LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
les mitrailleuses, aidèrent beaucoup à cet effet. Les troupes de la division Jouffroy prenaient alors leurs positions au-dessus de Changé, appuyant leur droite à la gauche de la division Roquebrune à cheval sur la route de Parigné. La division Deplanque, 1" du 16^ corps, bordait ensuite le chemin aux Bœufs jusqu'à la Tuilerie , qu'occupaient les nouveaux contingents de Bretagne du général Lalande se reliant sur leur droite aux troupes du général Barry, auxquelles était confiée la mission de défendre le terrain entre les routes de Tours et de la Flèche , en s'appuyant sur la Sarthe au-dessus d'Arnage et en couronnant les escarpements qui dominent le chemin aux Bœufs sur cette partie des lignes ^ A midi, l'action, dans le secteur aux ordres de l'amiral, se dessina sur la gauche par une vive fusillade partant des bouquets de pins aux abords de Changé. Deux régiments de la division de Jouffroy soutenaient ce premier effort. L'intention de l'ennemi paraissant être de tourner notre gauche et de pénétrer dans la vallée de l'Huisne, l'amiral y porta la brigade Desmaisons qu'il avait maintenue comme réserve à Pontlieue, en même temps qu'il faisait appuyer de ce côté une partie de la division Roquebrune. C'est en conduisant ces renforts qu'un des officiers les plus vigoureux de l'armée , le lieutenant-colonel de Lambilly, sous-chef d'état-major du lô*" corps, fut mortellement blessé. Le combat s'étendit bientôt jusqu'à la route de Parigné, devint de plus en plus acharné, et se continua avec des alternatives de succès et de revers. Vers trois heures, la gauche tenait bien , mais au centre nos troupes, qui avaient brûlé une grande partie de leurs munitions , commençaient à faiblir entre Changé et la route de Parigné. L'ennemi avait même pu se glisser dans les bois très-touffus en avant de ces posi-
1 Voir la note n» 29.
tions, et s'approcher assez près de nos batteries de la route de Parigné pour faire craindre qu'il ne les enlevât. Les troupes du colonel Bérard venaient heureusement d'arriver; le 4P de marche tomba à la baïonnette sur les assaillants, qu'il força à reculer après leur avoir fait des prisonniers, et put s'établir sur la route n\ême, à douze cents mètres en avant de nos batteries , position qu'il conserva toute la journée , en repoussant avantageusement toutes les nouvelles attaques que les Allemands purent essayer. Sur la gauche, le général Desmaisons était entré en ligne. Nos troupes , qui s'étaient un instant retirées faute de munitions, ayant été réapprovisionnées, l'offensive fut reprise avec entrain, et l'ennemi fut maintenu depuis lo Tertre jusqu'aux bords de l'Huisne. Les batteries de la Tuilerie et du Tertre-Rouge, la 19^ du 8^ régiment (mitrailleuses), capitaine Péret, et la 14* du 7^ régiment (batterie de 12 de la réserve) , capitaine Gauthier, avaient ouvert le feu sur une colonne profonde d'infanterie, laquelle dut se retirer derrière deux de ses batteries, qui ripostèrent jusqu'à la nuit. La batterie Péret avait eu un officier et deux hommes blessés , trois chevaux tués , un caisson brisé ; elle avait tiré cent quatre-vingt coups à des distances variant entre deux mille et deux mille sept cents mètres. La batterie Gauthier avait lancé quatre-vingt-seize projectiles à deux mille cinq cents et trois mille mètres, sans que l'artillerie ennemie lui eût coûté plus d'un homme tué, un blessé et un cheval tué.