‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 81 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

reçoit sur son dos une famille entière. Il fournit aux hommes son lait , sa chair , sa peau et son poil ; et la nuit, quand le voyageur fatigué est étendu sur le sable , le chameau lui fait un abri de son corps. Il veille pendant que son maître sommeille, et, comme le chien fidèle , il l’avertit de l’approche de l’ennemi. L instinct du chameau lui fait sentir l’eau à une grande distance; il reconnaît les lieux avec une précision étonnante, et on doit le regarder comme le véritable type de la patience, du courage et de la persévérance. Il souffre la faim , la soif, il est exposé aux rayons d’un soleil ardent, et supporte tout cela avec une incomparable douceur. Tant qu’il est capable de porter le fardeau dont il est chargé , et de continuer sa route, il met tous ses muscles en action ; jamais il ne s’abat et il ne s’arrête que quand ses forces sont épuisées : alors il tombe pour ne plus se relever, et ce n’est qu’en rendant à terre le dernier soupir, qu’il cesse d’être utile.

On l’emploie en général comme bête de somme. Il s’agenouille pendant qu’on met le

fardeau sur son dos, et témoigne par un sifflement ou un mouvement de tête qu’il est assez chargé. Il marche quinze et seize heures sans qu’il soit nécessaire de le frapper ou de le diriger. Dans les caravanes les Arabes battent du tambour et attachent de petites cloches aux genoux du chameau conducteur. Faut-il hâter la marche, ils font entendre un chant dont l’effet est de réjouir ces animaux et de leur faire presser le pas.

Le chameau peut se passer d’eau quatre ou cinq jours sans ralentir sa marche; il se borne à arracher en passant les racines et les jeunes branches qu’il trouve sur son chemin. Il préfère les orties, l’absinthe et les chardons. Il retient dans une sorte de petit sac la nourriture qu’on lui donne le jour du départ, et il la mâche ensuite le long de route. Il a, de plus que les autres ruminants, une poche où il met en réserve une certaine quantité d’eau , et il est arrivé quelquefois , lors de la mort d’un de ces animaux, que cette eau a conservé la vie à des voyageurs.

La forme du chameau n’est pas moins remarquable que les autres qualités qu’il pos-

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