Gh. IV, tt
des infidèles dont on assurait le salut étemel, en les convertissant à la foi chrétienne.
Jean U (1481-1495)
Les imprudentes libéralités du feu roi avaient aliéné une si grande partie du territoire que Jean II, en montant sur le trône, disait à ses amis: «Voyez, mon père m*a laissé, pour tout royaume, les grandes routes et les chemins du Portugal. » L'indulgence d'Alphonse, Textrème facilité de son caractère, avaient laissé se détendre tous les ressorts du gouvernement ; Jean II les i*emonta par une administration vigilante et sévère. Dès la première année, il convoqua les cortès à Évora, s'y lit rendre hommage par les puissants vassaux, et se montra tel qu'il resta jusqu'à sa mort. Ses grandes qualités, qui lui valurent, au milieu du peuple portugais, le surnom de prince parfait, devaient lui acquérir l'estime et l'admiration de l'Europe. On dit que le roi d'Angleterre, Henri III, ayant demandé à un de ses cunbassadeurs, qui revenait de Lisbonne, ce qu'il y avait va de plus rare: «Un roi, répondit-il, qui commande à tous et à qui personne ne commande. » Et, lorsqu'il mourut, la reine d'Espagne, la grande Isabelle, en apprenant qu'il n'était plus, s'écria : « l'homme est mort». Le règne d'AlphonseV avait clos, en Portugal,la période dumoyen âge ; Jean II inaugura , dans ce pays , l'ère des temps modernes par la ruine de la féodalité.
Ce ne fut pas sans lutte, à l'origine, qu'il put ac^ complir ses réformes ; la noblesse, qui sentit tout de suite ce qu'elle avait à craindre de lui, se ligua contre son pouvoir naissant. Pour n'avoir pas à combattre à la fois tous les corps privilégiés, il eut la prudence de ménager les évéques ; il s'était montré plein de respect
pour la papauté; il lui témoigna même, dans une circonstance importante, une trop grande condescendance, en permettant que les décrets du saint-siége fussent publiés sans une autorisation préalable de l'autorité civile. M^s les intérêts du clergé étant bien séparés de ceux ^cs seigneurs, il se mit à poursuivre d'une manière implacable ceux d'entre eux qui osèrent donner l'exemple de la résistance. \
^ Le duc de Bragance, qui était beau-frère de la reine, n avait pas craint, en lui rendant hommage avec les grands vassaux, de faire ses réserves et de lui adresser, ^u milieu de cette cérémonie, des doléances publiques au nom de la noblesse : il le surveilla dès lors activement, ®^» lorsque le duc se fut compromis, non-seulement par des rapports incessants avec les mécontents, mais encore P^ï* des lettres écrites à Ferdinand le Catholique, il ordonna qu'on le saisît et qu'on instruisit en hâte son procès; lui-même prit part aux débats, et, bien que le pottipiot n'eût pas reçu de commencement d'exécution, '* le fit condamner au dernier supplice et monter sur ï'^chafaud, le 2ï juin 1483.
