CHAPITRE IV
liors de la tranchée. Trois compagnies du 35e, conduites par le général Hurel, entrèrent dans le fort au pas de course par la brèche et en prirent possession. Elles furent suivies immédiatement des généraux Lahitte etValazé qui animaient par leur exemple les troupes sous leurs ordres : là tout offrait le spectacle de la dévastation et l’image du chaos. La laine qui avait été apportée en grande quantité était jetée au loin ; elle couvrait jusqu’à une grande distance et la terre et les arbres. La face nord-ouest était entièrement écroulée , ainsi que la plate-forme et la tour, et les murailles restées debout étaient sillonnées par de larges fentes: on y distinguait, au milieu des débris de toute espèce, les membres des malheureux qui n’avaient pu fuir assez tôt le sol qui devait les engloutir. Un de nos braves, impatient de voir le drapeau blanc flotter sur ces remparts détruits, ôta sa chemise et la plaça à l’extrémité du tronc brisé d’un dattier qui s’élevait dans l’intérieur du fort, et qui par sa position élevée servait de signal aux bâtimeVits qui voulaient entrer dans le port. L’armée vit donc en si-
gnal de victoire flotter spontanément sur les ruines du principal boulevard de la piraterie, un pavillon français d’une forme nouvelle attestant le courage et l’intrépidité des enfants de la France.
Nous crûmes d’abord qu’une de nos bombes tombées sur le magasin à poudre avait causé l’explosion ; mais l’on sut plus tard que les Turcs, réduits à la dernière extrémité, y avaient mis eux-mêmes le feu, dans l’espoir d’écraser les Français sous les ruines.
Tandis que nos troupes victorieuses prenaient possession du fort de FEmpereur, plusieurs milliers d’Arabes menaçaient les bivouacs de la troisième division. Le général Montlivault chargea le brave colonel de Roucy de les dissiper, ce qu’il fit à la tête de quatre compagnies de son régiment et des voltigeurs du 35e.
Immédiatement après la prise du fort, l’artillerie et le génie s’occupèrent de le mettre à l’abri d’une surprise ; des gabions et des sacs à terre y furent portés à la hâte pour y faire un logemefit, et la brèche fut rendue impraticable.