LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
du Ghéne-Verget, de Lëpérie dans la vallée de Puiseaux, et à fortifier la position de Loresse, sur laquelle l'ennemi ne manquerait pas de se porter le lendemain. Les pertes dans cette journée avaient été sensibles, en officiers surtout : plus de 100 avaient été atteints, et dans son rapport officiel, le général Jaurès évalue à plus de 3,000 les hommes tués, blessés ou disparus. Il faut dire toutefois que, parmi ces derniers, un grand nombre s'étaient débandés à la nuit et rejoignaient pour la plupart leurs corps les jours suivants.
Pendant que ces laits se passaient devant le front des 1'* et 2^ divisions du 2P corps, la 3^ n'avait, en avant de Ghanteloup, que des engagements partiels de tirailleurs, et ne perdait pas de terrain.
Sur l'Huisne, l'ennemi allait faire de sérieux efforts contre le plateau d'Auvours et les hauteurs d'Ivré-l'Évéque défendus par la 2^ division du 17^ corps et la division de Bretagne du 2P, sous le commandement supérieur du général de Colomb. Dès la veille, les trois batteries de la 2^ division avaient pris position sur le plateau, et dans la matinée elles avaient été renforcées par deux batteries de la réserve sous le commandement du chef d'escadron Isaac. Cette artillerie assurait la défense du terrain d'Auvours, qui coupé de bois, sillonné de retranchements, domine d'un côté la vallée de l'Huisne, de l'autre la voie ferrée et les routes de Paris et d'Orléans, par Saint-Calais.
Sur les hauteurs du Luart et de la Croix, les 15^ et 16' batteries du 18" régiment, tirées du 17® corps, concouraient avec les batteries de la division Goujard et une section de mitrailleuses américaines placée sur la route d'Yvré, au-dessous des épaulements du Luart, pour protéger la rive droite et toute la vallée de l'Huisne entre Taile gauche des troupes de l'amiral et celles occupant Auvours.
La lutte commença de bonne heure contre ces dernières positions. La batterie du Luart ripostant difficilement à une batterie prussienne postée sur un mamelon couvert qui commande les Arches, le général en chef fit avancer, vers deux heures, une section de 12, qui contre-battit avantageusement l'artillerie ennemie et put prendre d'écharpe les pièces que les Allemands disposaient à droite et à hauteur de Changé. En même temps, on apercevait un grand nombre de tirailleurs précédant des colonnes qui, profitant des peupliers et des nombreux bouquets de bois dont le terrain est couvert, marchaient dans la direction d'Yvré-l'Evéque sur la gare du chemin de fer. Chaque fois que ces masses apparaissaient distinctement à travers les éclaircies du paysage, le feu des batteries de la division de Bretagne, et principalement celui des mitrailleuses, habilement dirigé par le commandant Perron, les mettait en désordre et les forçait à se rejeter en arrière. Le combat se soutint ainsi, avec avantage pour nous en avant d'Ivré , jusqu'à la nuit.
Il n'en était pas de même au plateau d'Auvours. Vers midi , les troupes de la gauche du général Goujard avaient évacué Champagne attaqué par des forces très-supérieures, et s'étaient repliées sur le pont de Parence, qu'elles gardaient. Sur le plateau, le 5P avait perdu du terrain, mais jusqu'à deux heures l'affaire se borna à un échange d'obus et en combats d'avant-postes tous à notre avantage. Dans l'un d'eux, à la station du chemin de fer, vingt-cinq hommes du 48* de marche détruisirent presque complètement une compagnie prussienne. A deux heures, l'ennemi ayant pu se tenir à Champagne et y organiser une attaque, gravit les pentes d'Auvours et déboucha brusquement sur le plateau. Pendant une heure, les mobiles du corps de Bretagne et le 51% soutenus par des mitrailleuses, résistèrent énergiquement, mais ils finirent par lâcher pied,