‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 70 sur 240 · I. Ch. Vlll, it. 69, 70 et · texte numérisé non relu

I. Ch. Vlll, it. 69, 70 et

petit bâtiment, en leur donnant pour instructions de s'avancer le long des côtes d'Afirique ; mais à peine euibarqués, ils furent emportés par des vents contraires, qui les portèrent rapidement vers une petite ile à laquelle ils donnèrent le nom de Porto-Santo. Ce pays, qui n'a que six milles de long sur deux milles et demi de large et qui n'offrait presque partout qu^un aspect rocailleux, n'était certes pas une découverte d'une très-grande valeur ; mais elle était la première de toutes, et les deux jeunes navigateurs avaient le droit de s*en exagérer l'importance. Ils revinrent en toute hâte l'annoncer à l'infant (4548), lui firent part du projet qu'ils avaient formé de la coloniser, obtinrent de lui ce qui était nécessaire à un premier établissement^ et se rembarquèrent pour leur ile.

De là, toutes les fois que le ciel était sans nuages, ils voyaient s'étendre à l'horizon une ligne obscure et mystérieuse, qu'ils eurent un jour la curiosité d'aller reconnaître. C'était une ile considérable, couverte de vastes forêts vierges et de hautes collines; ils y abordèrent ie3 juillet 1419, et la désignèrent sous le nom de Bladère. Dès cette première excursion, ils en firent tout le tour, donnant aux promontoires, aux baies, aux rivières des appellations qui devaient plus tard leur être maintenues. Après s'être convaincus que la contrée était tout à fait propre à une colonisation immédiate, ils informèrent l'infant de cette nouvelle découverte. A leur récit , dom Henri , qui ne manquait jamais de prévoyance, comprit combien les immenses forêts dont on lui par* lait, pourraient être utiles à la marine du pays ; mab les premiers colons qu'il envoya à Madère, furent à peine installés qu'un incendie formidable, qui gagna de proche en proche l'ile entière et qui dura^ dit-on, près de sept années, détruisit tous ces bois, sur lesquels il avaitr fondé l'espoir d'accroître indéfiniment les construction»

APKRQU DE L'HISTOIRE DE PORTUGAL. 19i

tHvales du Portugal. Dans sa sagesse, il sut du moins brer parti de ce désastre : Tincendie des forêts avait prooqaé la fertilité de la terre ; le climat était aussi d*unc loaceur. merveilleuse ; il se procura en Sicile des plantes Le cannes à sucre, en Chypre et en Bourgogne, d*excelents ceps de vigne, et, sans retard, il fit transplanter es végétaux précieux, dont la culture eut un plein succès.

Tandis qu*il colonisait Madère et qu'il cherchait à leupler le plus possible la petite île de Porto-Santo, il BLisait les plus grands efforts pour occuper les Iles Calaries. Un gentilhomme français, appelé Jean de Béhencourt, avait obtenu, en 4417, de dona Gatarina, ■égente du royaume de Gastille, Tinvestiture de ces îles ivec le titre de roi. Dom Henri lui acheta ses droits et \e mit en mesure de les faire valoir. Il envoya, en 4424, ine flotte importante, deux mille cinq cents hommes ivec deux cents chevaux, à la conquête des Canaries, IOU8 le commandement de Ferdinand de Castro ; mais les guerriers qui habitaient ces régions, opposèrent une résistance inattendue ^ et Ferdinand dut se retirer, sans avoir accompli sa mission. Llnfant, sans se décourager, prépara une nouvelle expédition. Ferdinand de Castro allait partir une seconde fois, lorsque le roi de Gastille protesta énergiquement. Jean P' ordonna alors à son fils de ne pas renouveler une entreprise qui pouvait compromettre gravement la paix du royaume. Ce ne fut pas sans regrets que dom Henri se vit contraint d'abandonner ses prétentions sur un pays dont les nombreux troupeaux auraient facilement approvisionné les bâtiments qu'il se proposait de diriger vers ces parages ; mais il dut se soumettre, en cette circonstance, aux exigences de la politique.

La fortune ne tarda pas à lui offrir une compensation. fin 4434 , un de ces navigateurs entreprenants qui étaient attachés à son collège maritime de Sagres, Gonçalo Ve-

Iho-Gabral, explora les Açores pour la première fois. Santa-Maria et San Miguel reçurent leurs premiers habitants. Les émigrations successives qui se portèrent ensuite versTarchipel, firent connaître et coloniser tour k tour Terceira, la plus importante de ces Ues, Pico, Florès et Corvo.

Cependant la découverte de ces terres isolées et presque désertes au milieu de TOcéan n^était pas le but principal que poursuivait Tinfant. Il ne les considérait que comme des abris utiles, des points de ravitaillement possible pour ses flottes futures. Ce qull voulait surtout, c'était faire longer les côtes d'Afrique, les explorer beaucoup au delà des limites connues jusqu'alors. Il étaitpersuadé que le monde habitable ne finissait point, comme la tradition l'affirmait, à la hauteur du cap Bojador. Mais comment faire pénétrer la même conviction dans Tesprit des autres ? Les marins se répétaient avec terreur que saint Brandam, arrivé dans ces lieux, n'en était pas revenu, et que deux galères, qui s'y étaient avancées, avaient pour toujours disparu. L'opinion générale était qu'après ce cap, il n'y avait plus ni peuples, ni villes, que la terre était partout sablonneuse comme les déserts de Libye et que la mer cessait d'être navigable» Pendant douze années, dom Henri ne discontinua pas d'équiper de nouveaux bâtiments pour les lancer de ce côté, n'épargnant ni promesses, ni récompenses à ceux qui les dirigeaient; aucun, malgré cela, n'avait osé pas* ser la redoutable barrière.

