CHAPITRE VH
« niée. Le Maréchal commandant en chef a n’a reçu aucun avis officiel qui puisse les « accréditer. Dans tous les cas, la ligne des « devoirs de l’armée lui sera tracée par ses « serments et la loi fondamentale de l’état. » Le laconisme de cet ordre étonna tout le monde; et dès ce moment, les plus clairvoyants d’entre nous purent prévoir la tournure que prendraient les choses. On aurait désiré quelque manifeste plus énergique et qui répondît mieux à l’anxiété générale. Peut-être était -il plus prudent de gagner du temps et de calmer les esprits au lieu de les irriter ; et cependant ce temps était précieux ; chaque instant passé dans les incertitudes et les irrésolutions était perdu pour la défense de la cause royale, et nous apportait la nouvelle de quelque nouveau désastre. Les officiers les plus dévoués, et ils étaient nombreux, étaient d’avis qu’on formât une division délite, qu’on l’embarquât avec ou sans l’assentiment de l’Amiral, peu importait, puisqu’on pouvait disposer d’un grand nombre de bâtiments de commerce nolisés par la maison Sellières, et qu’on allât dé-
barquer sur les côtes de France, où le vent conduirait. Le trône était menacé, la famille royale avait quitté sa résidence avec les débris des forces qui avaient été chargées de maintenir l’ordre dans Paris; telles étaient les nouvelles les plus fraîches. Eh bien ! il s’agissait d’aller soutenir ce trône chancelant, et de protéger sur-tout la dynastie contre les audacieuses prétentions du parti vainqueur; on le pouvait encore. L’apparition subite dune division de l’armée d’Afrique sur le territoire français aurait rallié tous les royalistes; M. de Bourmont, à la tête de cette division , aurait pu sauver la monarchie ! Le malheur voulut que d’autres avis prévalussent dans le conseil ; et, par une fatalité inconcevable, tout ce qui tendait à faire prendre un parti noble et généreux, fut écarté.
Le temps se passait sans qu’on parût prendre aucune mesure. Seulement on envoya l’ordre aux divisions de Bone et d’Oran de rentrer à Alger. Chaque instant aggravait notre position , car les nouvelles les plus favorables à la révolution arrivaient jour-