JANVIER. COMBAT DE BRIVES
Apprenant dans la nuit du 8 au 9 que le général Barry s'est retiré de la vallée du Loir et que l'ennemi s'avance sur l'Homme par Ghaliaignes, le général de Jouffroy fait porter, le 9 au matin, le colonel Thierry sur Maisoncelles, pour se relier avec des renforts que le général en chef avait dirigés sur Bouloire , tandis que le colonel Bayle marche sur Brives et Saint-Pierre du Lorouer. Adixheures, l'ennemi attaque la Martinière, Brives, Saint-Frambault et le château de laGhinchuère, défendu par le 70® mobiles. A Brives, nos troupes, accablées par le nombre et malgré le secours que leur apporte le 46^ de marche , se voient forcées de reculer sur Saint-Pierre et sur Saint- Vincent du Lorouer.
A quatre heures, nous sommes obligés d'abandonner toutes nos positions pour nous retirer sur Grand-Lucé et Pruillé-l'Eguillé. La neige tombait à gros flocons, les chemins étaient impraticables ; une partie des voitures du
28î> LA DEUXIÈME ARMÉE DE LA LOIRE.
convoi durent être abandonnées, malg^ré tous les efforts faits pour les dégager des profondes ornières dans lesquelles elles s'étaient enfoncées.
Pendant que ces événements se passaient entre la grande route de Vendôme au Mans par Épuisay, et la vallée du Loir, le sous-préfet de Saint-Galais, M. Brunet, arrivé au Mans à pied à travers les plus grandes difficultés, informait le général en chef que le prince Frédéric-Charles était entré dans la ville la veille avec 10,000 hommes et 40 canons ' . Il constatait en outre la présence de l'ennemi à Sainte-Gérotte, Saint-Gervais en Vie, Vancé et Bessé. Préoccupé déjà de la retraite du général de Jouffroy, le général en chef avait donné , le 8 , l'ordre au général de Colomb, commandant le 17® corps, de porter sa 2® division sur la route de Saint-Calais, et au général Jaurès, commandant le 2P corps, de veiller à ce que le plateau d'Auvours et les épaulements d'Yvré-l'Évêque fussent solidement occupés, ainsi que toutes les positions en avant de Sargé.
En exécution de ces ordres, la 2^ division du 17* corps (général Paris) commença son mouvement le 8 dans la soirée, mais ne put être réunie à Saint-Hubert, sur la route de Saint-Calais, qu'à quatre heures du matin le 9, à cause du mauvais temps et de la neige qui couvrait le sol. Elle était précédée et éclairée par trois escadrons du 4^ régiment de cavalerie légère. A onze heures et demie, elle atteignait Ardenay.
9 JANVIEB. COMBAT d'aBDENAY.
Le bataillon du 48% qui formait tête de colonne, fut placé en grand'garde dans le parc du château d'Ardenay et sur des positions à droite et à gauche de la route. La
* Voir note 14.
division s'établit sur la butte d'Ardenay, détachant sur sa gauche quatre compagnies du 85^ mobiles pour surveiller la route du Breil, sur laquelle des coureurs ennemis avaient été signalés. La cavalerie et la compagnie d'éclaireurs du capitaine Taillandier venaient de rentrer de reconnaissance sans avoir pu rien apercevoir, tellement le temps était sombre et la neige épaisse, lorsqu'à midi et demi le bataillon d'avant-garde fut attaqué par des tirailleurs ennemis. — Au bout d'une heure, le combat était général; notre gauche dut se replier dans les bois au pied des crêtes d'Ardenay, malgré l'opiniâtreté de la résistance du commandant Gorcelet, du ^V de marche, jusqu'au moment où il fut atteint mortellement. La droite put tenir plus longtemps ; mais à la tombée de la nuit elle dut reculer sur le village d'Ardenay, pour s'y défendre derrière les haies et dans les chemins creux qui y aboutissent. Maître du terrain au pied de la butte, l'ennemi commença dès lors un mouvement tournant sur la droite , pendant que de nouvelles troupes se massaient sur notre front dans les bouquets de bois et ouvraient contre nos positions un feu de mousqueterie des mieux nourris. On était cependant parvenu à hisser à grand'peine au sommet de la butte trois pièces de 4 et une mitrailleuse, qui, après une canonnade d'une demi-heure , firent taire une section d'artillerie ennemie placée à 1,200 mètres de l'escarpement. A cinq heures et demie, toutes les troupes de la division avaient été successivement engagées : à notre gauche, le 85^ mobiles était menacé sur son flanc par une forte colonne d'infanterie; sur notre front on repoussait à la baïonnette une attaque dirigée contre un groupe de maisons au pied de la butte. L'obscurité était presque complète. Les hommes étaient harassés par la marche si pénible de la veille et la lutte de la journée. Le général Paris décida donc qu'il était impossible de conserver la position
n% LA DEUXIÈME ARMÉE DE LA LOIUE.
jusqu'au lendemain , mais qu'on la tiendrait jusqu'à la nuit close et assez longtemps pour permettre à l'artillerie et aux convois de prendre de l'avance en arrière. L'infanterie ne battit en retraite qu'à sept heures et demie, après avoir résisté aussi longtemps qu'elle le put à l'ennemi qui venait de couronner la butte. La retraite ne fut pas inquiétée, et la division put arriver le 10 dans la matinée sur le plateau d'Auvours'. Elle avait eu une quarantaine de tués dont 2 officiers, et environ 210 blessés dont 10 officiers.
OPÉRATIONS DU GÉNÉRAL ROUSSEAU SUR l/lIUISNE.
Avant de décrire les combats qui vont être livrés autour du Mans, la bataille du 11 et la retraite de l'armée au delà de la Sarthe, il convient de jeter un coup d'œil en arrière et de raconter les faits qui se sont passés dans la vallée de l'Huisne, du 1" au 9 janvier.
Le 2P corps avait, comme on l'a vu, détaché en avant de ses positions deux colonnes mobiles. L'une, la moins importante^ fournie par la 3^ division de ce corps, s'était avancée jusqu'à Ballon pour occuper ce point et surveiller de là les routes de Mamers et d'Alençon; l'autre, celle aux ordres du général Rousseau, arrivée dès le 30 décembre à la Ferté-Bernard, avait envoyé sur sa droite un détachement des trois armes sous les ordres du commandant Bonnefond-Pédulans , qui , après l'heureux coup de main de Gourtalin, avait rejoint le 3 janvier, à Nogent-le- Rotrou, le corps principal qui s'y était porté le premier. Enfin les éclaireurs du colonel Lipouski surveillaient les environs de Bellesme, s'étendant jusqu'à la Fourche^.
Le 3 janvier, les troupes du général Rousseau, renfor-
* Voir noie 1.3.
2 Voir note 10.