CHAPITRE VII. i8i
nellement de France, et nous laissaient cependant dans l’ignorance la plus complète sur le sort de la famille royale. Quelques journaux, imprimés à Paris sous l’influence des circonstances, ne nous paraissaient pas devoir fixer nos idées sur les événements; c’est alors que quelques officiers demandèrent à partir pour aller communiquer avec le Pioi, n importe où il se trouverait, et sans tenir compte des lois sanitaires; leurs offres ne furent point accueillies.
Nous avions le désespoir dans lame, et cette armée victorieuse était pour ainsi dire retenue prisonnière dans les murs mêmes quelle avait conquis, par le manque d’accord entre elle et la marine. La plupart des officiers de ce corps ne dissimulaient même pas la joie que leur causaient les évènements de France, et, chose étrange, ils étaient impatients de changer de pavillon ! Cependant ce pavillon, dont les couleurs rappelaient des souvenirs de gloire à ceux d’entre nous qui avaient fait les guerres de l’Empire, ne devait être pour la marine que d’un mauvais augure ; car, à l’exception de deux ou trois
combats partiels dans l’Inde, il ne s y rattachait pour elle que des désastres et les prisons d’Angleterre! Sous le pavillon blanc au contraire la marine française avait toujours été puissante; elle s’était même montrée, à plusieurs époques de la monarchie, supérieure à celle de nos éternels rivaux. Les souvenirs de Navarin auraient dû être encore présents à la mémoire de nos officiers ; ils avaient joué un si beau rôle dans le Levant depuis le commencement de la guerre des Grecs! Enfin ce pavillon blanc était devenu en honneur chez toutes les nations; par-tout ü protégeait le malheur et servait d égide aux opprimés.
Depuis la Restauration, nos vaisseaux parcouraient toutes les mers du monde; l’amour de la science conduisait ceux qui les commandaient dans les contrées les plus reculées et les plus ignorées. Des découvertes utiles étaient le résultat de ces voyages scientifiques ; enfin la marine française avait acquis par ses travaux, par la protection qu elle accordait au commerce, par sa belle conduite dans le Levant, et par ses exploits,