CHAPITRE III
ces jeunes gens que l’amour de leur art avait amenés en Afrique. Etrangers aux dures habitudes du métier des armes, privés de ce stimulant qui fait que l’homme de guerre affronte tout, on les voyait cependant suivre nos colonnes victorieuses, et les accompagner par-tout ou il y avait un effet, une pose, un sujet de tableau à saisir. Nous les avions adoptés, et chacun de nous cherchait à leur rendre leur tâche plus facile. Parmi eux se distinguait M. Langlois, à-la-fois officier supérieur du corps royal d’état-major, et peintre de batailles. Son zèle et ses habitudes militaires le portaient sans cesse aux avant-postes, et c’est au milieu des tirailleurs et sous les balles algériennes qu’il a esquissé plusieurs scènes de cette campagne, qu’il nous reproduira sans doute sur la toile. Son expérience, comme militaire , n’a pas été inutile à plusieurs jeunes officiers. Après lui venaient et Gu-* din et Isabey, deux jeunes gens déjà vieux de réputation dans l’art de Joseph Vernet. Quiconque a eu des rapports avec eux doit se rappeler et leur amabilité et leur modes-
tie ; aussi s’estimait-on heureux d’avoir pu leur rendre un service, et de leur offrir un mauvais repas de bivouac ou un abri sous latente. M. Gilbert, de Brest, était aussi du nombre des artistes qui avaient suivi l’expédition, ainsi que plusieurs autres moins connus ou dont les noms m’échappent. L’intendant-général s’était déclaré leur protecteur; son goût particulier pour les arts et une disposition naturelle à la libéralité le portaient à s’entourer d’eux; et, grâce à son excellente table et à son établissement toujours complet, ils ont peu connu les misères inséparables de la gloire des champs de bataille.
Le terrain occupé par l’armée après la victoire de Staouëli , offrait plus d’espace à l’exploitation de nos ingénieurs-géographes et de nos amateurs de recherches en histoire naturelle et en géognosie. A Staouëli seulement on entre véritablement en Afrique. Là d’immenses palmiers dont le fût s’élance d’un faisceau de palmes de quinze à vingt pieds, des massifs d’orangers, des groupes de figuiers, et çà et là des touffes