LE TÉTANOS. — LE CURARE
A M. LE Docteur J, Ehrmann.
Mon cher ami,
Après quarante-huit heures de séjour sur les hauteurs que couronnent la petite ville de Volta, les murailles noircies par le temps de son enceinte démantelée et le clocheton de sa Chiesa parrocchiale — d'où la vue embrasse au loin les quatre citadelles angulaires du fameux Quodrilatère — notre Grand- Quartier-général s'est enfin acheminé vers le Mi ncio. Le l^"" juillet au matin, nous passions le fleuve, étroit mais rapide et profond, sur des arches volantes de bateaux et de chevalets, a Borghetto, au pied des ruines majestueuses d'un vieux pont
fortifié qui défendait autrefois cette issue de la vallée, en reliant entr'eux les donjons fièrement assis sur ses berges escarpées. Borgbetto, désert, a demi -brûlé, est tout meurtri encore des mauvais traitements que lui a valus la colère des Autrichiens en déroute. Dix minutes au-delà, une rampe assez raide nous élève jusqu'à Yaleggio.
Nous n'avons laissé que quelques traînards a Volta, qui n'a point d'hôpital, mais seulement un ancien couvent affecté, dans les dernières années, au logement des troupes. Après Solferino et Cavriana, Tennemi, précipitant sa fuite, avait abandonné environ trois cent cinquante blessés dans celte caserne Fatti, et nous dûmes y installer provisoirement un service médical, sous la direction de M. le Médecin aide-major Widal, pour assurer des secours a ces malheureux ainsi qu'à quelques-uns de nos écloppés ou fiévreux. La caserne Fatti doit aussi rester disponible pour recevoir les malades que le cantonnement de troupes nombreuses pourra concentrer sur Volta. Personne, d'ailleurs, ne saurait prévoir les nouvelles éventualités que l'armistice réserve à l'armée française.
Moins bien partagé encore que Yolta, Valeggio n'a qu'un dépôt de secours tout à fait insignifiant. On ne peut, en effet, donner le nom d'hôpital a une dizaine de lits de piètre apparence, dressés dans les salles basses d'une chétive masure, où l'on pénètre, en descendant plusieurs marches, par un rez-de-chaussée de niveau inférieur à celui du sol. Lamunicipali éa bien mis à la disposition de nos ambulances Téglise San-Rocco, un Oratoire et une assez vaste maison aliénante. Mais ces locaux, d'un accès difficile, manquent d'eau et d'accessoires. On crut bien faire en transportant, quelques jours après, nos malades de San-Rocco, à Borghetto. La, en effet, tout contre la tête de pont, du côté de Valeggio, une grande maison à trois étages, ancien couvent ou séminaire, promettait de la place pour deux cent cinquante malades, et la Chapelle, conservée au culte, pouvait bien en contenir une centaine. On y avait de grands hangars et le Mincie sous la main. Malheureusement, tout cela élait dans un état de délabrement déplorable, et M. le Médecin-principal Leuret, qui avait été mandé de Castiglione pour prendre la chefferie de Borghetto, dut se féliciter de n'avoir pas à poursuivre jusqu'au bout une organisation aussi ingrate.
