‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 85 sur 240 · Ch. II, 8t · texte numérisé non relu

Ch. II, 8t

i eau', ainsi que le pilote de Mozambique. Les Portugais eurent ainsi la preuve du danger auquel ils venaient d'échapper par hasard ; ils prirent soin de veilier toute la nuit, et, après avoir déjoué une nouveUe tentative de leurs ennemis', qui avaient essayé de profiter des ténèbres pour venir en silence couper leurs cordages, ils se hâtèrent de s'éloigner de ce pays perfide. Us rencontrèrent, en partant, une petite embarcation, firent prisonniers les quelques Maures qui la montaient, et apprirent d'eux qu'ils n'étaient plus éloignés d'une Ile* dont le chef ne ressemblait point à ceux de Mozambique et de Mombaze.

Les rapports de ces captifs n'étaient point trompeurs : on aborda cette fois chez un peuple vraiment hospita- ^^ï**- Le roi de Mélinde, bien que musulman, ne se montra pas hostile aux chrétiens : c'était, disent les vieux historiens portugais, un homme d'une grande science et « une sagesse remarquable. Pendant les treize jours que les I^ortugais firent station, la bonne harmonie ne cessa f '*^gner entre eux et les Mélindiens; Gama fut fêté « une façon tout orientale , et, chose plus précieuse pour *"* » il reçut du roi un pilote expérimenté qui lui donna ^^ns la suite des preuves constantes de fidélité et d'attacaern^nt : ce Maure était du pays de Guzarate et se nom- '"^it Malemo Ganaca.

*^urtie de Mélinde le mardi 28 avril , la iïotte , malgré ^^ 'Mauvaise saison, ne subit aucune tempête*, et vint jeter Tancre devant Galicut le dimanche 20 mai. «Les en-

• ^^nts d'Éole, dit le poète, l'avaient dirigée paisiblement

* ^^fs cette immense région où , pour prix de tant d'ef-

£• Ch. H, gl. 26, 27 et 28.

^- Ch. Il, il. 66.

^- Ch. Il, 81. 70 et 71.

Ch. 11, depuis st. 72 jusqu'à la fln.

Ch. VU, st. 15 et 16.

« forts, vont s'établir un nouveau culte et de nouvelles a mœurs, sous un sceptre nouveau. »

Au moment où Gama touche ainsi au but de son voyage, et se trouve en vue du magnifique pays qui reconnaîtra bientôt la domination portugaise, Fauteur des Lusiades interrompt son récit et consacre en grande partie son VII* chant au tableau géographique de llnde , à l'histoire des gouvernements que les Portugais y trouvèrent établis, à la description des mœurs des habitants. Tous ces détails, à une époque encore rapprochée de la découverte, devaient intéresser vivement le Portugal ainsi que toutes les nations commerçantes de l'Europe. Ils sont d'ailleurs présentés avec tant d'élégance et de précision, ils se mêlent d'une manière si heureuse aux antiques souvenirs de l'Inde, l'historien se confond tellement avec le poète que l'intérêt se soutient jusqu'à l'entrevue avec le monarque , sans que le lecteur s'aperçoive que l'action du poëme a été un instant suspendue.

A l'exemple de Gamoens, jetons un coup d'œil sur le pays qui va devenir le théâtre des exploits et de la fortune des Portugais. L'Inde, où vient de parvenir Gama et ses compagnons , est THindoustan ou Inde Cisgangétique (en deçà du Gange), ainsi nommée par opposition à l'Inde T7*ansgangétîque (au delà du Gange), qui estl'Indo- Ghine. Gette presqu'île a la forme d'un immense triangle, dont la pointe, le cap Gomorin, est au sud, dans l'océan Indien ; au nord , elle a pour base les monts Himalaya, qui la séparent du Thibet : elle est bornée à Test par le golfe de Bengale ; à l'ouest, par le Sind ou Indus et par la mer d'Oman. Elle a trois mille kilomètres d'étendue du nord au sud , deux mUle de Test à l'ouest, de la côte de Goromandel à celle de Malabar, et sa superficie ne compte pas moins de 3,160,000 kilomètres carrés. Il faut encore y ajouter les îles qui s';

AFBIIÇU DE L*HI8T0IBB DB POBTUGAL. 235

mtacbent : 111e de Geylan , les archipels des Maldives ^t des LaqaediTes.

La nature d V montre rien qui ne soit grand : les monts

Hintalaya qui, du nord , envoient de nombreuses rami-

fioations vers le sud, sont les plus hautes montagnes du

'^^oiide; le Gange, Tlndus, le Brahmapoutre ne peuvent

^t.r^ comparés qu'aux plus grands fleuves de TAmérique ;

*^ terre est d'une richesse inépuisable en forêts, en firuits,

céréales, en mines d*or, d'argent et de cuivre; les

taux qu'elle porte, ont des proportions redon-

iXk sein de toutes ces grandeurs et de ces richesses ^^^urelles, Thomme seul, condamné depuis des siècles à sorte d'immobilité traditionnelle, parait faible etmi- ^t*^able. Non-seulement les Hindous se sont parqués chez d'une manière absolue en faisant de leurs fleuves •9 firontières sacrées, qu'il leur est interdit de passer, ils ont encore établi parmi eux, entre chaque ^^^sse, entre chaque métier, des barrières infranchissa- 5^iies : chacun d'eux doit vivre et mourir dans le pays et condition qui l'ont vu naitre : « L'artisan , explique ^ Gamoens, ne peut choisir une épouse que dans sa tribu. ^ Le fils qui naîtra de cette union , restera toute sa vie ^ attaché à l'industrie de son père. Un naïre ( homme ^ noble ) se croirait souillé par la rencontre d'un poléa ^ (homme du peuple)... Pau\Te poléa! Sans armes, ^ sans droits, sans patrie, il lui est refusé jusqu'à Thon- % neur de verser son sang pour le prince. Les naïres c sont les seuls guerriers de la nation , les seuls défen- « seurs du trônei.»

On comprend aisément comment une pareille constitution privait le pays d'une grande partie de ses forces. Le peuple , complètement annihilé , n'ayant même pas

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