ÉTUDE BIOGBAPHIOUE ET LITTÉRAIRE
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La famille des Camoens était originaire de la Galice. Elle tirait son nom d'un antique château appelé Caamanos, situé près du promontoire de Nérée, aujourd'hui le cap Finistère. A la suite d'une quereUe qui s'éleva entre eux et les Castera, leurs voisins, et qui coûta la vie à un de ceux-ci, Vasco Pires de Caamanos quitta la Galice, en 4370, et vint demander asile au roi dom Fernand, qui non-seulement l'accueillit avec empressement, mais lui accorda des terres, la seigneurie de plusieurs villes et l'entrée au Conseil. Après la mort de dom Fernand, ce Vasco Pires prit parti pour la fille de son bienfaiteur, dona Béatrix, contre Jean V^y et, vaincu avec elle à Aljubarota, fut fait prisonnier et dépouillé de tous ses biens. Il ne conserva que le do-
maine d'Evora, qui fut érigé par ses descendants en un fief que le peuple appela Camocyra.
Vasco Pires eut trois enfants. Le second, Jean Vaz, s'illustra au service d'Alphonse V, en Afrique et en Castille, de 4438 à 148i . Il fut le père d'Antonio Yaz, qui épousa dona Guiottiar de Gama, parente de Yasco de Gama, et ce fut un fils d'Antonio, Simon Yaz, qui, marié à Anna de Sa e Macedo, d'une famille noble de Santarem, donna naissance au poète.
On a longtemps discuté si Luiz de Camoens était né en 4 Si 7, 1824 ou 1525. John Adamson, dans la biographie très-étendue qu'il a composée*, démontre suffisamment^ que la première date ne peut être admise. Il ne reste donc de doute que sur les deux autres ; mais il ne s'agit dans tous les cas que d'une différence de quelques mois. Et ainsi Camoens naquit à l'époque même où Yasco de Gama, à qui il était uni, comme nous venons de le voir, par les liens du sang, allait terminer sa glorieuse carrière aux Indes en qualité de vice-roi.
Lisbonne fut sa ville natale : ses parents y demeuraient dans la Mouraria, ou quartier des Maures,
1. Mémoire of the life and writings oj Camoef?« (London , 1820,
2 vol. in-12).
2. La meilleure preuve est un exlrait des registres de la Maison des Indet^ découverts par Manoel de Faria, et dans lesquels sont nol^s Tàge de Camoens et Tépoque de son entrée au service d'outre-mer. Cette pi^ est datée de 1550 et donne à Camoens Tftge de vingt-cinq ans : t Luis de Camoens, fils de SlmSo Vas et de Anna de Sa, demeurant à Lisbonne en la Mouraria, écuyer, âgé de vingt-cinq ans, de barbe rousse, « donné son père pour répondant. Il part sur le vaisseau Sâo Pedro do$ Burtjaiezex^ sur lequel le vice-roi dom Àlfonso de Noronha se rend Uni Indes, t
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paroisse de Saint-Sébastien. Deux autres villes^ Colmbre et Santarero, prétendirent à l'honneur de ravoir vu naître ; mais leurs prétentions ne reposent sur aucune preuve, et Camoens lui-même semble bien mdiquer Lisbonne pour sa véritable patrie, lorsque, banni de cette ville et relégué à Santarem, il se com- . pare, dans sa troisième élégie, à Ovide exilé.
Bas études
Nous ne savons presque rien de ses premières années : nous n'en trouvons dans ses écrits aucun souvenir. Encore enfant, il perdit sa mère. Son père appartenait à une branche cadette ; comme tous les cadets de Portugal, il avait peu de fortune et était appelé souvent au loin par le service militaire.
Ce fut vers l'âge de treize ans que Camoens vint à l'université de Colmbre pour y continuer ses études, qu'il avait sans doute conmiencées à l'école de Santa-Cruz.
L'université «de Colmbre, transférée à Lisbonne depuis 1377, venait d'être rétablie au heu de sa fondation. Le roi Jean III, en la reconstituant, avait voulu que le Portugal ne se montrât pas, pour l'enseignement et les hautes études, inférieur aux autres États de l'Europe. Il s'y attachait comme à l'un des objets les plus importants de son gouvernement, et il se faisait rendre compte des travaux des coUéges à ce point, dit-on, qu'il connaissait par leurs noms, étant doué d'une rare mémoire, tous les écoliers qui en suivaient
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les cours'. Il désirait donner à ses étal^ssements scolaires un éclat au moins égal à celui qu'avait acquis, dès son origine, à Bordeaux, le collège de Guyenne^, et dont jouissait dépuis longtemps déjà, à Paris, le collège de Sainte-Barbe, où sa munificence entretenait , cinquante boursiers portugais '.Il avait donc appelé de France , d'Allemagne et d'Espagne des savants éminents, tels que Jacques de Govéa, l'ancien recteur de l'université de Paris, l'ancien principal de Sainte- Barbe, un des plus habiles humanistes de son temps; l'helléniste Vincent Fabricius ; le mathématicien Pedro Nuriés; le naturaliste Brissot*.
