CHAPITRE V
estimation , faite trop précipitamment, qui a donné lieu à tous les contes absurdes débités par la suite. Quelques paquets, que les gens du Dey n’avaient pas eu le temps d’emporter, et qui se trouvaient répandus çà et là sur les escaliers et dans les corridors, ayant été trouvés par l’avant-garde, elle se distribua ce qu’ils contenaient, et ce fut ainsi que des vêtements assez riches tombèrent au pouvoir de quelques soldats et des gens de la suite du général en chef et de l’état-maj or-général. Les objets précieux furent portés au trésor, et la plus grande partie des vêtements fut rendue au Dey.
Voilà à quoi se réduisent les spoliations tant reprochées aux chefs de l’expédition. Quelques paires de pantoufles qui avaient appartenu aux femmes du Dey, des bagatelles qui n’avaient de prix à nos yeux que comme souvenirs de la campagne, et que l’on était bien aise de rapporter en France comme des témoignages de notre victoire !
Mais les hommes de parti qui d’abord avaient attaqué toutes nos opérations, du-
rent après le succès répandre sur nous de nouvelles calomnies ; et le pillage de la Cassauba devint le texte inépuisable de leurs odieuses imputations. Nous abaisserons-nous à répondre à de vils pamphlétaires? Qu’il nous suffise de dire que M. le général Clausel, après une enquête sévère sur les dilapidations prétendues, a reconnu hautement la fausseté de l’accusation, et a déclaré de la manière la plus formelle que rien n’avait été détourné des trésors de la Régence.
A quelques époques de nos guerres, je le dis à regret, nous avons vu s’élever de grandes fortunes dont on ne pourrait avouer la honteuse origine ; mais aux yeux de tout homme de bonne foi , les vainqueurs d’Alger resteront purs et sans reproche. En Afrique, comme en Espagne en 1823, le plus noble détintéressement n’a pas cessé de briller dans nos rangs, à côté des vertus inhérentes au caractère du soldat français.
Les marins naufragés des bricks le Silène et V Aventure , rendus à la liberté par suite de notre entrée à Alger, témoignèrent leur joie et leur reconnaissance à nos soldats ; ils