Ch. IV, 8t. &8, 59, 00, 61, 62 et
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porta immédiatement au roi, tous les documents qu*il avait amassés sur les contrées visitées par lui. Puis, de retour d'Ormuz, la pensée lui vint de faire le voyage que n'avait pu achever de Païva. Il se rendit à la cour •> du Negus d'Abyssinie, prince chrétien, dans lequel il
crut trouver le prêtre Jean. Mais ce prince, qui Tavait parfaitement traité, vint à mourir, et son successeur, tout en lui accordant des terres considérables, lui défendit formellement de quitter ses États. Il mourut en Abyssinie à un âge très-avancé.
Les documents de Govilham , non-seulement instruisirent le roi de l'opulence et des magnificences de llnde, mais lui donnèrent des notions exactes sur les contrées orientales et sur les mers qui séparaient llnde de la côte africaine. Tous ces renseignements précieux ne tardèrent pas, d'ailleurs, à être corroborés par les récits d'un prince nègre, le roi Behomi, qui arriva d'Arguin et se fit baptiser à Lisbonne, au milieu des pompes ecclésiastiques et des fêtes les plus luxueuses de la cour. Jean II sentit enfin qu'il touchait au but tant désiré : les explorations de Bartholomeu Dias sur cette côte sud-ouest de l'Afrique qui allait toujours se dirigeant vers l'Orient, la découverte du cap de Bonne-Espérance, les rapports venus du Caire, tout concordait et faisait pressentir le chemin nouveau que le Portugal allait ouvrir au commerce du monde.
Jean II eut encore un autre motif de satisfaction. Ce fut à cette époque qu'il maria, comme nous l'avons dit, son fils dom Alphonse avec l'infante de Gastille. Cette alliance de deux grandes familles royales consacrait l'union intime et toute récente de deux nations qui s'étaient déchirées durant de longues années ; elle fut célébrée avec un faste extraordinaire et tel qu'on n'en avait jamais vu de semblable, si ce n'est à la cour somptueuse des ducs de Bourgogne.
Mais ces fêles devaient avoir un triste lendemain. La peste se déclara dans Lisbonne et la ville d'Évora : elle dura peu, mais ses ravages furent terribles. En même temps, le roi se sentit atteint de xiouleurs provenant de Tempoisonnement d'une eau qu'il avait bue au milieu d'une partie de chasse. Enfm, huit mois à peine après son mariage, le 13 juillet 1491 , l'infant périt subitement d*une chute de cheval. Et ce fut un grand deuil, nonseulement pour sa famille et pour la cour, mais pour le royaume tout entier et pour l'Espagne. « 11 n'avait que seize ans, dit Resende, mais il paraissait en avoir vingtcinq par Taspect et la mâle beauté de son corps, par son savdir, par son jugement, par sa retenue.» A partir de cette époque, Jean II tomba dans une profonde tristesse : il avait fondé sur son fils les plus brillantes espérances, et maintenant, l'héritier présomptif de la couronne était dom Emmanuel, duc de Béja, frère de ce duc de Viseu dont il avait puni de sa propre main les complots et la trahison. L'écarter du trône devint désormais une de ses préoccupations : il flt des démarches actives auprès du pape Alexandre VI pour obtenir de lui la légitimation de son fils naturel, dom Georges, qu'il avait fait élever avec la plus grande sollicitude par Cataldo Siculo, l'un des hommes les plus instruits de son temps. Mais la cour avait ce projet en aversion; la reine, naturellement peu disposée en faveur d'un bâtard, favorisait, autant qu'elle le pouvait, le duc de Béja, dont elle était la sœur, et contrecarrait de toute son influence auprès du saint -siège les démarches
du roi.
