‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 69 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

une petite cheminée ; c’est là que la liqueur de Moka bout en permanence, et qu’un esclave est chargé de la distribuer aux Algériens couchés ou assis sur les bancs qui garnissent les murailles. Chacun de ces hommes est armé d’une longue pipe, et sans la vivacité de leurs yeux, on les prendrait pour des figures du cabinet de Curtius, tant leur immobilité est parfaite. Ils regardaient surtout avec étonnement nos soldats allant et venant sans cesse, et faisant ce que les esclaves seuls sont chargés de faire dans leur pays. Ils nous ont avoué depuis qu’ils nous avaient crus des géants, et qu’ils ne comprenaient pas comment des hommes aussi petits pouvaient faire d’aussi grandes choses.

Le 7 juillet tout le quartier-général fut prévenu que le Dey allait venir à la Cassauba pour faire une visite au général en chef; l’amiral Duperré fut invité à assister à cette entrevue. Une compagnie de grenadiers fut envoyée à Hussein-Pacha comme garde d’honneur, et des officiers du général en chef allèrent au-devant de 1 ui pour le recevoir aux portes du palais. La curiosité était extrême

i32 campagne d’afrique.

chez tous les assistants, et quand les tambours, qui rappelaient, annoncèrent son arrivée, il se fit un profond silence : une grande infortune inspire toujours tant de respect, quand elle frappe un vieillard ! Celui-là surtout devait être si malheureux , en voyant sa capitale et son propre palais occupés par des chrétiens ses vainqueurs, qu’on ne pouvait s’empêcher de le plaindre ou de l’admirer dans la démarche qu’il faisait.

Hussein -Pacha est un homme d’environ soixante-cinq à soixante-dix ans; sa taille est petite; ses formes musculeuses et arrondies indiquent la force; sa figure, sans être belle, a cependant de la dignité, et ses yeux sur-tout annoncent de la finesse et de l’astuce. Son costume était très simple; le bournous des Arabes était jeté négligemment sur ses épaules, et un turban fait avec un cachemire de couleur cramoisie couvrait sa tête. Des Turcs et des Maures de distinction l’entouraient, mais aucun d’eux n’était armé. Il s’avança avec noblesse au-devant du général en chef qui fit quelques pas à sa rencontre; rien n’indiquait sur son visage

Page 1