CHAPITRE I
Duchesse de Berri escortant une frégate turque qui avait cherché à entrer à Alger, et qui la conduisait à Toulon. L’amiral vira de bord, et alla se mettre en rapport avec Taïr Pacha.
On crut généralement qu’il s’agissait de négociations, et que la Porte offrait sa médiation entre le roi de France et le Dey, mais nous sûmes bientôt que Taïr Pacha avait au contraire ordre du grand-seigneur de pénétrer dans Alger, d’y faire décapiter le Dey, de se saisir du pou voir, et d’opposer aux Français la plus vigoureuse résistance. Le caractère entreprenant de Taïr Pacha le rendait propre à cette mission , mais la vigilance de la station française ne lui permit pas d’exécuter ses projets.
Le 28 et le 29 nous trouvâmes la mer un peu forte, à la hauteur des îles Baléares. L’ordre avait été envoyé la veille aux bateaux-bœufs de partir de Palma et de se diriger sur la côte d’Afrique, à la hauteur du cap Caxines. Le 3o , dans la matinée , la côte d’Afrique fut signalée dans le sud à toute vue. Dans la soirée, la frégate la Sirène aux
ordres de M. Massieu de Clerval, capitaine de vaisseau , commandant la station d’Alger, rallia la flotte, et à la suite d’une conférence que cet officier eut avec l’amiral , l’ordre fut donné à toute l’armée navale de rétrograder sur Pal ma. C’est par lui qu’on apprit le naufrage des bricks le Silène et V Aventure. Quelques transports marchands ayant été séparés du convoi, les frégates là P allas et /’ Iphigénie eurent pour mission de continuer leur route et de rallier tous les bâtiments du convoi et de la flottille quelles rencontreraient, en les dirigeant sur Mayorque. Elles allèrent jusqu’à peu de distance de la côte d’Afrique, et apprirent par un bâtiment de la station que les bateaux-bœufs étaient arrivés depuis la veille, au point qui leur avait été désigné comme rendez-vous. Ce fait sembla nous prouver que si, au lieu de tenir compte d’une mer un peu forte, on avait continué à faire voile pour Alger, on serait arrivé en vue de la côte d’Afrique dès le ier ou le 2 juin, c’està-dire douze jours plus tôt. Notre impatience nous faisait ainsi accuser de lenteur le chef de l’escadre; mais sa vieille expérience lui