Tels étaient les chagrins et les inquiétudes de Jean 11, lorsque se produisit un fait qui n'était pas de nature à les calmer. Le 6 mars 1493, il se trouvait à Santarem, quand on lui annonça qu'un nommé Christophe Colomb, arrivant de l'île dr^ Cypango, venait d'entrer h Lisbonne ; comme
il le connaissait pour avoir refusé ses services quelques années auparavant et qu*il savait que le roi de Gastille lui avait confié récemment une expédition, il le manda près de lui et l'interrogea sur les contrées qu'il avait visitées. Quels ne furent pas ses regrets, en entendant le récit de celui qu'il avait autrefois dédaigné I La Gastille allait donc se trouver maîtresse de ces contrées ignorées, de toutes ces richesses dont Colomb lui parlait avec complaisance, et dont lui-même eût hérité, sïl avait, au tempsvoulu, prêté l'oreille aux propositions du pauvre Génois I Dans leur dépit et leur jalousie contre l'Espagne, les courtisans qui l'entouraient, lui offrirent, dit-on, de tuer cet aventurier fanfaron, avant qu'il eût publié sa découverte. Jean sut rejeter leur avis, et Colomb put sortir librement du Portugal pour porter à ses *mattres la grande nouvelle.
Elle pouvait être un sujet de nouvelles guerres entre les deux pays. Car les Portugais, avec leur puissante marine, étaient capables d'expédier des flottes rapidement équipées vers les pays découverts par Christophe Colomb, et d'en tirer profit pour eux-mêmes au détriment des Espagnols. 11 parait certain que Jean en eut le projet et qu'il s'apprêtait à l'exécuter, lorsque, sur les très-vives réclamations de l'Espagne, le pape Alexandre VI intervint comme médiateur et décida qu'il serait tracé, d'un pôle à l'autre, une ligne imaginaire passant par une des Iles Açores et le cap Vert ; que toutes les terres situées à l'ouest seraient aux Espagnols, et celles de l'est aux Portugais. Mais Jean réclama contre cette décision, et les ambassadeurs des deux royaumes s'étant réunis avec de pleins pouvoirs pour en conférer, il fut convenu que cette ligne de démarcation serait établie à trois cent soixante-dix lieues à l'ouest du cap Vert. Les deux souverains signèrent, en 4494, cette convention connue sous le nom de traité de Tordesillas, et dont il ne fîit
plus question qa'une trentaine d'années plus tard, lors de la discussion relative aux lies Moluques.
Pour le moment, Jean II, dans le désir d'éclipser la gloire dont venait de se couvrir tout d'un coup la marine espagnole, et pour prendre possession de Thémisphère qui lui était abandonhé, résolut d'accomplir, à tout prix, autour de l'Afrique, ce grand voyage qui devait conduire ses vaisseaux dans l'Inde. Ce n'était plus une exploration, mais bien une vaste conquête qu'il voulait opérer. Déjà il avait fait d'immenses préparatifs, et il avait jeté les yeux sur Vasco de Gama, un de ses plus intrépides marins, pour en faire le chef de cette expédition, dont il se promettait un si grand succès, lorsque le poison lent dont il avait senti les premières atteintes quatre années auparavant, l'emporta le 25 octobre 1495.
Ses derniers moments furent dignes de sa vie et montrèrent qu'il n'avait rien perdu de la fermeté de son âme. Son secrétaire lui ayant exposé nettement qu'il ferait courir au pays tous les dangers d'une guerre civile, s'il désignait par son testament un autre héritier de la couronne que l'héritier légitime, il fit au bonheur de ses sujets le sacrifice de sa dernière affection. Puis, sentant sa dernière heure arrivée, il fit déposer sa couche à terre, ordonna de dépouiller sa chambre de tout luxe royal, et comme, après cela, un seigneur de la cour lui donnait le titre d'altesse: « Laissez-là, lui dit-il, tous ces titres ; je ne suis plus, en ce moment, qu'un mortel ordinaire et rien de plus.» Cependant le bruit s'était répandu qu'il se ranimait et qu'il y avait quelque espoir de le sauver; le peuple accourut enfouie au palais, s'efforçant d'y pénétrer malgré les gardes. Il dit alors d'ouvrir toutes les portes, et môme celles de l'appartement qu'il occupait. Mais bientôt il retomba et, comme l'évéque de Tanger, qui le croyait près d'expirer, s'était mis à réciter les prières des agonisants : t II n'est pas
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encore temps, lui dit-il, j*ai encore deux heures à vivre. » Et, en eflet, deux heures plus tard, il expira: l'homme n*était plus.