Le procès du duc de Bragance avait prouvé la culpabilité du marquis de Montémor, connétable du '^y^iime, qui s'était réfugié en Gastille. Malgré son éloi- ^^^iiaent, le roi voulut que la justice eût son cours, et ^ï^oia de Resende, son secrétaire nous a raconté, dans ^^"^ t*ccit intitulé «de la justice que le roi fit faire, à ''^l>t*^ntè8, sur la statue du marquis de Montémor,» com- ^*^^*^tce connétable fut dégradé et exécuté en efOgie, au ~^^i«u d*une pompe d'autant plus solennelle que le rang ^ Ooupable était plus élevé. Sur la place de la ville, ^^Onte-t-il, avait été construit un grand écliafaud, cou- ^^'t de draps noirs. Les corrégidors et les juges y avaient ^^^ sièges : près d'eux, se tenaient debout les huissiers,
^^ alcades et les officiers de justice. On y amena la sta-
tue du marquis : elle avait été faite si ressemblante qu'on s'imaginait le voir lui-même. Elle était armée de toutes pièces, portait au-dessus de Tarmure sa cotte d'armes, tenait dans la main droite une épée nue. et dans la gauche, une bannière carrée où figuraient ses armoiries. Les juges firent lire Tacte d'accusation, et, à runanimité, le condamnèrent à être décollé publiquement. En ce moment^ parut un héraut qui lui dit à très-haute voix : a Connétable, plus la grandeur de votre office était grande, et plus vous étiez obligé à vous montrer loyal envers votre roi, à le servir et à défendre ses États; comme vous ne Tavez point fait et que vous Tavez ofTensé par votre déloyauté, vous êtes indigne de porter cette épée;» et Tépée fut aussitôt retirée; puis, après une nouvelle apostrophe du héraut, la bannière lui fut également enlevée, et il en fut de même des autres pièces de Tarmure, jusqu'à ce que la statue se trouvât réduite aux chausses et au pourpoint. Alors, le crieur de la justice s'avança, accompagné d'un bourreau : la sentence, rappelant le crime commis, fut proclamée, et la tête de la statue fut coupée. Il en sortit un sang artificiel qui fil illusion. Et, après cette longue cérémonie, tout le monde étant descendu de l'échafaud, on y mit le feu. «Statue, échafaud, ajoute Garcia de Resende, tout fut brûlé, si bien que ce fut chose effrayante. Et le marquis, apprenant cela,en reçut un grand chagrin et, peu après, mourut en Gastille où il était. »
La publicité de cette double exécution, toute cette pompe lugubre sur laquelle comptait le roi pour frapper de terreur les imaginations, ne suffirent pas. Un nouveau complot se trama contre lui. Les conjurés, cette fois, avaient formé le projet de l'assassincM" et de mettre sur le trône le frère de la reine, le jeune duc de Viseu. Jean, qui lui avait toujours témoigné de rafTection, s'était contenté, dans les premiers temps, de lui adresser un aver-
APERÇU DE L'HISTOIRE DE PORTUGAL. 2il
tissemenl sévère, mais, lorsqu'il vit que Tavis qu'il avait donné n'avait produit aucun effet ^ et que les conspirateurs, ainsi que le duc dont il n'ignorait aucune démarche, donnaient suite à leur criminelle entreprise, il prit la résolution de punir le coupable de sa propre main. Feignant une tranquillité parfaite, il lui manda de venir, sous le prétexte d'une affaire importante qu'il avait à lui communiquer. Le duc obéit. Jean le reçut d'un air gai, et, après un instant de silence : « Mon cousin, lui dit-il, que feriez- vous à un homme qui voudrait vous ôterlavie? — Il mourrait avant moi, répondit le duc^ de Viseu, payant d'audace. — Meurs donc, répliqua le i-ci , tu as prononcé toi-même ton arrêt. » — Et il le ''•a. j>pa d'un coup de poignard. Un juge, un secrétaire et <iu niques seigneurs, dont il s'était entouré, dressèrent Pï'ooès-verbal de ce qui venait de se passer, et le corps ^^•^ cJuc, après avoir été transporté dans une église où il exposé toute la journée, fut enterré le soir même, même temps, les conjurés furent appréhendés. Les cîpaux étaient Ferdinand de Menezès et Pèdre ^ -^^aïde, qui portèrent leurs têtes sur l'échafaud, dom ^^t,^erez et l'évêque d'Évora, qui périrent misérablement ^^ t>rison. Ils étaient sept ou huit, dont Garcia de Rele nous a laissé les noms.
