CHAPITRE V
s’embrassaient, se félicitaient, et cédaient aux instances de nos braves, en leur racontant leurs souffrances et leurs espérances. M. Bruat, lieutenant de vaisseau, à qui ils devaient tant pour leur salut, était l’objet de l’admiration générale, et il reçut les félicitations de toute l’armée.
La flotte vint mouiller dans la partie de la baie la plus rapprochée de la ville, et l’amiral prit possession du port et des établissements de la marine. Le bâtiment à vapeur le Sphinx, le même qui avait porté en France la nouvelle du débarquement de farinée, partit pour Toulon dans la soirée du 5, pour annoncer la prise d’Alger.
Le lendemain, parut l’ordre du jour suivant :
Alger, 6 juillet i83o.
k La prise d’Alger était le but de la carnet pagne ; le dévouement de l’armée a de- « vancé l’époque où il semblait devoir être et atteint. Vingt jours ont suffi pour la destruction de cet état dont l’existence fati- « guait l’Europe depuis trois siècles. La re-
ï 26 CAMPAGNE D’AFRIQUE.
« connaissance de toutes les nations civilisées «sera pour l’armée d’expédition le fruit le « plus précieux de ses victoires. L’éclat qui « doit en rejaillir sur le nom français aurait (( largement compensé les frais de la guerre*, u mais ces frais mêmes seront payés par la ((conquête. Un trésor considérable existe ((dans la Gassauba ; une commission, corn- (( posée de M. l’intendant en chef, du général Tholozé, et de M. le payeur-général, « est chargée par le général en chef d’en « faire l’inventaire ; elle s’occupe de ce tra- « vail sans relâche, et bientôt le trésor con- « quis sur la Régence ira enrichir le trésor (( français. »
M. deBourmont, en rendant compte au Président du Conseil des Ministres de ces brillants résultats, demandait qu’une gratification équivalente à trois mois de solde fût accordée à l’armée. Il aurait pu, en s’appuyant de quelques antécédents puisés dans notre histoire militaire, prendre sur lui de donner cette gratification; mais son excessive délicatesse l’en empêcha, et il voulut que les