donné son nom à un fleuve de l'Afrique ; Martim Lopès de Azevedo ; Alvaro Gonsalvès Goutinho, surnommé Magriço (de Magro, maigre), fils de Gonzalo Vaz Goutinho, premier maréchal de Portugal et frère du premier comte de Marialva.

Les dangers d'un brillant tournoi ne pouvaient suffire à une jeunesse turbulente, qui ne rêvait que les occasions de s'illustrer. Plus que les autres peut-être» les cinq fils du roi, Edouard, Pèdre, Henri, Jean et Ferdinand brûlaient du désir de signaler leur jeune courage pour conquérir le titre de chevalier sur les champs de bataille. Ils eurent la pensée de convier leur père à diriger une expédition contre les infidèles d'Afrique, et lui montrèrent dequelleutilité pourrait être dans l'avenir la possession delà ville de Ceu ta, située en face de Gibraltar. Le roi, qui ne voulait pas compromettre, par quelque entreprise hasardeuse, les résultats d'un règne heureux, ne céda à-

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^ors prières qu'après une longue résistance et lorsque >n vieux compagnon d'armes, Nuno Alvarès, eût joint » instances à celles des princes. Alors, il ordonna des réparatifs considérables : aucune des précautions né* «saires ne fut négligée; le secret le plus absolu sur le ut de l'expédition fut tenu par toute la famille royale et m ministres. Cependant, au moment de Texécution, un rand malheur survint qui faillit tout compromettre : la este se déclara à Lisbonne, fit un nombre considérable e victimes et frappa la reine, Tauguste et vertueuse ona Philippa. Mais, en mourant, elle montra une ferleté d'âme toute virile : elle ne voulut pas qu'un deuil itempestif pût retarder un instant le départ de Tarmée, ont elle présageait le triomphe. Pour obéir à ses derières volontés, à peine fut-elle morte que le roi, malgré 3S regrets de l'amour le plus profond, prescrivit au peuple le quitter le deuil : ses fils eux-mêmes durent revêtir eurs habits de fête, et la flotte, qui ne comptait pas Doins de deux cents voiles, se pavoisa pour quitter les lôtes de Portugal et se diriger vers l'Afrique. « Tels qu'une légion d'oiseaux navigateurs, mille vaisseaux fendent les plaines argentées d'Amphitrite, et dirigent vers les colonnes d'iiercule leurs voiles arrondies par les vents. Bientôt les hauteurs d'Abyla sont couvertes de nos guerriers. Geuta rejette de son sein les infidèles. Un nouveau traître, un Julien tenterait en vain de leur ouvrir les portes de l'Hespérie ; Geuta les leur ferme à K jamais'. » En effet, Geuta, qui était alors la place la plus importante de cette partie de l'Afrique, et d'où les chrétiens de la Péninsule avaient vu si souvent s'élancer tant de conquérants, tomba en quelques heures aux nains des Portugais, sans qu'ils eussent à déplorer aumne perte de quelque importance. Le destin et le rôle

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