L'armistice et les préliminaires de paix de Yillafranca, en enlevant tout prétexte aux collisions de la guerre, n'auraient laissé aucune matière a notre intervention chirurgicale, sans une série d'accidents assez graves, accumulés en quelques jours, sous nos yeux, par les imprudences les plus inconcevables. Ici, c'est un artilleur qui, en jouant avec un camarade, reçoit de lui un croc-en-jambe, et trébuche juste sous le train de son caisson. Par un bonheur providentiel, le conducteur arrête assez à temps les chevaux pour empêcher la roue de passer par-dessus le membre. Mais déjà le fémur est cassé : la fracture est simple, heureusement, et les secours sont proches. — La, un voUigeur de la Garde arme un pistolet coup-de-poing et, sans s'assurer s'il est encore chargé, lâche la détente, le canon dirigé vers sa main droite. Le coup part et la balle laboure, sous la peau, sans léser aucun os, tojt le bord cubital de l'organe, depuis le pisiforme jusqu'au devant de l'articulation phalango-phalangienne de l'auriculaire. — Sur la route de Volta, un soldat du 56^ régiment de ligne ne s'avise-t-il pas de mettre le feu, a l'aide d'une allumette chimique, à un obus autrichien ? Le projectile éclate et tue Tim-
prudent, au milieu du convoi qui chemine par la route, derrière nous et à quelques pas de M. Malaret, Adjudant d'administration de notre ambulance. Je ne sais si j'ai relaté, dans ma précédente lettre, la blessure du sapeur-conducteur du Génie j;###^ qui a eu la main dilacérée d'une manière horrible, par l'explosion d'un obus, que le malheureux avait entrepris de briser avec un marteau, pour « voir comment il était fait au dedans. » Impossible de vous bien représenter l'écartèlement des doigts et des trois derniers métacarpiens, qui ne tenaient plus a la paume que par des lambeaux cutanés : le premier et le second adhéraient davantage, encore avaient-ils été luxés sur le trapèze et le trapézoïde. Il était toutefois si important de ne pas priver l'appendice de tous ses moyens de préhension, que je n'hésitai pas a tenter de conserver tant bien que mal ce pouce et cet indicateur, sorte de pince susceptible de rendre plus tard de grands services au pauvre mutilé. Les trois derniers doigls furent donc excisés., ainsi que la base du grand os qui se trouvait aussi compromise. Je replaçai les deux premiers métacarpiens, autant que possible, en situation sur le carpe. Des lambeaux de peau,
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convenablement ménagés et assemblés par des poinls de suture, réunirent le tout : la main, soumise a des irrigations Iroides continues, fui relevée et assujettie sur une palette. Au bout de trois jours, E*^* était évacué sur Brescia, oii son opération a suivi une marche satisfaisante jusqu'au 12 juillet , époque à laquelle j'ai cessé d'avoir de ses nouvelles. — Certes, mon cher Ehrmann, c'était la une occasion bien autorisée de désarticuler un poignet ; et vous voyez notre Chirurgie militaire bien moins prompte au couteau qu'il est d'usage pourtant de l'en accuser !
La chaleur de Fatmosphère devint réellement intolérable, pendant les journées des 5, 6, et 7, et causa un grand nombre d'entrées à l'hôpital. Le cinquième Corps, qui dut rallier Vaîeggio, sous l'influence d'un soleil torride, perdit une trentaine d'hommes pendant cette marche pénible. Le mal n'atteignit pas seulement les simples soldats, ployants sous le poids du sac, des vivres, du fusil et des munitions. Un officier-supérieur est tombé mort congestionné, du haut de sa monture. A Yaleggio, où l'armée était au repos, l'inaotion
permit aux troupes de s'abreuver avec excès de Teau bourbeuse des puits de la ville, ou de Feau glaciale du Mincio : de là, beaucoup d'embarras gastriques, des diarrhées et des dysenteries, quelques-unes de ces dernières a forme grave. Ajoutez-y un certain nombre d'individus qui se noyèrent, nageurs inexpérimentés, trahis par le courant rapide, les tournants et les herbes du fleuve, ou bien saisis par le froid, asphyxiés après une immersion trop brusque ou trop prolongée.
Ce fut avec un vif sentiment de satisfaction que, le 12 juillet, nous abandonnâmes les bivouacs de Valeggio, pour aller nous installer a Dezenzano, sur les bords du Lac de Garde. Le voisinage des montagnes et d'une grande nappe d'eau nous y promettait une aération plus vive, des ressources, pour l'habitation et la subsistance, dont nous étions bien privés depuis quinze jours. L'étape fut donc gaie le long du Mincio, jusqu'à Mozembano. En nous infléchissant, ici, fortement a gauche, pour gagner le lac, par Pozzolengo et Rivoltella, nos yeux ne se délachèrent pas, sans peine, des fumées qui, s'élevant au-dessus des crêtes jaunes des bas-
tions, nous indiquaient le Camp fortifié de Peschiera. Quelques kilomètres plus loin, la vue des terres fraîchement remuées et saupoudrées de chaux, sur le champ de bataille de l'armée piémontaise, le 24 Juin, a San-Miirtino, vint nous recueillir de nouveau.— Cavriana, Solferino, San-Martino ! souvenirs d'honneur et de gloire, mais qui rappelez aussi tant d'irréparables sacrifices !
