CHAPITRE II
les clialans, rangés en ligne, et attendant le signal. A la petite pointe du jour ce signal fut donné, et peu d’instants après le rivage fut couvert de soldats et de marins qui, aux cris de vive le Roi! avaient sauté dans la mer, et couraient en cherchant l ennemi dans tous les sens. La batterie fut occupée, et un marin eut l’honneur d’y arborer le premier le drapeau blanc. On opéra avec prudence relativement à la tour, et comme il était possible qu elle fût minée , pour éviter tout accident on en défendit l’entrée , et une compagnie de mineurs y fut envoyée pour l’examiner avec soin.
Nous touchions enfin le sol africain ! et ce rivage tant désiré, que les ennemis de notre gloire nous avaient désigné comme inabordable, était couvert de nos bataillons! Nos premières pensées , dans ce moment solennel , furent pour la France ; un recueillement religieux s’empara de nous, mais nous en fûmes promptement tirés par le canon de l’ennemi.
M. de Bourmont venait de débarquer avec son état-major; il s’avança vers l’entrée
de la presqu’île, où la première division était déployée par masses de bataillons, et attendait des ordres. Il la fit porter en avant, en pivotant sur sa gauche, pour débusquer l’ennemi, dont le feu nous incommodait. Il était monté sur une dune, et causait avec son chef d’état-major, lorsqu’un boulet vint tomber à ses pieds et le couvrit de sable ainsi que ceux qui étaient à ses côtés. Il fut aussitôt entouré par l’état -major -général qu’il rassura avec son sang-froid et sa bonté ordinaire. Ce mouvement précipité dut faire croire à l’ennemi que ses coups nous avaient été funestes, car les boulets se succédèrent à la même place avec une rapidité étonnante et une justesse remarquable.
Cet état-major-général présentait dans ce moment le spectacle le plus bizarre. Il se composait, indépendamment des aides-decamp du général en chef et de l’état-major proprement dit, de plusieurs jeunes officiers appartenant aux premières familles du royaume, que le désir de faire la guerre avait amenés en Afrique , de quelques anciens officiers de mamelucks qui avaient