‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 93 sur 240 · Gh. )X · texte numérisé non relu

Gh. )X

sépara. Nicolas Goelho , persuadé que son commandant le devançait , continua sa marche et arriva à Lisbonne le 29 juillet ; ce fut lui qui donna à Emmanuel la grande nouvelle. Gama était resté en arrière ; son frère, malade depuis quelque temps, avait succombé dans une des lies Açores, à Terceira; il ne Tavait quiiié qu*après Tavoir enseveli. Il arriva à Lisbonne, un mois après Goelho, le 29 août 4499. Son retour fut un véritable triomphe : il fut reçu au milieu de Tenthousiasme général , et le roi Emmanuel , qui pouvait désormais porter à juste titre le surnom de Fortuné , le fit tout d'un coup dom Va$co^ eomie éa Vidiffueira^ amiral des mers de r/nde.

Emmanuel voulut profiter immédiatement de la découverte qui venait d'être faite. Une nouvelle flotte, composée de douze vaisseaux, fut équipée à la hâte; il en confia le commandement général à Alvarez Cabrai, avec ordre de diriger dix de ces bâtiments sur Galicut, et les deux autres vers Sofala. Le départ s*opéra dès le 8 mars de Tannée 4500. Aucun événement important D*eut lieu pendant les trois premières semaines ; mais, quelques jours après avoir doublé le cap Vert , la flotte fut jetée par une tempête hors de sa route et portée, le 21 avril, sur la terre de Santa-Gruz ; Alvarez Cabrai se trouvait, 'sans le savoir, dans le nouveau monde et le Brésil était découvert! Sans attacher, pour le moment, une grande importance à cette terre qu'il n'avait pas reçu mission de visiter, il la quitta le 2 mai , se dirigea vers le cap de Bonne-Espérance, où sa flotte subit de grandes pertes, relâcha à Mozambique, à Mélinde, à Tile d'Anchediva, et parvint le 13 septembre, avec six bâtiments seulement, au port de Galicut. Le Samorin cette fois parut heureux de l'arrivée des Portuguais, échangea avec eux des otages, et reçut avec une pompe extraordinaire le nouvel ambassadeur qui , de son côté , lui apportait de la part du roi Eimmanuel des présents splen-

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dides. Cependant, Toccasion s'éiant bientôt présentée de prouver autrement que par des paroles la valeur de ses démonstrations amicales, il ne fit absolument ri^i. Une querelle s'était élevée entre les musulmans et les Portugais : soixante de ces derniers, qui se trouvaient dans leur factorerie, furent entourés tout à coup par trois mille ennemis armés; la factorerie fut détruite; Ayrès Gorrea, qui était à la tête des soixante guerriers, rMait à percer une trouée sanglante au milieu des assaillants, fut égorgé avec quarante des siens avant d'arriver au rivage; vingt hommes à peine, échappés à cette boucherie, regagnèrent la flotte. Cabrai, indigné de rindiflTérenee et de l'inaction du Samorin , déclara le traité rompu, s'empara de dix vaisseaux appartenant aux Arabes, en massacra les équipages, et comme, à la suite de ces violences, les Hindous ne lui apportèrent plus de vivres , il s'éloigna à trente lieues de Calicut, devant la ville de Cochin dont le radjah, tributaire du Samorin, venait de déclarer la guerre à son suzerain. Là , il obtint les provisions dont il avait besoin, et conclut pour l'avenir une sorte de traité de commerce. Il passa ensuite à Gananor, y établit aussi des relations d'amitié et réussit à y charger quatre cents quintaux de cannelle. Son retour fût marqué par le naufrage d'un de ses vaisseaux chargés d'épices et par la rencontre qu'il ôt, non loin du cap Vert, d'une escadre partant pour cette terre de Santâ- Cruz dont la découverte avait été annoncée à Eimmanuel. Enfin, il rentra à Lisbonne dans les derniers joars de juillet 1501 , avec la moitié seulement des bâtiments qu'il avait emmenés.

