‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 90 sur 240 · Gh« VIII, 8t. 62 etsaW · texte numérisé non relu

Gh« VIII, 8t. 62 etsaW

VOS finances, interrogez vos intendants , faites examiner leurs registres, et vous pourrez juger si nous avons contribué eiî quelque chose à lu prospérité du pays. Ce zèle ardent pour vos intérêts , nous le tenons de nos pères qui, depuis plusieurs siècles, ont regardé le Malabar comme leur sol natal, et n'ont cessé de chérir et d'honorer les souverains de Calicut. Eh bien! cette heureuse concorde, cimentée par une si longue habitude de services réciproques , tous les avantages qui en découlent,, vont être détruits sans retour par les hommes qui viennent de descendre sur nos bords, par des aventuriers sans honneur et sans patrie, prêts à tout bouleverser dans vos Etats, si vous ne vous hâtez de prévenir leurs mauvais desseins.

« Vous les avez accueillis sans défiance ; nous n'en sommes point surpris : un cœur magnanime, une àmc vraiment royale, qui ne juge des autres que par ses propres sentiments, répugne à croire à de pareilles machinations. Vous ne connaissez point le caractère de ces perfides étrangers. C'est à nous de vous éclairer, à nous qui, par une triste expérience , avons appris à les connaître. Sans autres motifs que l'ambition et l'amour de l'or, ils ont porté le ravage et la désolation parmi des ^ s peuples qui ne leur avaient fait aucun mal. Pensez- vous ^ s qu'ils soient venus de si loin, qu'ils aient traversé tant ^ mi de mers, bravé tant de périls, dans la seule vue d'établir -» Jr des relations de commerce avec vos sujets? Non , vous j^ jis ne le croirez point. Ou ce sont des corsaires qui, au moyen Mrm. n de fausses lettres de créance, veulent abuser de votre confiance et préparer la ruine de vos sujets ; ou le roi qui les envoie, n'est qu'un monarque ambitieux qui, sous^s is prétexte de conclure un traité d'alliance avec vous, leur—:»: -t a prescrit d'observ^er vos ports, vos forteresses et la po ^ sition de Calicut. C'est la même politique, ce sont h mêmes intrigues qui ont ouvert aux rois de Portugal les

APBRÇU DB L'HISTOIRE DB PORTUGAL. ikî

portes de nos cités d'Afrique ; c'est la même perfidie qui les a rendus maîtres du rivage éthiopien.

« Vous n'ignorez pas combien les pirates qui nous arrivent, ont maltraité de nations dans leur course vagabonde. Us ont, à main armée, envahi Mozambique, rempli de sang le port de Mombaze, et saisi tous les navires qu'ils ont rencontrés. Si, malgré leur faiblesse et leur petit nombre , ils ne peuvent contenir la cruauté , la rapacité qui les dominent, que ne feront-ils pas quand ils seront plus nombreux et plus forts? Hâtez-vous d'exterminer cette race abominable, assurez par leur châtiment la tranquillité de vos États. Pirates, ils méritent la mort ; envoyés d'un roi puissant, ils doivent encore périr, pour qu'aucun de leurs compatriotes ne soit tenté d'entreprendre le même voyage. Le mal, à sa naissance, se détruit aisément; mais le temps lui donne des forces, et que de peine ensuite pour Textirper ! Il en est temps encore : coupez le mal à sa racine; prévenez les désastres qui nous menacent. Une aveugle sécurité perd les empires, une salutaire défiance les sauve et les maintient.

« Vous ne vous laisserez point éblouir par les avantages d'un commerce imaginaire. De quelles marchandises ont-ils chargé leurs vaisseaux? Si nous en croyons le bruit public, elles ne donnent pas une haute opinion de la fortune de leurs maîtres. Et les présents qu'ils ont apportés! Ces dons qu'ils vous ont magnifiquement offerts au nom du monarque du Tage ! Nous ne déciderons point s'ils doivent vous inspirer plus de pitié que d'indignation. Ce roi dont ils élèvent la puissance jusqu'aux nues, croyait-il donc s'adresser à quelque chef de peuplade, à quelque roitelet d'Ethiopie que l'ignorance et la pauvreté devaient livrer, comme une dupe facile, à de misérables séductions? En serait-il ainsi? Se seraiton joué à ce point de la grandeur d'un puissant mole

Ht APERÇU DE L HISTOIRE DE PORTUGAL.

narque? Aurait- on voulu braver son pouvoir et pooftaer à bout sa clémence?

« Mais, dira-t-on, nous haïssons les chrétiens, et c'est la haine qui nous inspire en ce moment. J'avoue qu'entre cette race et nous, il existe une étemelle inimitié; maïs, dans la circonstance présente, c'est moins pour nous qae nous craignons que pour vous. S'ils mettent le pied dans votre empire, nous en sortirons, nous porterons ailleurs les tributs de notre industrie , nous irons dire aux rois voisins que vous avez préféré des inconnus à des amis éprouvés , des étrangers à des sujets adoptifs, des gens sans aveu à de fidèles alliés ; et les rois s'empresseront de nous fournir un asile, et nos établissements rietrouveront dans leurs Etats la faveur qu'ils auront perdue dans les vôtres.

« Quant à vous, grand roi, si vous ne prenez promptement de salutaires mesures , je crains bien ( et puisse le ciel détourner ce triste présage! ) je crains qu'avant peu d'années, il ne s'agisse plus de lutter contre une nation avide et conquérante pour les intérêts du commerce, ou môme pour l'étendue du territoire, mais pour le salut de la monarchie et pour les jours du monarque*. »

Les accusations portées contre les Portugais ne restèrent pas sans effet. Relégués hors de la cité dans la bourgade de Pandarane , ils furent soumis à une foale de vexations et manquèrent souvent des choses les plus nécessaires à leur subsistance quotidienne. Le Gatual devint de jour en jour plus exigeant : il leur ordonna, en dernier lieu , de lui faire remettre les gouvernails de leurs navires. Gama refusa énergiquement de se livrer d'une telle façon à la discrétion de ses ennemis. 11 prit* alors la résolution de se présenter de nouveau devant 1^ Samorin, et il faut lire dans le V11I° chant des Lusiadei^

Page 1