caractère inflexible de Jean II finit par avoir raison
^ ^ 1^ résistance des nobles, qui ne se hasardèrent plus
^ Conspirer contre lui : sa vie fut désormais à l'abri des
f^^*^ plots. Mais on conçoit qu'avec un pareil caractère,
^ devait gouverner par lui-même. Les gens de bien, les
J^^*^fxmes de talent étaient admis facilement auprès de
1**» aucun d'eux ne possédait exclusivement sa faveur*
^^^^Tàme il s'entretenait un jour avec Dom Diego d'Al-
^*^la, il s'arrêta tout à coup et lui dit : «Retirez-vous,
^3* ^^ ^^"^ prendrait pour un favori. » Aussi, était-ce
^^ ^«lire mal la cour que de le flatter. 11 avait donné la
212 APBBÇU DE L'HISTOIRE DE PORTUOAL.
charge de majordormc à Jean de Menezès, « Il aime la vérité, dit le roi, en annonçant cette nomination à ceux qui Tentouraient, il me la dit lors même qu elle me déplaît. »
Il apportait le plus grand soin à Tadministration de la justice ; il recevait lui-même des rapports fréquents sur la marche des procès, et ne tolérait aucun abus. Ayant appris qu'un juge acceptait des présents, et mettait cependant beaucoup de lenteur et de négligence dans Texpédition des aflaires, il le fit venir et lui dit :c Je sais que vos mains sont toujours ouvertes, et votre .tribunal toujours fermé. Songez-y.» La rigueur de ses principes Tentrainait quelquefois au delà des bornes d'une juste sévérité ; mais il savait réparer noblement ses torts. Un jour, il fit une réponse dure à RuydeSouza, vieillard respectable ; un instant après, il alla le trouver dans sa maison. « Je vous ai parlé durement, lui dit-il, mais c'était le roi qui vous parlait ; Thomme vous parle à présent ; rendez-lui votre amitié. »
Son esprit équitable cherchait tous les moyens possibles de ne pas grever la nation de charges nouvelles. Ruy de Pina raconte que, lorsqu'on venait lui proposer quelque tribut onéreux pour faire face à une dépense, il avait coutume de répondre : a Voyons d'abord si elle est nécessaire, » et, lorsqu'il s'était assuré de cette nécessité, il ajoutait : « Cherchons maintenant quelles sont dans notre budget les dépenses superflues». Aussi, était-il adoré du peuple, qui savait combien son roi prenait à cœur tous ses intérêts.
Ceux de ses sujets qui s'étaient distingués dans les armes, étaient de sa part l'objet d'une bienveillance toute particulitTc. Dom Pèdre de Mello, étant à sa table, laissa tomber un verre et chacun se mit à rire de Taccident. t Pourquoi riez-vous ? dit le roi, a-t-il jamais laissé tomber sa lance ?» Un brave gentilhomme
APBRÇU DB L'HISTOIRE DE PORTUGAL. 2i3
^butiaii pour solliciter une grâce ; il la lui accorda, en ^i disant : c Gomment, lorsque vos bras savent si bien ^e servir, n*avez-vous pas de langue pour me demander ne juste récompense?» Il avait d^ailleurs un registre pécial sur lequel il prenait note des actions d'éclat et es services rendus au pays, et nous voyons par les Scits de Garcia de Resende que bien souvent des faveurs on sollicitées allèrent surprendre quelque hardi na- Igateur ou vaillant chevalier, qui vivait loin de la cour i qui croyait ses mérites méconnus.
Il aimait aussi et favorisait les arts et les lettres. Luinèine était un excellent musicien, dessinait bien, lisait ssidûment les grands écrivains de Tantiquité. U ne né- ;ligea rien pour répandre dans le pays les bienfaits de a civilisation, en inspirant aux jeunes nobles le goût Qconnu «des études sérieuses et des plaisirs de Tinelligence. Il réussit à attirer un certain nombre de sarants et d'artistes étrangers. Il s'était mis en rapport ivec Ange Politien et, par une lettre très-flatteuse et rès-élégante qui nous a été conservée, il avait obtenu le lui qu'il écrirait une histoire du Portugal ; la mort le rhistorien vint arrêter ce travail dès le début.
Les sciences ne lui étaient pas non plus inconnues. 1 avait étudié ce qu'on connaissait alors de la cosnographie , était aussi savant que personne sur les nathématiques, sur l'art des constructions navales. 11 [>rocéda aux expériences les plus heureuses sur l'emploi jui pouvait être fait, en mer, de ràrtillerie, et ce fut l*après ses modèles et ses calculs que fut façonné le plus grand des navires connus de l'Europe.