Sur ces entrefaites, Emmanuel avait entrepris d'autres recherches : une escadre de quatre voiles , partie dès le mois de mars sous le commandement de Jean de Nova, découvrait l'Ile de la Conception ainsi que le rocher de Sainte-Hélène, et, d'un autre côté, Gaspar Gorte Real,

qui s*était dirigé vers le nord avec des vaisseaux équipés à ses frais, arrivait à la terre qui pof te son nom.

Lorsque Cabrai eut rapporté les graves événements qui avaient eu lieu à Galicut, il fut décidé que la mort de Gorrea ne resterait pas impunie , et Yasco de Gama fut mis à la tête d'une escadre assez puissante pour faire respecter le nom portugais. Vingt caravelles bien armées partirent sous sa direction le 10 février 1502 , et arrivèrent sans accident jusque dans la mer de Tlnde. Le premier acte de guerre eut lieu dans cette mer, à la date du 3 octobre : un navire monté par un grand nombre de musulmans, qui revenaient du pèlerinage de la Mecque avec leurs femmes et leurs enfants , fut incendié par les ordres du commandant , qui se montra impitoyable et laissa périr tous ces malheureux au milieu des flammes et des flots. Le désir de venger Gorrea et la nécessité, où Gama était, de terrifier du premier coup Tesprit de ses ennemis , peuvent seuls expliquer, sans l'absoudre , Tatrocité de la conduite qu'il crut devoir tenir en cette circonstance. Il alla aussitôt jeter Tancre devant Gananor, eut avec le vieux radjah de ce pays une entrevue dans laquelle un grand faste fut déployé de part et d'autre, obtint sa soumission et arriva devant Galicut. Le Samorin se hâta d'envoyer vers lui plusieurs naïres chargés d'un message de conciliation; il leur répondit superbemeut qu'il n'entrerait en relations d'amitié avec eux que lorsque les musulmans, établis dans la ville, en auraient été bannis : en vain , ils lui promirent pour les Portugais des avantages égaux aux privilèges dont jouissaient les Maures depuis longtemps; en vain, ils exposèrent qu'il y avait dans Galicut plus de quatre mille familles musulmanes et que la ville tenait d'elles sa puissance et ses richesses; il exigea un ordre d'expulsion pour une heure du jour qu'il détermina lui-même. Le Samorin ne s'étant pas soumis à cet ultimatum, le bombardemen

commença et, en même temps, quarante Maures furent pendus au haut, des vergues, en mémoire des quarante Portugais massacrés deux, ans auparavant dans la factorerie. Après deux jours entiers d'une canonnade continue qui jeta la ruine et la désolation dans les divers quartiers de Galicut , Gama ne tenta pas de s'aventurer au milieu d'une population que le désespoir aurait pu entraîner à une résistance vigoureuse : il s'en éloigna et se dirigea vers Gochin où il arriva le 7 novembre. Il trouva dans Triumpara, radjah de Gochin, un allié sincèrement dévoué , et lui témoigna autant de bienveillance qu'il avait montré de sévérité envers les autres. Le Samorin eut bientôt à craindre de voir passer son ancienne puissance entre les mains de cet ami des Portugais; s'alliani avec le radjah de Gananor, il équipa une flotte considérable et vint offrir le combat à Gama; mais ses embarcations, beaucoup trop faibles, furent aisément disper-' séespar l'artillerie; un immense butin tomba au pouvoir des vainqueurs. A la suite de cette grande victoire navale, l'amiral des mers de l'Inde résolut de retourner en Portugal pour rendre à Emmanuel un compte exact de la situation du vaste empire dont la conquête lui paraissait désormais facile; en partant, il confia à Vincent Sodre, son oncle, la défense des établissements qu'il avait fondés sur la côte.

