LIVRE PREMIER.— ORLÉANS
retraite de reniiemi , qui fut poursuivi , tant que l'on put y voir, par le feu de notre artillerie.
Si le succès avait été complet à droite et au centre , les résultats obtenus sur la gauche auraient pu être plus satisfaisants. Dès deux heures le général Reyau avait fait prévenir que son artillerie avait fait de grandes pertes en hommes et en chevaux, qu'elle n'avait plus de munitions, et que sa cavalerie avait éprouvé partout une résistance sérieuse. Il paraissait redouter un mouvement tournant de l'ennemi , et informait qu'il se croyait obligé de se replier. Le commandant du 16' corps avait alors porté en avant la brigade Bourdillon , maintenue jusque-là en réserve , et l'avait dirigée sur Saint-Sigismond , pour donner un appui solide à la cavalerie. A ce moment les batteries de la réserve allaient prendre part au combat que soutenait si vigoureusement l'amiral, et empêcher l'ennemi de faire aucune menace sérieuse sur notre flanc.
Vers cinq heures , le général Reyau avait de nouveau fait prévenir qu'une colonne d'infanterie lui était signalée dans la direction de Villamblain , et qu'il croyait dès lors indispensable de se retirer sur les emplacements d'où il était parti le matin. On sut bientôt que la colonne signalée n'était autre que celle des francs-tireurs Lipouski marchant dans la direction de Tournoisis ; malheureusement le mouvement en arrière de la cavalerie s'opérait déjà, la nuit arrivait , et il ne fut plus possible de la reporter en avant. Du reste , on ne savait pas encore exactement l'étendue du succès que l'on venait d'obtenir ; comme l'action continuait malgré les ténèbres , on pouvait penser que si l'ennemi avait dû abandonner ses positions , il allait profiter de la nuit pour se préparer à les reprendre le lendemain.
Telle est pour le 16" corps la bataille de Goulmiers. Sa part y avait été large, difficile et glorieuse; il avait eu affaire à la fin de la journée à presque toute l'armée
du gëntral de Thann, dont les derniers corps, arrivés en toute hâte d'Orléans et des bords de la Loire au secours des défenseurs de Baccon , de la Renardière et du Grand- Lus, s'étaient trouvés en grande partie réunis pour essayer (le conserver Goulmiers et l'accès des bois en arrière de Gémigny et de Rosières, dans le but de couvrir les grandes routes du Mans et de Ghâteaudun , qui devaient nous amener à Orléans.
Nos troupes d'infanterie de ligne et de garde mobile, qui pour la plupart voyaient le feu pour la première fois , avaient été admirables de courage et d'entrain ; les chasseurs à pied surtout avaient montré beaucoup d'aplomb et de solidité. L'artillerie méritait les plus grands éloges, et les devait à l'activité et à l'énergie du colonel de Marcy et de ses officiers. Malgré des pertes très-grandes en hommes , en chevaux et en matériel , elle n'avait pas hésité un instant à se porter en avant chaque fois qu'elle en avait trouvé Toccasion, et avait manœuvré sous une grêle de projectiles avec une précision et une intrépidité remarquables. La cavalerie n'avait pas été moins brillante : elle s'était portée avec beaucoup d'audace sur la droite de l'ennemi , avait parfaitement supporté un feu des plus meurtriers , et n'avait eu que le tort de ne pas comprendre le rôle important qu'elle eût pu jouer à la fin de la bataille si elle se fût trouvée à la chute du jour sur les positions qui lui avaient été assignées , au lieu d'engager contre les défenses des villages une lutte dans laquelle son artillerie, exposée de trop près, s'était épuisée en vain, et avait beaucoup souffert sans produire d'autre résultat sérieux que de s'attirer à elle-même des pertes qu'elle eût pu éviter.