CHAPITRE IV
mença sur toute notre ligne , et le fort de l’Empereur qui depuis quatre jours ne cessait de tirer, riposta vigoureusement. Les Algériens avaient garni de sacs de laine les nierions qui séparent les embrasures, et ils en espéraient une bonne protection; mais les feux croisés de nos batteries renversèrent promptement cette faible défense, et l’épaulement en maçonnerie s’écroula en plusieurs endroits. C’est alors que nous pûmes juger du courage de ces braves gens qui méritaient un meilleur sort; nos boulets en faisaient un carnage épouvantable; les mêmes canonniers ne tiraient pas deux coups, ils étaient enlevés et remplacés immédiatement par d’autres qui venaient avec empressement à une mort certaine. Nos officiers d artillerie pointaient eux-mêmes les pièces, et toute l armée admira le sang-froid du colonel d’Esclaibes qui resta pendant tout le feu dans une des batteries de vingt-quatre pour donner des leçons d’adresse aux pointeurs. Ce brave et digne officier, qui joint à l’expérience de la guerre et aux connaissances approfondies de son arme , des talents qui ren-
i I O CAMPAGNE D AFRIQUE,
dent sa société si agréable; qui, par son caractère doux et conciliant, s’était fait aimer de tout le monde, vient de perdre son régiment; ses longs services n’ont pu trouver grâce auprès des réformateurs du jour, et sa qualité d’ancien officier de la garde royale a été pour lui un titre de proscription. Puissent les regrets de ses camarades de l’armée d’Afrique, dont nous nous faisons ici l’organe, arriver jusqu’à lui, et le consoler un instant des injustices du jour!
Le feu du fort diminuait sensiblement ; une grande confusion y régnait ; les batteries jonchées de cadavres étaient presque désertes, quelques pièces seulement tiraient encore. Vers neuf heures on vit quelques hommes s’évader au moyen d’une corde suspendue en dehors de la muraille ; peu de temps après les débris de la garnison sortirent précipitamment, et une explosion épouvantable se fit entendre; l’air fut obscurci pendant quelques instants par un nuage noirâtre, et la terre fut couverte au loin de poussière et de fragments de pierres. Nos soldats étonnés d abord se précipitèrent bientôt