CHAPITRE II
heures, étaient constamment mis à la disposition des officiers de cette arme. De plus, des détachements de sapeurs, envoyés aux avant-postes , dirigeaient les travaux des redoutes et points fortifiés destinés à appuyer nos troupes.
L’artillerie déployait aussi une grande activité; le général Lahitte qui la commandait était par-tout : cet officier-général , jaloux de prouver la supériorité du nouveau matériel sur Fancien, parvenait avec ses pièces aux points les plus difficiles à occuper, et on le voyait toujours là où il y avait de la gloire à acquérir.
Tout se perfectionnait aussi dans le camp; les baraques de feuillage mieux construites, les rues alignées au cordeau, les cantiniers , les bagages , tout cet ensemble lui donnait l’aspect d’une ville pleine de vie et de mouvement. Les cabarets et les guinguettes y étaient en grand nombre, des enseignes s’y faisaient remarquer, et la boutique du Pourvoyeur de Nantes était constamment assiégée par ceux qui étaient assez riches pour dédaigner le vin de distribution et For-
dinaire composé alors uniquement de lard et de riz.
Dès le i5 nos soldats avaient acquis la çertitude du danger qu’ils couraient s’ils tombaient entre les mains des Arabes; plusieurs cadavres de leurs camarades trouvés décapités leur apprirent à quel ennemi ils avaient affaire. L’exaspération était à son comble dans nos rangs, et on se promettait de ne pas faire de quartier. Alors se présenta à nos avant-postes un Bédouin à barbe blanche; ses gestes cherchaient à nous faire comprendre que sa mission venait d’en haut; il semblait inspiré du ciel; son vêtement, sa haute stature, tout en lui imprimait le respect et l’étonnement; nos soldats l’accueillirent, et il fut confié à un officier qui eut ordre de le conduire au général en chef.
Pendant le trajet il fut l objet de la curiosité générale, et la foule l’entourait. De la hauteur de Torre-Cliica, on voyait les soldats abandonner leurs bivouacs , leurs travaux, et courir au-devant de cette foule qui grossissait sans cesse. Un seul homme essaya de le tuer : il voulait probablement