Il n'était pas réservé au roi Jean de la voir franchir sous son règne. Il mourut le 14 août 1433, jour anniversaire de la victoire d'Aljubarota. (cLe règne de Jean, dit « Camoens, fut glorieux, mais trop court. Le ciel l'en- « viait à la Lusitanie ; il alla se réunir aux immortels, « laissant sur la terre une nombreuse postérité, des en* (( fants dignes de lui, dignes de la patrie qu'ils devaient

ÂP9RÇU DE L'HISTOIRE DE PORTUGAL. 193

« illustrer encore*. » Quant au grand connétable, Nuno AlYarès Pereira, après avoir célébré l'union de sa fille unique avec un fils naturel du roi, dom Alphonse, qui le premier devait porter le titre de duc de Bragance, il avait reyélu rhabit religieux, s'était retiré dans le couvent des Cannes, et 8*y était éteint quatre ans avant la mort de Jean {".

Edouard I«r. (1433-1438).

Edouard avait trente-deux ans lorsqu'il monta sur le W^ne. Il avait hérité du courage et des talents de son père, et les premières années de son gouvernement furent ûeureuses. Il se faisait remarquer par une grande assisté au travail : entouré des vieux conseillers de Jean P', 2 pnblidt de sages ordonnances, rassemblait et coordonnait, en une sorte de code national , toutes les anciennes lois dispersées jusqu'alors.

Pendant qu'il s'attirait l'admiration et l'amour de ses

'ûjels par la pureté de ses mœurs et son administration

Paternelle, son frère, dom Henri, faisait en sorte que le

*^ouveau règne ne fût pas privé de gloire. L'écuyer Gil

^ûnez, à qui il avait confié un petit bâtiment, étant re-

^^'^n, en 1433, du cap Bojador, comme ses prédécesseurs,

'^s Tavoir franchi, il lui donna l'ordre de repartir im-

"^^diatement et lui dicta des instructions si précises que

^lui-ci se promit bien de ne plus regagner le Portugal,

^8 les avoir suivies jusqu'au bout. Il tint en effet pa-

J?*® et doubla le cap en 1434. Pour récompenser sa har-

^8e, Henri l'arma chevalier; puis, il lui adjoignit Gon-

^**VexBaldayapourunnouveau voyage. Gettefois,les deux

n^ Ch. IV, 8t. 48. — Outre le« quatre princes que dous avons ^^^^, Jean I*' avait eu de Filippa une fille, Tinfiinte Isabelle, qui T^^^^-» ^^ 1430, Philippe le Bon, et qui fût la mère de Charles le

i94 APERÇU DE L'HISTOIRE DE PORTUGAL.

navigateurs allèrent cinquante lieues au delà du cap, et pénétrèrent dans une baie qu'ils désignèrent sous le nom d'Angra dos fiuyvos, ou baie des Rougets : Us y aperçurent sur le sable des traces d*bommes et de chameaux. Ce renseignement qu'ils rapportèrent à Tinfant, lui fit supposer qu'ils s'étaient arrêtés non loin d'une ville ou d'une bourgade, et il les expédia de nouveau, dès 1436, en leur recommandant de s'emparer d'un naturel pour avoir langue dans le pays. Ils s'avancèrent alors soixante lieues plus loin que dans leur excursion précédente, c'està-dire à cent vingt lieues du o%p : pour la première fois, ils aperçurent quelques habitants, mais la précipitation de deux jeunes gentilshommes, qui s'élancèrent à cheval au milieu de ces indigènes et qui engagèrent une lutta sanglante avec eux, fut cause qu'on ne les revit plus et qu'il fallut s'en retourner, sans avoir exécuté la recommandation du prince.

Ainsi les Portugais faisaient des progrès constants le long des côtes d'Afrique, et le règne d'Edouard commençait sous les plus heureux auspices, lorsqu'il commit l'imprudence ' de se laisser entraîner par les conseils de la reine et de son plus jeune frère, dom Ferdinand, à décider une attaque tout à fait aventureuse contre la ville de Tanger. Cependant, comme il existait, entre lui et les musulmans de l'Afrique septentrionale, des traités que ceux-ci avaient scrupuleusement observés, il crut devoir, pour la paix de sa conscience, soumettre son projet à la cour de Rome. Le pape, après avoir fait discuter la pro** position en plein consistoire, lui adressa une réponse très-remarquable pour le temps : « La guerre projetéci lui disait-il, ne serait juste et permise qu'autant que le Portugal serait forcé de la faire dans l'intérêt de sa propre conservation. Autrement, elle serait injuste et

Page 1