CHAPITRE II
siré, et on se communiquait avec empressement tout ce qu’on apercevait , tout ce qu’on observait. La batterie signalée était de construction nouvelle, mais elle n’était point armée; sa forme nous donna une très pauvre idée des connaissances militaires des Algériens , et nous regrettâmes presque d’avoir affaire à un ennemi aussi peu avancé dans l’art de la guerre.
Torre-Chica semblait abandonnée; quelques points blancs, répandus dans la plaine, étaient désignés comme des tentes, par ceux d’entre nous qui avaient été dans l’Orient ou en Morée; mais rien n’indiquait du reste que l’ennemi crût à la possibilité d’un débarquement, et notre étonnement était à son comble, de voir une insouciance pareille relativement au point de leur côte qui était désigné depuis plusieurs mois, par les papiers publics de toutes les nations, comme devant être attaqué pour y opérer le débarquement. Quelques Arabes parurent cependant, et ils se plurent à nous donner une idée de la vitesse de leurs chevaux en les faisant courir sur le sable; ils parais-
saient et disparaissaient dans les dunes; peu à peu leur nombre s’accrut, et du haut des hunes on voyait de nombreuses colonnes se diriger sur le point menacé: leur nombre pouvait s’élever à trois ou quatre mille. On voulut savoir s’ils avaient du canon, et l’amiral donna l’ordre au bâtiment à vapeur le Nageur > capitaine Louvrier, de s’approcher le plus possible de la côte, et d’envoyer quelques boulets à toute volée. Bientôt l’ennemi riposta ; mais soit maladresse de ses canonniers, soit trop grande portée, ses bombes n’arrivèrent pas jusqu’à nous, et un seul homme fut blessé à bord du Breslaw. L’ennemi reconnaissant l’impossibilité de nous faire aucun mal à la distance ou étaient ses batteries, cessa le feu.
On se disposa, à bord de tous les bâtiments, à la grande opération du lendemain; l’ardeur des troupes était extrême; les soldats, joyeux de se voir rendre leurs armes, dont ils avaient été privés pendant toute la traversée, se disposaient à en faire bon usage contre les Badouins : c’est ainsi qu’ils dénaturaient déjà le nom de leurs ennemis ; mille