CHAPITRE II
quées, et on avait exposé en grande pompe les ossements d’un marabout qui, suivant une tradition antique, avait prédit la destruction de la flotte de Charles-Quint. A la voix du Mufti , les croyants coururent aux armes, et une récompense de cent piastres fut promise à ceux qui rapporteraient la tête d’un Français. Les tribus arabes de l’Atlas des-
cendirent dans la plaine, et l’Aga, gendre du Dey, nommé général en chef, leur donna rendez-vous au camp de Staouëli.
Toute notre attention était donc portée sur le camp de Staouëli , distant de deux lieues à-peu-près de nos retranchements. Le nombre de tentes y augmentait sensiblement; des nuages de poussière indiquaient constamment l’arrivée de troupes fraîches, et plusieurs ouvrages en terre, qu’on distinguait parfaitement avec la lunette , et auxquels l’ennemi travaillait avec beaucoup d’activité, indiquaient l’importance qu’il attachait à cette position.
Dès le 17 les vivres étaient assurés pour quinze jours; l’artillerie de campagne était entièrement débarquée avec un approvi-
sionnement de 220 coups par pièce, et des batteries placées aux avant-postes y maintenaient l’ennemi à bonne distance.
Jusqu’au 18, les Arabes entretinrent avec nos avant-postes un feu presque continuel de tirailleurs. Ils arrivaient avec toute la vitesse de leurs chevaux , le corps penché en avant sur l’encolure, s’arrêtaient à une petite distance, tiraient leur coup de fusil, puis tournaient bride et rejoignaient les leurs avec la même vitesse. La longueur de leurs armes à feu leur donnait une supériorité bien marquée sur nos fusils de munition ; aussi leur opposa-t-on des canonniers armés de fusils de rempart. Ceux-ci, embusqués derrière des accidents de terrain ou de légers épaulements, se donnaient le temps d’ajuster leurs adversaires, et ils firent un grand ravage dans les rangs algériens. Ces engagements de tirailleurs fréquents et journaliers, produits par la nature du terrain et l’espèce de troupes qui nous étaient opposées, aguerrirent rapidement nos soldats, dont l’agilité et l’intelligence naturelle con-