Emmanuel (1495-1521)
Le jeune souverain convoqua immédiatement les Gortès et porta les premiers actes de sa politique intérieure sur quelques réformes favorables à la magistrature et à Tadministrationi. Gomme la noblesse avait été vaincue et soumise, il n'eut plus à la combattre : il se souvenait des anciennes alliances contractées par son frère le duc de Viscu, et n'avait pas, à l'égard des grands vassaux, les mêmes sentiments que Jean II ; il leur rendit une part (Finfluence dans la direction des aflaires, rappela en Portugal les fils du duc de Bragance et restitua môme à Taîné ses biens et ses privilèges. Mais il n'abandonna, pour cela, ni les inlértHs de la royauté ni les vastes vues de son prédécesseur. Jean s'était appuyé sur le tiers-état et le clergé pour lutter contre les prétentions des seigneurs ; ceux-ci ayant cessé d'être redoutables, Emmanuel revint à eux, montra moins de condescendance envers le tiers-état, et s'efforça de réagir contre les désordres (jui s'étaient glissés dans le clergé d'une manière si étrange qu'un poëte du temps osait écrire qu'il n'y avait plus, dans le pays, deux évéques qui fussent restés honnêtes. Les résistances que lui opposèrent le grand corps privilégié, troublèrent seules la profon<le tranquillité de son règne : et ce fut en vain qu'il obtint du pape Léon X, en J 5 14, la promesse de la convocation d'un concile pour la réforme de l'Eglise, ainsi que la
1. \\ invcnla le service de l'assistance publique et, par un effet de sage prévoyance , décida qu'à l'avenir il serait prélevé un pour cent sur les revenus royaux pour venir en aide aux malheureux.
permission de prendre au clergé portugais le tiers de ses revenus pour la continuation de la guerre contre les infidèles, les évêques ne craignirent pas de résister du même coup aux ordres du roi et à ceux du pape ; ils n'accordèrent à TÉtat qu'un tiers de la taxe qui leur était imposée, et restèrent àTabri de la réforme dont ils avaient été menacés.
Emmanuel n'était pas seulement un habile administrateur et un homme de mœurs rigides ; les lettres et les arts eurent en lui un protecteur éclairé. Il avait reçu une haute culture intellectuelle, lisait avec une parfaite intelligence tous les auteurs latins, avait des notions exactes et le goût nécessaire pcjur apprécier à leur juste valeur les œuvres de peinture et de sculpture. Il donna une sérieuse impulsion à la littérature nationale, comme le prouvent les chroniques du royaume, rédigées par Edouard Galvam et par lluy de Pina, les œuvres de Bernardin Ribeiro, les poésies recueillies par Garcia de Resende. Il fit élever une foule d'édifice.^ civils et religieux, tels que les couvents de Belem et de Thomar, rhôpital de la Miséricoi:de, la cathédrale d' El vas, Notre- Dame de la Conception de Lisbonne, les monastères de la Serra, de Saint-Antoine de Pinheiro, de TAnnonciade, etc... La renaissance fit sous son règne de grands progrès.