Rien de ce qui intéressait la marine et le commerce ne lui était indifférent. Persuadé que les transactions commerciales, dont Gènes et Venise avaient jusqu'alors le monopole, pourraient un jour passer aux mains des Portugais, il introduisait chez eux la recherche des
2i4 APERÇU DE L'HISTOIRE DE PORTUGAL.
objets de luxe et des articles de fantaisie, dont ils ne s^étaient jamais préoccupés. Animé, comme Tinfant Henri et le régent Pèdre , de Tesprit des découvertes, qui avait déjà produit^ par Tinitiative de ces deux grands hommes, de si heureux résultats, il tournait constamment vers rOcéan le génie entreprenant de son peuple. Aussi, ne cessait-il de prendre les plus grandes précautions pour s^assurer la paix sur le continent. Il entretenait avec la Gastille des rapports de bon voisinage et même d'alliance intime ; son fils dom Alphonse épousa la fille dlsabelle et de Ferdinand. Il n'eut de querelle, un moment, qu'avec le roi de France, Charles YIII, mais la déclaration de guerre qui avait été faite au gouvernement français, n'eut aucune suite. Et, en tenant cette conduite, il faisait preuve de la plus grande habileté politique , puisqu'il se réserva pendant tout son règne une tranquillité parfaite en Europe, pour porter tous ses efforts personnels et toutes les forces du Portugal sur ces conquêtes maritimes et ce progrès commercial qui allaient donner au pays une rapide et merveilleuse illustration.
Dès l'année de son avènement, après la fondation du fort de Mina par Azambuja et Pèdre de Cintra, il s'était intitulé seigneur de Guinée. 11 avait pris ce titre et non celui de roi, dit le vieil écrivain Vasconcellos, «parce qu'il n'avait aucune juridiction sur les peuples de ces contrées^ mais la seule seigneurie du pays, comme l'ayant occupé du ' consentement des habitants plutôt que par ses armes.» En même temps, il avait obtenu du pape Innocent VIII une bulle recommandant une nouvelle croisade contre les musulmans du nord de l'Afrique et, sur le premier avis d'une invasion probable, la ville d'Azamor, qui appartenait au Maroc, avait reconnu sa suzeraineté. Deux ans plus tard, ses vaisseaux s'avancèrent jusqu'au royaume de Bénin, puis, jusqu'au
APBBÇU DE L*HISTOIRB DE PORTUGAL. 2i5
Congo, et découvrirent deux cents lieues de terre au
delà du Zaïre. Il reçut même à Lisbonne un am-
i)assadeur du roi de Bénin. Gelui-ci lui parla longuement
d'une sorte de souverain pontife qui demeurait à deux
cent cinquante lieues à Test de son pays, et auquel les
Tois de Bénin, en montant sur le trône, avaient coutume
d'envoyer des présents pour obtenir de lui la con-
'firmation de leur royauté. En rapprochant ce récit de
ceux qui circulaient en Portugal au temps du roi Jean f ,
^t d'après lesquels, toutes les fois qu'il était question
de l'Inde, il était fait mention d'un certain cheftrès-
])uissant et chrétien appelé le prêtre Jean, preste Joam
^das IndiaSy le roi fut convaincu que ses navigateurs, en
^'avançant le long des côtes d'Afrique , retrouveraient la
trace de ce prêtre Jean et pourraient arriver aux Indes
de ce côté. 11 fit donc armer deux navires de cinquante
tonneaux, avec une embarcation chargée de munitions,
et les confia à Bartholomeu Dias, qui partit le 2 août
Une fois le Congo passé, Bartholomeu, conformément aux instructions qu'il avait reçues, suivit la côte, déposant à chaque point d'exploration une borne de pierre ^ux armes portugaises, pour attester d'une manière durable cette prise de possession. Il atteignit ainsi de iiouveaux climats, et se vit tout à coup exposé aux tempêtes les plus terribles. Lorsque la furie des flots fut -apaisée, il ne trouva plus la terre en naviguant au sud, ^omme on l'avait toujours fait jusque-là : il fut obligé ^e se diriger vers le nord, et il découvrit une baie qu'il appela angra dos vaqueiros, baie des vachers, parce qu'il J^ avait vu, en arrivant, des troupeaux dont les pasteurs ^'^taient enfuis à son approche. Mais là, les équipages ^fTrayés de l'immensité des mers qu'ils avaient parcourues, voulurent retourner : il obtint d'eux un délai ^e trois jours, leur promettant le retour si, après ces
trois journées de nouvelle navigation, il ne découvrait rien. Or, il ne vit qu*un fleuve, qui prit le nom du second chef de l'expédition, Pero Infante \ et, arrivé à - .. . l'îlot de la Cruz, il lui fallut exécuter sa promesse et ré-
\jf^^ trograder. Ce fut seulement alors qu'il eut connaissance
de ce grand cap qu'il avait doublé sans le savoiri et qu'il nomma le cap des Tempêtes , en souvenir des périls qu'il y avait courus avec ses compagnons.
