‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 39 sur 110 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de lauriers, donnent au pays une physionomie nouvelle. Nous le parcourions dans tous les sens, dans l’espoir d’y trouver quelque plante remarquable, ou quelque fragment de pierre rare et inconnue en Europe. Nos recherches n’eurent pas tout le succès que nous en attendions, et notre curiosité n’eut d’autre aliment qu’un bois d’orangers indiqué sur la carte du capitaine Boutin. Ce bois , situé dans un ravin profond , donne une ombre délicieuse*, le ruisseau qui le traverse est d’une limpidité remarquable, et l’air qu’on y respire est embaumé. Là, seulement, nous commençâmes à comprendre rattachement des Arabes pour leur pays, car rien en Europe ne peut être comparé à la délicieuse sensation qu’on éprouve dans ce lieu charmant. Ceux qui le visitaient semblaient oublier et l’ennemi qui était à peu de distance, et l’armée et l’expédition, pour se livrer entièrement aux plus douces rêveries. Les rosiers et les fleurs qui y abondent vous invitent à les cueillir. Un bivouac, un factionnaire, le bruit des armes, étaient là pour vous tirer de ces douces illusions, et

on s’éloignait en regrettant qu’un lieu dont la solitude semblait ne devoir être troublée que par les pas tremblants de deux amants, fût devenu un poste avancé où le sang pouvait couler d’un moment à l’autre.

Tout se perfectionnait à Sidi-Ferruch.

Les retranchements étaient achevés et armés de vingt-quatre pièces de canon; des fours avaient été construits, et donnaient journellement aux troupes du pain bien confectionné. Les magasins de l’intendance se remplissaient, et il y avait pour vingt jours de vivres à terre. Les hôpitaux dont nous avons parlé plus haut, étaient organisés, et un nombre considérable de blessés y était traité. Des Turcs et des Bédouins y furent recueillis, et y reçurent tous les secours de l’art. Le père d’un de ces derniers ayant été pris aux avant-postes et conduit à Sidi-Ferruch, reconnut son fils auquel on donnait des soins, et parut fort attendri de notre générosité ; la liberté leur fut rendue à tous, mais la terreur qu’imprimaient les T lires aux Arabes était alors si grande, qu’on n’en obtint pas le résultat espéré. Plus de la

Page 1