CHAPITRE I
retentir les airs des cris de vive le Roi! les batteries des forts et celles des trois bâtiments chefs d’escadre saluaient le fils de France qui s’avancait lentement dans le canot royal, au milieu de celte armée flottante. Toute la population était en mer dans des embarcations, elle était avide de contempler les traits de celui à qui tant d’hommages étaient rendus. Ah! mon cœur se serre en pensant qu’une aussi grande joie était voisine pour lui du plus grand de tous les malheurs, et il s’indigne en se rappelant l’attitude de ceux qui l’entouraient alors que toutes les grâces découlaient de lui ; je les vois encore encombrant les salons de la préfecture maritime, se courbant et protestant
de leur dévouement . Gomment ont -ils
tenu leurs serments?... Un ordre du télégraphe a suffi pour leur faire abandonner la cause qu’ils avaient juré de défendre au prix de leur sang. Ce malheureux prince entouré d’hommages, de respects, ivre de bonheur et de l’idée de commander un jour à une nation qui se montrait si grande, si dévouée, disait au ministre de la marine qui partait
pour Paris; «Vous allez revoir avant moi « le Roi mon père; dites-lui que j’ai passé ici u une des plus belles journées de ma vie, et « que mon seul regret est de ne pouvoir res- « ter pour commander une aussi belle expédition. » Aujourd’hui celui qui l’a commandée, et celui qui exprimait des regrets aussi nobles, sont proscrits; le vainqueur d’Alger est fugitif; il est obligé d’aller cacher sa gloire en pays étranger! !...
Les journaux de l’opposition, craignant l’effet que produiraient sur l’opinion publique les succès de la campagne, cherchaient à dépopulariser cette expédition et à la présenter comme folle et extravagante ; ils se récriaient même sur les préparatifs immenses d’une administration sage et prévoyante. Le général en chef était sur-tout le sujet de leurs attaques continuelles, et ils avaient recours, contre lui, à tous les moyens que la calomnie et les sentiments les plus bas peuvent mettre en usage. En outre ils affirmaient positivement que rien ne serait terminé avant la fin de juin ; que la marine malgré son activité ne pouvait être prête