CHAPITRE V
l’émotion qui devait régner au fond de son cœur ; il fut humble sans bassesse , et sa dignité n’avait rien de choquant. L’entrevue fut des plus amicales ; il demanda d’abord à être transporté à Livourne avec sa suite qui se composait de cent et quelques personnes. M. de Bourmont lui dit qu’une frégate allait être mise à sa disposition dès l’instant même , et qu’il pourrait y faire transporter tout ce qui lui appartenait. Il fit monter à deux cent cinquante mille francs à-peu-près la perte de son mobilier, et la somme lui fut portée le lendemain. Ses gens même eurent la permission de parcourir la Cassauba pour réclamer tout ce qu’ils reconnaîtraient comme ayant appartenu à leur maître; ils usèrent grandement de la permission; car, dans leur visite, plusieurs montres françaises disparurent.
Le Dey fut reconduit avec les égards qui l’avaient accompagné à son arrivée, et il traversa encore une fois la ville au milieu dn peuple silencieux. Monté sur une mule d’assez pauvre apparence , entouré d’un petit nombre des siens, et escorté par une
garde française, ce prince infortuné avait dû perdre le prestige dont sa grandeur était entourée avant ses malheurs*, cependant il n’y eut aucune démonstration hostile contre lui , et la population muette se borna à exprimer par son silence la douleur qu elle ressentait. Le général en chef lui rendit sa visite le lendemain, et leur conversation fut des plus touchantes ; le Dey commença par le remercier de tous ses bons procédés et l’assurer de sa reconnaissance éternelle pour le Roi de France. «J’avais «toujours été persuadé de la justice de ma «cause, mais je reconnais que je m’étais «trompé puisque j’ai été vaincu; je dois me « résigner à la volonté de Dieu. On m’a re- « présenté comme un despote féroce et san- «guinaire; que l’on consulte mes sujets, et « sur-tout la classe indigente de cette capi- «tale, et l’on aura la preuve du contraire, « car je leur ai toujours fait du bien. Je vous « les recommande.
«Je sais que vous avez perdu un fils; je «vous plains, et j’apprécie d’autant plus «votre douleur que la guerre nç m’a pas