L'armée sarde compte encore près de trois cents malades, dans le petit hôpital de Dezenzano et différents locaux y annexés. Ce sont des blessés, que la gravité des lésions n'a pas permis d'évacuer sur Brescia. Leur état est généralement assez bon, quoique accusant un caractère de chl oro-anémie, qui me frappe autant par l'expression extérieure des patients que par l'aspect un peu louche des plaies. Les soldats piémontais, recrutés plus jeunes, étiolés avant l'incorporation par une nourriture moins substantielle que ne l'est la nôtre, moins aguerris que nos troupes, devaient nécessairement se ressentir plus qu'elles des labeurs d'une guerre aussi prompte et aussi mouvementée.
Le il juillet, une proclamation de l'Empereur des Français annonçait a l'armée la fm de ses opérations de campagne et le commencement de son mouvement de retraite, vers l'intérieur de la Lombardie. Dès le lendemain, le Grand-Quartier-général prenait gîte a Brescia.
Brescia, point principal des évacuations des deux armées alliées, depuis Solferino, renfermait, le 15 juillet, 6,577 malades ou blessés, ainsi décomposés quant a la nationalité : 2,850 piéniontais, 5, 172 Français et 575 Autrichiens. Cet effectif immense, qui du reste, s'était élevé, les jours précédents, jusqu'à 8,000, avait nécessité l'occupation de tous les grands locaux disponibles de la ville, au nombre de 59, y compris les collèges, les écoles, les églises et bon nombre de maisons particulières. Il en était résulté un peu d'encombrement, principalement dans les églises et dans une salle de l'hôpilal civil oii se trouvaient réunis, a tort, vingt et quelques amputés. Les blessés ne furent pas seuls à souffrir de cet état; on crut remarquer, chez les fiévreux une certaine tendance à l'aggravation des affections intestinales, et les mots de
typhus, pourriture d'hôpital, improdemment colportés par des alarmistes, suscitèrent des appréhensions qui retentirent jusqu'à Milan.
Dans sa vive et incessante soilicitude pour les troupes qui venaient d'être placées sous son commandement, S. E. le Maréchal Vaillant crut devoir en conférer avec M. le Médecin-Inspecteur Larrey. Je rejoignais justement le Grand-Quartier général, quand cette émotion se produisit. Sur l'invitation de notre honorable Médecin-en -chef, je retournai à Brescia. En visitant les h«)pitaux, je recueillis, par moi-même, et près de mes collègues MM. ïsnard et Goze, tous les documents susceptibles de former mon jugement et j'adressai, sans retard, à qui de droit, un rapport qui réduisait les faits à leur véritable signification. Il n'y avait pas trace de pourriture d'hôpital et, quant aux complications internes, tout se réduisait à quelques états saburaux des voies digestives, avec un peu de prostration générale, bien naturelle chez des liomanes fatigués par la campagne, dont la paix venait de détendre les ressorts et l'énergie, et qui, surtout, avaient été achevés par les chaleurs accablantes de la quinzaine écoulée.
Plus libre de loisirs, cette fois, que lors de mes précédents séjours a Brescia, je ne manguai pas l'occasion de m'enquérir d'une maladie plus particulièrement endémique sur ce coin de la Lombardie, la Pellagre, affection si obscure, dans sa marche, ses causes et jusqu'à son origine ; qui, chaque année, ne frappe pas moins de douze mille paysans de la Haute-italie, et dont la mystérieuse histoire date, en Europe, des dernières années seulement du siècle passé. Je ne tiendrai certes pas pour ma moindre bonne fortune médicale de cette glorieuse campagne, d'avoir pu noter, de visu, l'éruption cutanée du Mal de la Rosa; la sensation indéfinissable, au début, de la Scottatura di Sole ; la desquammation capricieuse et la cicatrisation achromatique, profondément déprimée, qui en caractérisent la période ultime. Témoin des altérations digestives et nutritives du Scorhuto alpino, de ces désordres invariables du système nerveux, passant successivement de la mélancolie au délire, a l'imbécillité et au suicide par l'eau (idromania), j'ai compris le désespoir de la science aux prises avec les difficultés incoercibles d'un mal impitoyable.
