CHAPITRE IV
Une compagnie de grenadiers emportée par trop d’ardeur, descendit jusque vers le fort Bab-Azoun; mais n’ayant aucuns moyens d’en enfoncer la porte, elle fut obligée de battre en retraite, et elle perdit du monde dans ce mouvement rétrograde.
Au moment ou le général en chef arrivait , le premier secrétaire du Dey , Sidi Mustapha Kasbadji, se présentait en parlementaire à nos avant-postes ; il venait demander les conditions de la capitulation, et offrait de la part de son maître de payer au Roi de France les frais de la guerre, et de rendre au commerce français tous ses anciens privilèges. Au moment où il exposait l’objet de sa mission, un boulet siffla à ses oreilles et le fit tressaillir ; sur l’observation qu’il fit que les hostilités devaient être suspendues , le général Lahitte lui répondit plaisamment: «Parbleu, monsieur, cela ne « vous regarde pas , ce n’est pas sur vous «qu’on tire. » Ses propositions furent rejetées, et lorsque M. de Bourmont congédia Mustapha, il lui répéta que, maître de toutes les positions, il pouvait en un instant et à sa
volonté foudroyer la ville et la Cassauba, que toutefois il voulait bien accorder la vie sauve au Dey et à ses Turcs, mais qu’il devait se rendre à discrétion , et remettre surle-champ à l’armée française les portes de la ville et des forts extérieurs.
Cependant à Alger tout était dans la confusion; le divan était assemblé, et attendait avec anxiété les conditions qu’il plairait au vainqueur de lui imposer. La population poussait des cris de désespoir, et s’attendait, suivant la coutume des Musulmans, à être passée par les armes. Le Dey, dans un moment de désespoir, s’était saisi d’un pistolet, et se dirigeait vers le magasin à poudre de son palais, qui contenait deux cent trente milliers de poudre , pour se faire sauter lui et tous les siens , lorsqu’il en fut empêché par sa famille qui lui fit espérer dans la clémence des vainqueurs. A deux heures arrivèrent deux nouveaux parlementaires. L’un d’eux était Hamed Boudarba 1 , Maure très
1 II a été envoyé à Paris au mois de février dernier, par ses concitoyens, pour plaider leur cause, et prier