Bartholomeu arriva en Portugal à la fin de Tannée 1487, après une absence d'à peu près dix-sept mois. Il avait, en une seule expédition, exploré trois cent cinquante lieues de côtes inconnues avant lui. Le roi le reçut avec honneur, et rempli d'espoir en apprenant la découverte du cap des Tempêtes, il s'empressa d'échanger ce nom contre celui de Bonne-Espérance,
Jean II n'avait pas attendu le retour de Bartholomeu Dias pour tenter des recherches dans un autre sens, et tandis que cette expédition côtoyait jusqu'à l'extrémité l'Afrique occidentale, deux savants verséf dans la langue arabe, deux de ces hommes qui savent sf dévouer au succès d'une grande entreprise, Pierre d( Govilham et Alphonse de Païva avaient accepté la mission de gagner les Indes par l'Egypte et de s'enquérii sur leur passage de tous les documents ayant trait à If mystérieuse personnalité du prêtre Jean. Gamoens de crit avec admiration ce long voyage. «Le règne de Jeat « second, ditril, vit éclore une entreprise audacieuse. « inouïe, et qui semblait au-dessus des forces de « l'homme. Il résolut de pénétrer jusqu'au berceau d( « l'Aurore... Animés de son esprit, dépositaires de sej « pensées, d'intrépides voyageurs traversent l'Espagne « la France et l'Italie ; ils s'embarquent au port de Par « thénope... La mer de Sicile les porte rapidement « vers les plages sablonneuses de Rhodes. Bientôt ilf « parviennent aux rivages qui furent témoins de h
<c mort de Pompée... Ils visitent la nouvelle Memptiis <€ et les plaines que fécondent les eaux du Nil, les cam- « pagnes désertes où gît Thèbes aux cent portes, et <( rÉthiopie, qui garde encore la loi du Christ. Ils fran- <c chissent les ondes sacrées qui s'ouvrirent jadis sous V
« les pas d'un peuple aimé du ciel. Derrière eux fuient « les monts Nabathéens, qui rappellent le nom d'un fils « dlsmaël ; les rivages que la mère d'Adonis embauma « de ses parfums, les champs de l'Arabie Heureuse, et les « deux autres Arables avec leurs rochers et leurs brû- « lants déserts. Un détroit, qui semble avoir conservé le « souvenir de l'antique Babel, les conduit dans ce golfe « où, fiers d'une illustre origine, le Tigre et l'Eu- • phrate réunissent leurs ondes. Puis, se confiant à « cette mer que Trajan n'osa franchir, ils s'avancent « vers les bords de l'indus, bords fameux, qui fourniront c un jour à l'histoire ses plus admirables récits. Déjà « les peuples du Sind et duKerman avaient offert à leurs « regards les mœurs, les usages variés qui distinguent c le monde oriental ; mais ce long et pénible voyage ne a leur permettait pas un retour facile. Ils moururent « sur une terre lointaine, les yeux tournés vers cette « douce patrie qu'ils appelaient en vain*. » Pierre de Covilham et Alphonse de Païva s'étaient séparés au Caire. Celui-ci s'était dirigé vers l'Ethiopie, mais il était mort peu après. Covilham, après être parti d'Aden, avait visité Cananor, Calicut, Goa, s'était rendu de l'Inde à la côte orientale de l'Afrique, aux mines de Sofala, et, revenu au Caire, avait appris la mort de son compagnon. En ce moment, il rencontra deux Juifs espagnols que le roi avait envoyés à sa recherche avec de nouvelles instructions; il dut, pour s'y conformer, partir avec l'un d'eux pour l'ile d'Ormuz, et confia à l'autre, qui les rap-