‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 12 sur 110 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

successivement leur mouvement; au fur et à mesure qu’ils levaient l’ancre, ils décrivaient une courbe, se rapprochaient de la terre, comme pour lui faire un dernier adieu , et s’éloignaient pour prendre en pleine mer leur ordre de bataille. Le silence qui régnait parmi nous indiquait assez les émotions que nous éprouvions, et quiconque n’a pas fait de voyages maritimes ne peut se faire une idée du sen timent que l’on éprouve , en s’éloignant de la terre qui possède tout ce qu’on a de cher au monde ; chacun de nous allait faire le sacrifice de sa vie pour une cause sacrée, et nous étions tous heureux de penser que ce sacrifice serait utile à la patrie. La France était si grande, si puissante dans ce moment, nous la laissions si heureuse, si florissante! Ah! que nous étions loin de penser que, deux mois après, le trône à qui elle devait tant de bienfaits serait renversé, et que le pavillon dont nous allions venger l’honneur serait proscrit!...

Le vaisseau amiral nous rallia à la hauteur du cap Scépé ; dès-lors chaque bâtiment dut prendre son ordre de bataille. L’armée

navale marchait sur trois colonnes; la colonne de droite se composait de l'escadre dite de réserve ; elle avait à bord les troupes de la troisième division. Celle du centre, commandée par l’amiral Rosamel montant le Trident y se composait de l'escadre dite de débarquement y ayant à bord les troupes de la première division; l’amiral Duperré marchait en tête de la colonne de gauche formée de l'escadre de bataille ÿ elle avait les troupes de la deuxième division. Le capitaine Hugon, commandant le convoi, marchait plus au large, et avait avec lui deux divisions seulement de son convoi, le reste ne devait sortir de Toulon qu’avec de nouveaux ordres. Le vent était bon, et sans la nécessité de conserver dans la marche l’ordre adopté, nous serions arrivés en vue des îles Baléares dès le lendemain soir.

Le 27 une frégate française traversa nos colonnes à toutes voiles, et gagna la tête, pour communiquer avec l’amiral ; son salut de vingt et un coups de canon nous annonça qu’elle ne faisait pas partie de l’escadre, et nous apprîmes bientôt après que c’était la

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