‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 74 sur 240 · I. Ch. IV, 6t. 5f{ et · texte numérisé non relu

I. Ch. IV, 6t. 5f{ et

APBRÇU DB L'HISTOIRE DE PORTUOAIi* 205

vainqueurs. Le roi de Portugal, qui, dans Tordre de combat, se trouvait en présence du lieutenant de Ferdinand, dut reculer devant lui ; Ferdinand, qui était en face de Tinfant, le laissa maître du champ de bataille. Sans rinfant, c'eût été une défaite complète pour lesPor^ tugais, de sorte que la reine Isabelle, en apprenant les péripéties de Taffaire, s*écria, dit-on, «sans le poussin, le coq était pris ». Il ne résulta pas moins de cette sanglante journée que les pertes irréparables qu'avait subies l*armée portugaise, la mettaient désormais dans Timpossibilité de poursuivre la guerre avec avantage.

Alphonse le comprit et chercha aussitôt une alliance À Tétranger. Il laissa à son fils, qui s'en était rendu cligne, le commandement des troupes ainsi que la direc- 'lion des affaires, et, dès le mois d'août, s'embarqua pour la France où il espérait engager dans sa querelle le roi Xiouis XI. A la première entrevue des deux princes, le iiH)! de France dit au roi de Portugal : «Je rends grâce À Dieu et à saint Martin, mon patron, de la faveur Cfu^ilsfontà un pauvre roi tel que je suis, de recevoir dans sa maison un grand roi tel que vous êtes.» Il lui fit un accueil brillant dans Paris, lui donna des fêtes, lui adressa une foule de bonnes paroles. Mais Louis XI n'était pas homme à entreprendre des guerres par esprit chevaleresque. N'était-il pas obligé , en ce moment , de surveiller activement l'ambition toujours remuante de Charles le Téméraire ? Et, après la mort inopinée du grand duc, cette succession même n'allait-elle pas soulever de grandes questions, auxquelles la France ne pouvait rester indifférente ? Par toutes ces raisons, il demandait du délai. Mais lorsque, cessant de dissimuler, il lui eut déclaré qu'au milieu des nombreux ennemis qu'U avait déjà, il ne pouvait encore s'aliéner l'Espagne parle refus prolongé de reconnaître Isabelle, Alphonse "^t qu'il avait perdu son temps à Paris. Joué par son

hôte, épié dans toutes ses démarches, craignant d*6tre à la fin livré au roi d'Aragon, ayant d'ailleurs perdu ses espérances, las des affaires et du pouvoir, il conçut lldée de sortir de France en secret, de passer en Palestine, pour y visiter Jérusalem, et de s'enfermer ensuite dans quelque monastère où il pût achever tranquillement ses jours. Dans ce dessein, il envoya Tordre à dom Jean, son fils, de se faire proclamer roi; mais il changea bientôt de résolution, et, tandis que les siens le croyaient parti pour rOrient, il reparut tout à coup en Portugal.

Il offrit à dom Jean de lui laisser l'administration des affaires, en se réservant à lui-même le petit royaume des Algarves, où il avait le désir, disait-il, de se retirer. Mais son fils eut la sagesse de refuser cette offre : il lui montra combien il était impolitique de scinder le Portugal en deux royaumes distincts, lui rendit l'autorité tout entière, et se replaça spontanément au rang d'infant.

Alphonse voulut profiter de sa réinstallation sur le trône pour donner une nouvelle impulsion à la gueiTe de Gastille, qui n'avait été menée qu'avec beaucoup de précautions et de ménagements depuis la fameuse bataille de Toro. Ses efforts ne furent pas couronnés de succès. 11 dut définitivement abandonner la cause de Jeanne et signer, le 4 septembre 4479, le traité de paix d'Alcantara par lequel il renonçait à la main de cette princesse, qui fut reléguée dans un couvent.

Dégoûté de nouveau de la royauté, il faisait à Gintra ses derniers préparatifs pour abdiquer et se retirer dans un monastère, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui l'emporta, le 28 août 4481. Quoiqu'il ne fût âgé que de quarante-neuf ans et sept mois, son règne n'avait pas duré moins de quarante-trois années. Gamoens résuma sa vie en quelques paroles : a Si les campagnes de Toro» a dit-il, furent témoins de sesrevers» les bords afrïcains

« ne connurent que ses victoires.* » Mais il faut avouer que celles-ci ne compensèrent pas toutes Ips pertes d'hommes et d'argent, causées par la guerre de Gastille.

Alphonse Y, malgré certaines qualités et une brillante intelligence, fut loin de valoir, comme homme politique, dom Jean, et le régent dom Pèdre, qu'il eut le grand tort de persécuter, et surtout le prince qui lui succéda. La faiblesse qu'il montra dans l'administration intérieure du pays, les prodigalités envers les grands du royaume, auxquels il accorda des concessions territoriales excessives, auraient fini par ruiner la couronne et priver la royauté de cette liberté d'action que lui assurait en Trance, à la même époque, la perspicacité de Louis XI. 11 n'est pas jusqu'au mouvement maritime, jusqu'à l'esprit d'explorations et de découvertes, qui ne se ralentit et ne dégénérât sous son rè^e ; les navigateurs qui s'étaient avancés au cap Vert, dès 4446, n'avaient dépassé l'équateur qu'en 1471, et s'étaient arrêtés à la côte de Guinée, lorsqu'il mourut ; leurs voyages n'avaient plus pour but principal que le transport des esclaves, qu'ils venaient vendre à Lagos : des sociétés commerciales, qui jouissaient de fructueux privilèges, «'étaient formées pour la traite des captifs. Il est vrai que les marins ne pouvaient plus entendre la voix puissante qui les avait poussés si longtemps, à travers tous les périls, aux parages inconnus : dom Henri était mort en 4460 ; et il faut dire aussi que la traite des noirs, qui n'avait point paru blâmable à l'illustre infant, et qui s'opérait sous la protection des caravelles de l'ordre du Christ, ne pouvait, à cette époque d*entreprises religieuses, être jugée aussi sévèrement qu*elle le fut plus tard: ces captifs, maures ou noirs, qu'on transportait dans le Portugal, n'étaient selon les idées du temps que

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