CHAPITRE VI
physionomie mâle, leurs yeux vifs et leur teint presque olivâtre: ils sont dune taille moyenne et assez bien prise. Ceux d’entre eux qui vivent sous des tentes et errent avec leurs troupeaux, se nomment Bédouins, ou indépendants ; ils passent leur vie à fumer et à jouir des plaisirs de la campagne. On les reconnaît facilement à une extrême sobriété et à un mélange de ruse et de cordialité; ils ont un besoin impérieux de liberté et d’indépendance, et leur hospitalité ne se dément jamais. Ce qu’ils aiment le mieux au monde, c’est leur cheval; aussi sont-ils excellents cavaliers. Ils paient rarement le tribut qui leur est imposé par les Algériens sans y être contraints par la force.
Les Kabyles forment une race distincte des deux précédentes, qui paraît être sortie de l’Afrique septentrionale : elle comprend probablement les restes des anciens Libyens. Ils ont le teint rouge et noirâtre, la taille haute et svelte, le corps grêle et maigre; ils sont comme les Arabes, divisés en petites tribus gouvernées par des scheiks : une partie de ces tribus est ré-
pandue dans les montagnes de l’Atlas, l’autre dans le désert.
Quant aux Juifs, ils sont là ce qu’on les trouve en Pologne, en Allemagne, en Italie, et dans tous les états de l’Europe où ils ne jouissent pas du droit de citoyens. Abrutis par un esclavage honteux, ils rampent; ils affectent tous une grande misère pour ne pas attirer l’attention sur eux; ils sont pour la plupart couverts de haillons, et habitent des maisons où l’air est infect et la malpropreté repoussante. Le célèbre Bacri lui-même, ce Juif si riche, qui a joué un rôle dans les démêlés entre la F rance et le Dey, habitait avant notre entrée à Alger, une maison où tout était loin d’annoncer l’opulence ; mais après l’expulsion des Turcs, il prit possession d’un petit palais qui lui appartenait, et qu’il louait à un des ministres de la Régence. Il est devenu par son esprit insinuant, un personnage important, et à cette époque rien ne pouvait se faire à l’armée, en matière d’administration , sans qu’il fût consulté; aussi son crédit toujours grandissant a-t-il donné souvent de l’ombrage aux prin-