Triste aveu î Malgré les travaux des Strambio, des
Balardini, des J. Frank, desBrière de Boismont, observateurs minutieux et sagaces, chercheurs infatigables et souvent ingénieux, la question de la Pellagre — que la plume érudite de Roussel a résumée sous les dehors brillants d une théorisation simple et séduisante — aboutit, en définitive, par toutes ses fins, aux plus désolantes négations. Un peu de sérosité dans les ventricules du cerveau et le rachis; quelques arborisations sur les lobes ou les cordons nerveux ; l'injection passive, l'amincissement de la muqueuse intestinale, la raréfaction de la couche cellulo-musculaire, d'ailleurs vierge de plaques gaufrées, de follicules isolés, d'ulcérations, ne constitueront jamais l'anatomie pathologique d'une affection dont le terme est, ou le suicide, ou une fièvre typhoïde lente, chronique, à évolution caractéristique, véritable typhus pellagreux, pour me servir de l'expression même de quelques praticiens du pays. Que penser d'ailleurs de ces cas, rares à la vérité, dans lesquels, la maladie ayant suivi une marche aiguë et rapide, l'autopsie la plus scrupuleuse ne révèle absolument rien? — Au point de vue de l'étiologie, la coïncidence prétendue de l'apparition de la Pellagre avec l'introduction, en Eu-
rope, d'une culture américaine, le zéa mdis^ ne prouverait pas beaucoup, si, comme il est bien permis de le supposer, la maladie a réellement préexisté k sa description. ïrouvcr-t-on d'ailleurs une relation, aussi intime que l'hypothèse ïa ferait admettre, entre les deux faits: usage du maïs et apparition de la Pellagre ? N'est-il pas bien constaté, aujourd'hui, que cette dermatose se rencontre, là où le zèa mais manque pour expliquer son évolution; et que, réciproquement, elle fait heureusement défaut à certaines régions où cette culture abonde? L'influence du verderame, sorte d'altération qui serait au maïs ce que l'ergot est au seigle, n'a pas été plus rigoureusement démontrée.
Gomme par un excès de fa 1 alité, la Pellagre, qui n'a pasd'étiologie, pas d'anatomiepathologique, n'a pas de traitement. A Milan, ainsi qu'àBrescia, on séquestre lespellagreux, comme autrefois on enfermait les lépreux, dans les salies closes, les préaux toujours élroits des étages inférieurs des Hôpitaux (Milan). Mais les bains, les douches, qu'on leur administre, contre certaines lésions de k peau ou de rafipareil locomoteur, doivent-ils être réellement le dernier mot d'une thérapeutique proportionnée
aux désordres profonds dont je n'ai pu donner qu'une esquisse très-superficielle?
J'ai cité plus haut, a dessein, les travaux considérables dont la Pellagre a été l'objet de la part de la médecine Italienne. A Dieu ne plaise donc qu'on me prête la moindre intention de reprocher, a nos confrères alliés, tiédeur ou indifférence en cette matière déjà tant creusée par eux î Mais, un mal, si funestement dommageable au pays, ne justifieraitil pas suffisamment, devant leur science et leur patriotisme, un appel a une de ces grandes expérimentations dans lesquelles l'administration publique disposerait des modificateurs les plus puissants de l'hygiène? Les avantages que l'on a obtenus, a l'Abendberg, en Suisse, delà transplantation des crétins, du fond humide et épais des vallées sur la cîme vivifiante des montagnes, pourquoi ne tenterait-on pas d'en appliquer les bienfaits a la cure des pellagreux? N'est-ce pas, très chers confrères de la Lombardie, quand le silence de l'analyse et de l'investigation scientifique refusent à l'induction doctrinale toute lumière pour asseoir un traitement dans les conditions logiques de l'École, qu'il est permis de s'adresser largement à
cette autre source non moins féconde de notre science, dont votre grand poète a dit :
Esperienza,
Ch'esser suol fonte ai rivi di vostr'arte !