Dans sa politique extérieure, suivant Texemple de Jean II, il s'efi'orça constamment de maintenir une alliance étroite avec TEspagne pour pouvoir tranquillement donner tous ses soins à la puissance maritime du royaume. DT»s le commencement de son règne, il demanda en mariage la fille aînée (risabelle et de Ferdinand, cette infante de (bastille qui était déjà venue à la cour du Portugal comme épouse du malheureux fils de Jean IL II attacha même tant de prix à cette union qu'il consentit à un acte funeste que condamnaient for-
mellement ses plus sages conseillers : la princesse lui ayant répondu qu'elle ne s*unirait jamais au prince dont les États servaient d'asile aux musulmans fugitifs et surtout aux Juifs, il lança contre eux des ordonnances déplorables et décréta, sous peine de mort, rexpulsioa immédiate de tous ceux qui ne se convertiraient pas. A cette condition, le mariage eut lieu (1497), et bientôt, le fils unique de Ferdinand étant mort, Emmanuel se vit, par sa femme devenue princesse des Asturies, héritier légitime du royaume de Gastille. C'était, il faut le dire, une perspective grandiose. Mais les événements qui se précipitèrent, ne permirent pas à son ambition d*entretenir longtemps un pareil espoir. La reine, dont la santé avait été minée par des chagrins prématurés, mourut subitement, et Tenfant qui héritait de ses droits, lui survécut à peine deux années. Emmanuel n'en continua pas moins de s'attacher au plan que lui avait tracé la conduite de son prédécesseur : il s*assura , toujours par des mariages, l'alliance dei'Espagnc: il épousa la sœur d'Isabelle, l'infante Marie, et, en 1517, à lamort de cette dernière, Éléonore, sœur de Charles-Quint. Ajoutons, à sa gloire, que, dans ses rapports avec ce puissant monarque, il sut toujours conserver une noble indépendance : il garda, en toutes circonstances, sa liberté d'action, son influence personnelle dans les affaires européennes.
Il ne lui arriva qu'une seule fois d'employer la force de sa marine ailleurs qu'en Afrique et en Asie. Venise ayant sollicité son aide contre les Turcs, il lui envoya un secours de trente vaisseaux, commandés par dom Jean de Menczôs, et les Portugais eurent, de cette façon, l'honneur d'assurer en Europe le salut de cette même république dont ils allaient ruiner le commerce en Orient.
Cette longue paix qu'Emmanuel sut ainsi maintenir
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pendant toute la durée de son règne, lui permit de disposer des ressources entières que lui offrait la nation pour mener à bien les grandes expéditions et les con- <iuétes lointaines, rêvées par Jean II. Il avait eu, il faut ^'avouer, ce bonheur inouï d'obtenir la couronne au Moment précis où, Jles labeurs préliminaires de cette im- 'Dense entreprise étant accomplis, il n'avait plus qu'un dernier effort à tobter pour recueillir la gloire préparée P*r quatre-vingts ans de patientes études et d'intrépides ^cherches : puisqu'il venait après l'infant Henri, après ie régent dom Pèdre, après Jean II, le roi parfait^ ilde- ^*^t être le roi heureux par excellence, celui qu'on eut maison de surnommer le fortuné. Nous devons reconnaître ^^utefois qu'il ne fut pas seulement favorisé de la fortune, ^^'ilsut encore, par ses qualités, par sa prudence, son '^^bileté politique, le bon choix de ses lieutenants et de ®^s ministres, mériter les faveurs que le sort lui avait ''éservées. «Heureux Emmanuel, s'écrie le poëte, c'est à ** ton génie, c'est à tes vertus héroïques que le ciel ré- ** ^Servait la découverte de TOrient ! Héritier de la cou- ^ **onne et des grandes pensées du roi Jean, tu te vis à ** I>eine sur le trône que tu projetas la conquête des ** ïïiers...^»
Hîn effet, il ne perdit pas de temps. Il eul la sagesse de
^^ point modifier les principales dispositions qu'avait
5^*^ses Jean II, et laissa le commandement à Vasco de
xna*, gentilhomme du pays d'Alentejo, dont le mé-
était bien connu et qui descendait d'une ancienne
^t Vaillante famille. Cette flotte, d'ailleurs, ne comptait
I^^^ beaucoup de bâtiments : il y avait trois vaisseaux,
^ 'Saint-Gabriel, sur lequel Vasco devait planter son
ï^'^A'illon, le Saint-Raphaël y dont le capitaine était le