' Au milieu de ces professeurs illustres, Camoens
. 1. Diogo BarboM, Biblioiheea lusitana, 11, 569^
2. Fondé, en 1534, par le Portugais André de Govéa, ancien professeur de Sainte-Barbe.
3. Le Portugais Jacques de Govéa, principal de Sainte-Barbe depuis 1530, avait obtenu de Jean 111 celte belle fondation en 1526. « L^université de Paris, dit M. Jules Quicherat, s'enorgueillit d'une préférence qui la relevait aux yeux de l'Europe, et si Ton en conçut quelque Jalousie à l'étranger, on ne laissa pas d*applaudir Thommage public qu'un roi puissant rendait aux lettres. » Voir TépUre de Vivàs au roi de Portugal en tête du traité De cautis eom'piarum ariium.
Consultez le tome l«r de Touvrage que M. J. Quicherat a intitulé : Histoire de Sainte-Barbe^ collège^ communauté^ institution (Hachette. 3 vol. in-8, 1860). Dans ce consciencieux et excellent travail, tout en s*attachant spécialement aux fails particuliers qui intéressent Sainte- Barbe, le savant directeur de TlScole des Chartes expose avec clarté et précision, dans plusieurs chapitres du tome !«', ce qu'étaient l'enseignement général et la valeur des étudlft à Tépoque dont nous parlons ici.
4. .Un peu plus tard, il appela le principal du collège de Guyenne, André de Govéa, qui, au dire de Montaigne (1. I, ch. xxv), « était sans comparaison le plus grand principal de France, » et qui se rendit en Portugal avec Grouchy et Guérente, Jacques de Teyre, dont les Vers ont été loués par Théodore de Bèze, un autre Portugais appelé Antoiûo Kende, Arnoul Fabricius de Basas, Ëlie Vinet et le célèbre
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apprit tout ce qu'on pouvait apprendre en son temps. Les beautés d'Homère et de Virgile, qu'il devait si bien imiter plus tard, lui furent dévoilées et expliquées. Il acquit les notions les plus utiles de la science, et se livra avec amour à l'étude de cette histoire du Portugal, qu'il devait célébrer avec tant d'éclat, et dont les antiquités étaient alors recherchées et retrouvées par le gouverneur des enfants du roi, le très-érudit indré de Résende'. Les lectures historiques ne lui manquèrent pas : la beUe histoire de Fernand Lopez de Castanheda^ venait de paraître ainsi que les deux premières décades de Barros '.
Georges Buchanan. Mais leur arrivée ne date que de l*année 1517, et Caraoens avait alors quitté ronirersité de CoTmbre.
Nous devons avouer d'ailleurs que tous eeis savants qui accompagnèrent André de Govéa, n'eurent pas à s'en féliciter longtemps. Après is mort, qui eut lieu Tannée suivante (9 Juin 1548), ils tombèrent en disgrâce. Georges Uuchansn, mis en prison à cause d'une satire contre les cordeliers, fut heureux de pouvoir s'embarquer pour l'Angleterre, iaeques de Teyre et ses amis, attaqués dans leurs doctrines par deaf adversaires oceultes, furent en butte à des dénonciations qui faillirent les brouiller avec le Saint-Office, ot un jour, le provincial des jésuites, |vee un ordr:p signé du roi, prit possession de leur maison. C'est ainsi que Tuniversité de Coîmbre devait être bientôt assujettie à la société de Jésus. {Compendio hitiorico de ettado da Uttivertidade de Coimbra RO lempo da invasdn dos denominruios jesnitas, p. 3. Lisbonne, 1771).
1. Lucius André de Hésende, né à Evora en 1498, mort en 1673, t laissé, avec des poésies latines et un ouvrage de grammaire, deux, ouvrages d'érudition remarquable : Delicîx Ltuitanorum et De anti- (pûtatibus Lusiianim,
2. Après avoir exploré l'Asie portugaise pendant vingt ans, il était devenu garde des archive» de l'afelvenité de Coîmbre. Son histoire De la découverte et de la conquête det Indet fut traduite en français, en italien et en espagnol. On l'a encore réimprimée dans ces derniers temps. (Lisbonne, 1833, 7 vol. in-8.)
3. Ces deux décades parurent en 153? ; la troisième ne fut publiée qu'en I5C3.
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Puis, dans ses heures de loisir, alors qu'il devait, pour quelques moments, délaisser les lectures sérieuses et les études abstraites, il put joindre à la connaissance d es poètes anciens celle des poètes de son pays. Les épttres et les odes, rimées en un excellent style, de Sa de Miranda et d'Antonio Ferreira, qui dans la suite fut surnommé THorace du Portugal, n'étaient pas encore imprimées ; mais les étudiants de l'université s'en communiquaient les copies manuscrites. Camoenà sans doute était de ceux qui les recherchaient avec le plus d'empressement. Et quelle ne devait pas être sa prédilection pour le Cancioneiro de Garcia de Résende*, ce recueil de sonnets, d'églogues et d'élégies, de chants populaires, amoureux et chevaleresques, semblables à ceux de nos troubadours, et dans lequel se trouvaient réunies les plus charmantes productions de deux cents poètes. Il allait se promener solitaire vers les belles eaux^ du Mondego, qui lui rappelaient le triste souvenir de la malheureuse Inez ; et là, il lisait avec transport les plaintes amëres et les Apres poésies de dom Pedro. Déjà l'écolier se sentait poète : l'ardeur qu'il éprouvait en son âme sensible, s'exprimait en vers. Ses premiers essais furent antérieurs à sa sortie de l'université.
1. Ce cancioneiro avait été imprimé dès 1S16, une vinglaine d'années après l'introduction de l'imprimerie en Portugal.