(Dante.)
Trente cas de Tétanos, environ, ont été observés à Brescia, après la bataille de Soîferino. Tous suivis de mort. Chose digne de remarque, cette terrible complication s'est manifestée presqu'exclusivement dans les Eglises transformées en Hôpitaux. Indépendamment des mauvaises conditions d'aération des couches déclives, puisque les nefs reçoivent le jour par des ouvertures très haut percées, ces locaux se distinguaient des autres par une très grande infériorité de température. L'intervention de celte cause, généralement réputée très active dans la production du Tétanos, s'aggravait encore ici par la funeste habitude qu'avaient les malades de se découvrir, dans leurs lits, pour mieux goûter une fraîcheur perfide. — Décidément, les Eglises, auxquelles il faut bien avoir recours, pour y déposer les blessés, durant les heures de presse et d'entassement qui suivent les chocs sanglants de la guerre, ne sauraient, sans de grands dangers, être
longtemps occupées. A Milan, où l'on a pu se passer de ce mode d'hospitalisalion provisoire, le tétanos n'a frappé que cinq ou six hommes. On a noté une guérisondansle service de M. Gherini: l'amputation de Pirogoff n'a pu sauver un deuxième blessé. A Turin, il y a eu trois cas de tétanos, et pendant que j'écris ces lignes, il n'est question, autour de moi, que du succès obtenu sur l'un d'eux, à l'aide du curare, par M. le D' Vella.
On sait, d'après les belles expériences de M. Cl. Bernard au Collège de France, l'action sidérante que ce poison exerce sur le système nerveux moteur. M. Vella, parait-il, aurait réussi à combattre, a l'aide du même agent, les contractions déterminées chez les animaux empoisonnés avec la strychnine. De la, à l'idée d'essayer le curare contre le tétanos traumatique, il n'y avait qu'un pas, çt ce pas , assure-t-on , vient d'être heureusement franchi.
Un sergent, atteint d'un coup de feu au pied et dont la plaie était cicatrisée, se disposait a sortir de l'hôpital, quand tout-a-coup des signes non équivoques de tétanos se déclarent, envahissant tout
le corps et l'asphyxie devient imminente, malgré les traitements usuels les plus énergiques. Après avoir pris l'avis de M. Salleron, Médecin en chef des Hôpitaux militaires de Turin, M. Vella débride la plaie et l'arrose avec une solution de dix centigrammes de curare pour quarante grammes d'eau. Au bout de trois quarts d'heure, la contracture musculaire disparaissait, et le malade, maître de ses mouvements, pouvait se lever, parler, boire et manger librement. Les accidents ayant reparu le lendemain, on les enraya de même par des applications, sur la plaie, de la solution de curare indiquée, et aussi l'administration de cette substance par la méthode endermiqae. Six lois de suite les accès de tétanos se sont reproduits, et, chaque fois, ils ont cessé une demi-heure ou trois cfuarts d'heure après l'emploi de la médication. Puis, ils se sont éloignés, diminuant toujours d'intensité, et aujourd'hui la guérison est complète. M. Vella ne manquera sans doute pas de nous faire connaître dans tous ses détails, par la voie des journaux ou des Académies, un fait que son importance élève aux proportions d'une des plus belles découvertes de la chirurgie moderne.
Je m'arrête, mon cher confrère, sur celte bonne nouvelle, bonne entre toutes. J'aurais cependant beaucoup encore a emprunter aux observations que je recueille, chaque matin, dans mes visites aux hôpitaux de Milan. Je devine particulièrement votre curiosité et celle de ceux qui daigneront lire ces hgnes, a l'endroit de la poudre de MM. Corne et Deraeaux. C'est par la précisément que je compte commencer ma prochaine épître. Aujourd'hui, et pour ne pas vous désappointer totalement, je veux seulement vous dire, sauf bien entendu toutes réserves et explications ultérieures, que la poudre opère bien. Elle n absorbe pas, je le crois du moins : elle désinfecte peut-être. A coup sûr, elle modifie avantageusement, seule ou secondée par d'autres influences, les surfaces en suppuration.
Milan, le 10 août 1859.
Vir LETTRE