CHAPITRE V. l4l
Cette cérémonie se fit à la Cassauba; elle n’eut pas toute la pompe quelle comportait, et que les circonstances rendaient impossible.
Dès le 14 on avait commencé à évacuer le trésor ; le vaisseau le Marengo était parti pour Toulon, emportant avec lui quinze millions en or; trois jours après le Duquesne mit à la voile avec pareille somme; le 21, le Scipion prit la même direction avec cinq millions seulement en argent. Ces bâtiments avaient à bord un grand nombre de malades qu’ils devaient laisser à Mahon, où était l’hôpital-général de l’armée , ou , à défaut de place, au Lazaret de Marseille.
Tous les approvisionnements de Skli-Ferrucli furent évacués sur Alger, tant par terre que par mer ; les retranchements furent désarmés , et les troupes qui s’y trouvaient , ainsi que tous les postes intermédiaires, reçurent l’ordre de rentrer à leurs corps.
La partie commerçante de la ville prenait un nouvel aspect ; à côté de la boutique d’un Algérien vendant avec gravité son tabac et ses riches étoffes, on voyait un magasin de
comestibles, dont l’écriteau, en mauvais français, annonçait que le débitant était Maltais ou Espagnol*, plus loin, un rameau de verdure invitait nos soldats à venir boire à leur patrie et à leurs succès. La rue des Consuls sur- tout constatait d’une manière fappante notre présence à Alger*, toutes les portes étaient tapissées d’enseignes, et on y voyait comme dans nos foires de France, d’énormes pièces de toiles écrites traversant la largeur de la rue.
Le transport des vivres , de la manutention aux lieux indiqués pour les distributions, ne pouvait se faire qu’à dos de mulets, par l’obligation où on se trouvait de traverser une partie de la ville; ce mode entraînait des retards nuisibles au service ; on pensa à y remédier, et on construisit des fours dans les beaux magasins du môle. La communication de la marine à la grande rue fut élargie de manière à ce qu’une voiture pût y passer sans interrompre la circulation. Les batteries considérées comme inutiles, furent désarmées, et les canons conduits sur le port pour être envoyés en France. De