CHAPITRÉ III
moitié de l’armée était sous la tente; en un mot, l’éloge de l’administration était dans toutes les bouches, et on recueillait le fruit de sa prévoyance sage et éclairée. Pourquoi faut-il que tous ces soins n’aient pas duré, et que plus tard le soldat malade, justement irrité de l’abandon dans lequel il était laissé, ait accusé cette même administration? C’est qu’à côté des grandes vertus qui caractérisent nos armées, se présentent des défauts inhérents au caractère français. Quand nous avons battu l’ennemi nous croyons avoir tout fait, et nous négligeons alors les précautions nécessaires pour compléter nos succès. Nous nous montrons plus qu’insouciants sur le sort de ceux que la guerre a frappés, lors même qu’ils ont contribué à nous assurer la victoire.
Les Algériens, rassurés par notre apparente inaction , reparurent en force et harcelèrent nos avant-postes. Le général en chef s’y porta le 24, et les poussa vigoureusement jusque sur les premières hauteurs du Boud-Jareah, avec la division Berthezène, la brigade Danrémont de la deuxième division,
et les deux cents chevaux du régiment de chasseurs nouvellement débarqués. Ce fut là que le jeune Amédée de Bourmont, second des fils du général en chef, reçut la blessure qui l’enleva plus tard à sa famille et à ses nombreux amis. Ce coup fut sensible à toute l’armée; chacun prit part à la douleur de M. de Bourmont, et ceux d’entre nous qui avaient été à même d’apprécier les rares qualités de cet aimable jeune homme, pleurèrent sa fin prochaine. Il rassurait ceux qui l’entouraient en leur disant : « Qui de vous, messieurs, ne voudrait « avoir ainsi payé de son sang les succès que «nous obtenons? avouez que ma blessure « est bien placée, là près du cœur. » Hélas! ce cœur si noble, si généreux, devait bientôt cesser de battre, et, à moins de vingtcinq ans, une vie si bien commencée et pleine d’avenir devait être brisée. Heureux jeune homme! tu es mort pour fermer un instant la bouche aux implacables ennemis de ton père; ta vaillance les a désarmés un instant! Tu l’as laissé triomphant, et tu as échappé à la douleur de le voir fugitif et