LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS. ?A
abandonnant trois mitrailleuses. Installés dès lors sur la position, perpendiculairement à nos lignes, les Allemands purent battre le plateau dans toute sa longueur, tandis que leur artillerie de la plaine, qui s'était rapprochée, le battait de face. — Cette situation ôta à nos jeunes troupes le sang-froid et la hardiesse qui leur eussent été nécessaires pour en sortir. I^eur mouvement de retraite s'accentua de plus en plus ; il devint définitif après l'échec d'un bataillon du 48® qui essaya en vain de reprendre l'offensive. Le général Paris ne put contenir un désordre fâcheux et ne retira qu'à grand'peine son artillerie , en laissant aux mains de l'ennemi trois pièces démontées.
Le général Goujard défendait cependant vigoureusement les ponts d'Ivré. Devant la panique de la 2® division, le général de Colomb donna au commandant des troupes de Bretagne l'ordre de reprendre Auvours , coûte que coûte. Cette mission périlleuse était en bonnes mains : le général Goujard se mettant lui-même à la tète d'une colonne d'attaque d'environ deux mille hommes, composée du 1" bataillon des volontaires de l'Ouest, des mobiles des Côtes -du -Nord et de quelques débris ralliés du 17" coi'ps, aborda résolument la position et la reprit après une action des plus brillantes et des plus vigoureusement menées. Les volontaires de l'Ouest s'étaient montrés héroïques. Ils avaient soutenu sans hésitation la terrible fusillade qui les accueillit et s'étaient battus corps à corps, mais leurs pertes étaient considérables. Les autres troupes les avaient imités. Le général Goujard avait eu son cheval percé de six balles; le général en chef le nomma, sur le champ de bataille, commandeur de la Légion d'hon-
neur V
Ainsi donc , sur les deux rives de l'Huisne , le général
t Voir la note no 28,
Jaurès et le général de Colomb étaient, à la nuit encore, maîtres des positions qui assuraient la défense du Mans de ce côté.
Sur la droite de nos lignes, dans le secteur sous les ordres de l'amiral Jauréguiberry, les choses étaient menées par lui avec son entrain et sa vigueur habituels, et le succès était des plus satisfaisants.
Parti le matin à quatre heures de Ghâteau-du-Loir, il arrivait à neuf heures à Pontlieue, ramenant neuf mille hommes appartenant principalement aux colonnes Bérard et Jobey, qu'il avait dès la veille dirigées sur le Mans. En outre, il donnait l'ordre au colonel Marty de hâter sa marche de Marigné sur la position qu'il devait occuper, mais sur laquelle il ne put déboucher avant trois heures et demie. De ce qu'il ramenait, l'amiral avait organisé, indépendamment de la brigade Desmaisons, une division de deux brigades sous le commandement du général le Bouédec, qui venait d'être mis à sa disposition ; la première, forte de trois bataillons du AV de marche, d'un bataillon du 74® mobiles et d'une batterie de 4 sous les ordres du colonel Bérard; la deuxième, de trois bataillons du 40® de marche, du 16" bataillon de chasseurs a pied, d'une batterie de 4 et de deux cent cinquante cavaliers du 2® chasseuîs mixte sous les ordres du colonel Jobev.
Déjà, vers huit heures du matin , la batterie du capitaine Delahaye, composée de trois mitrailleuses (19^ du 10® régiment) , placée derrière des épaulements sur la route de Parigné-l'Évéque , avait ouvert son feu sur des colonnes ennemies qui traversaient la route pour se porter sur les points où les attaques de la journée devaient se produire. Ce tir abonne portée avait jeté un grand désordre dans ces colonnes. Derrière la batterie Delahaye, deux pièces de 8 de la division Roquebrune, tirant par-dessus