Vincent Sodre ne comprit point l'importance des instructions qui lui avaient été laissées. Il trouvasans doute que c'était un rôle trop modeste pour sa flotte d'avoir simplement à protéger les Portugais établis récemment dans le Malabar ; il porta ses vues beaucoup plus haut» et, s'éloignant de THindoustan, il voulutgagner le détroit de Bab-el-Mandeb, pour arrêter au passage les riches bâtiments que les Arabes dirigeaient chaque année vers Galicut. Il fut loin d'obtenir le succès qu'il avait rôvé : tandis qu'il allait se jeter sur des écueils inconnus, où il

pérît avec un grand nombre des siens , le Samorîn et les princes hindous, ses voisins, se précipitèrent sur le malheureux allié du Portugal, le radjah de Gochin, et s'emparèrent de sa capitale.

Heureusement le roi Emmanuel n'avait pas attendu le retour à Lisbonne de Yasco de Gama pour diriger de nouvelles expéditions vers l'Orient. Trois divisions, composées chacune de trois vaisseaux, avaient mis à la voile au mois d*avril 1503 : elles étaient commandées par Antoine de Saldanha, par Alphonse Albuquerque, qui avait sous ses ordres Edouard Pacheco Péreira, et par François Albuquerque, cousin d'Alphonse. François arriva le premier et d'une manière si opportune qu'après avoir recueilli les survivants du naufrage de Vincent Sodre, il put sauver aussi le fidèle Triumpara qui, chassé de Gochin, s'était réfugié sur un rocher et se voyait sur le point d'être capturé par ses mortels ennemis. Les Portugais réinstallèrent leur allié dans sa capitale^ obtinrent de lui le droit d'y élever une forteresse qui devait être gardée par eux-mêmes, et imposèrent des conditions onéreuses au Samorin, dont le triomphe et la vengeance se trouvèrent tout à coup arrêtés par cette brusque apparition de la nouvelle flotte.

Le Samorin toutefois ne se tint point pour vaincu définitivement. Il réunit une armée de cinquante mille hommes, les munit d'artillerie, équipa une flotte nombreuse et déclara de nouveau la guerre au roi de Gochin. Edouard Pacheco, qui avait reçu le commandement des forces portugaises, n'avait que neuf cents guerriers pour soutenir Triumpara. Gelui-ci, àlavérité, était à la tête de trente mille hommes, mais c'étaient ceux-là mêmes qui avaient été battus précédemment par le Samorin, et la défaite complète qu'ils avaient subie n'était pas de nature à les aguerrir : Pacheco ne pouvait compter que sur les siens. Bans ces circonstances difficiles, il déploya une telle in-

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telligence, tant de sang-froid et de vertus gaerridresqa*avec cette seule poignée de braves, il vint à bout de toutes les forces qui lui furent opposées. « Parmi tous les gnera riers dont la renommée nous a transmis la mémoirei « en est-il un, dit Gamoens, qui puisse lui disputer la « palme? Héros de la Grèce et de Rome, pardonnes : (c ï Achille portugais vous a tous surpassés. Tant de com«> « bats soutenus par une centaine de braves, tant de (( victoires remportées sur des ennemis nombreux et « vaillants, passeront pour des événements fabuleux; « ou Ton croira que les puissances du ciel, descendues € à la voix du béros, versèrent dans son àme la pru"» « dence, la force et l'intrépidité^ » Dans six combats successifs, le Samorin fut vaincu', et déjà sa troupe se trouvait réduite des deux cinquièmes , lorsque Pacheco résolut d'en finir dans une dernière action : il alla se poster à une lieue de Gochin, dans une petite lie du nom de Gambalon, pour attirer sur lui le choc de toute Farmée ennemie, et, par un effet inouï de stratagèmes ingénieux et d'efforts surhumains , il réussit', avec les huit cents combattants qui lui restaient, à détruire la flotte, à disperser les trente mille soldats du monarque indien. Gette victoire miraculeuse (1505) eut des résultats importants : elle fut pour les peuples vobins la preuve de la grande supériorité des Portugais; les radjahs, qui s'étaient unis au roi deCalicut, demandèrent la paix; oe dernier, abandonné de ses alliés, désespéré de sa défaite, se démit de son pouvoir et termina sa vie dans une solitude religieuse, au milieu des austérités que s'imposent les pénitents hindous. Pacheco, libre de toute inquiétude à l'égard des indigènes, dirigea alors sa flotte contre le

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