‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 69 sur 240 · Ch. IV, 8t · texte numérisé non relu

Ch. IV, 8t

de cette ville se trouvèrent tout à coup merveilleusement changés : elle qui naguère était TépouvantcLil des chrétiens et la clef des États de Tislam, devenait subitement le boulevard du christianisme sur la côte d*Afrique et la terreur des Musulmans. Elle devait être aux yeux des Portugais le point de départ pour de hardies entreprises et des conquêtes lointaines : elle ouvrait un nouveau champ, donnait une direction nouvelle à Tesprit et à Tactivité de la nation.

Cette grande victoire fut remportée le i5 août 1415. Les fils du roi, et principalement Tinfant dom Henri, qui avait eu le commandement de la première attaque, s*y couvrirent de gloire, ainsi que deux hommes dont les noms furent plus tard très-illustres : Alvaro d'Almada et Menezès.Leroi,qui ne voulait pas s'absenter longtemps de son royaume, quinze jours après la prise de Geuta,en remit le gouvernement à Menezès : il se rembarqua, dès le 2 septembre, avec sa famille et une grande partie de son armée ; il fut reçu en triomphe à Lisbonne.

Nous ne nous arrêterons pas sur les prouesses chevaleresques de ce comte de Menezès, bientôt après marquis de Villaréal, qui se vantait de défendre la ville conquise avec un simple bâton de cormier, et dont la présence sufGsait, disait-on, pour épouvanter et faire fuir les Maures. Nous préférons suivre dans ses studieuses et fructueuses recherches Tinfant dom Henri, le prince le plus éclairé de son temps, dont Theureuse influence et les sérieuses études préparèrent les découvertes maritimes qui devaient illustrer son époque. Camoens n'a pas négligé de célébrer son nom. « Déjà les mers orageuses qui bai- « gnentla côte africaine avaient vu flotter nos drapeaux, « quand, sur les marches du trône, apparut un nouveau « génie dont le regard prophétique se porta jusqu'aux « dernières limites de l'Océan. Ce génie fut Henri : Henri, « le noble fils de ce roi fortuné qui le premier franchit

« les ondes pour chasser de leurs propres foyers les der- ^< niers Maures d^Abyia. De flottants édifices s'élevèrent à ^< la voix du béros,et s'avancèrent glorieusement vers les ^ régions que dominent les constellations d*Argo, de « l'Hydre, du Lièvre et de l'Autel. Ces premiers succès « enflammèrent notre audace. Des chemins nouveaux « s'ouvrirent pour nos navigateurs, et se prolon- « gèrent au delà des brûlants tropiques, jusqu'à ces <c contrées dont les noirs habitants n'ont jamais vu les «c sept astres du Nord. Leur courage nous a frayé la <c route...* i>

Troisième fils de Jean I**, et ne pouvant prétendre au trône, dom Henri, qui était né à Porto, en 4394, et qui avait par conséquent vingt et un ans lors de la prise de Geuta, étudiait depuis longtemps déjà les mathématiques appliquées à la navigation. La brillante conquête qui venait d'être opérée, en partie par son courage^ avait plus d'importance pour lui que pour tout autre. 11 eut dès lors la conviction que les travaux auxquels il s'était adonné, auraient une utilité pratique ; il abandonna la cour pour s'y livrer tout entier, se retira à Sagres, dans l'Algarve, à l'extrémité du cap Saint- Vincent, en face de cet Océan dont il voulait acquérir la connaissance ; il y forma une école de navigateurs, s'entoura de tous les documents qu'il put se procurer, et employa toute sa science, tout son crédit, l'opiniâtreté de son âme et la noblesse de son cœur à la protection des hommes entreprenants et dévoués qui venaient lui offrir de risquer leur vie sur une mer inconnue, pour porter plus loin la gloire du nom portugais.

Les premiers qui se présentèrent à lui, furent deux jeunes écuyers, qui faisaient partie de sa maison, Tristan Vaz Teixeira et Gonzalès Zareo. Il leur confia un

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