LIVRE QUATRIEME. — LE MxiNS
sérieux avait été l'évacuation momentanée d'Auvours , mais il avait été rapidement et brillamment réparé par le beau fait d'armes du général Goujard à la tète d'une partie de sa division de Bretagne et des troupes du 17° corps qu'il avait ralliées. L'ennemi avait fait de grands efforts surtout le front de nos lignes depuis le Tertre-Rouge jusqu'à la gauche du 2V corps. Si nos pertes étaient sérieuses, les siennes étaient plus considérables encore, grâce à l'avantage que nous donnaient les positions qu'il attaquait, et sur lesquelles nous avions préparé à l'avance des moyens de défense. Un mouvement très-considérable de son artillerie , qui s'était reportée en arrière et en colonne sur les principales routes par lesquelles il avait débouché, pouvait donner l'espoir que peut-être le lendemain il se déciderait à la retraite, s'il acquérait la conviction que nous pouvions lui opposer la même résistance.
Nos troupes étaient très-fatiguées , elles avaient eu à peine le temps de manger, mais leur attitude avait été bonne et devait donner confiance. Pour tout le monde, nous avions le succès ; cette première bataille du Mans, si elle se fût terminée là, était donc incontestablement une victoire ,
Il restait à continuer cette résistance, à persister à défendre nos positions si les Allemands tentaient de nouvelles attaques, et à profiter de l'occasion qui pouvait se présenter de les battre si un nouveau succès de notre part les forçait définitivement à la retraite. En conséquence, le général en chef donna, le 1 1 au soir, les instructions suivantes :
«« Au grand quartier général du Mans , le 11 janvier 1871 (n" 210).
« L'ennemi a renouvelé ses attaques sur presque tout le : front de nos lignes. Sur la rive droite de l'Huisne nos ; positions ont été maintenues ; sur la rive gauche, le vil-
" lage de Gliampagnë, gardé d'une façon insuffisante, a » du être abandonné. De ce côté, l'ennemi a paru con- » centrer ses efforts sur le plateau d'Auvours, dont il » comprenait l'extrême importance ; mais les dispositions >• prises par le général de Colomb, l'énergique ténacité du ) général Goujard et le courage du corps de Bretagne nous 1' ont conservé cette position, qu'il ne faut céder à aucun w prix.
» L'ennemi, qui s'était emparé hier au soir de Changé » malgré la vigoureuse résistance de la brigade Ribell , et » qui s'y était établi en forces , a attaqué vers midi les ' positions qui dominent le chemin aux Bœufs ; notre » ligne, trop faible à son extrême gauche, eût été tournée 5 sans le feu des batteries étabhes au-dessus d'Yvré-l'Évê- » que et le long de la route du Mans. La division Jouffroy, !) malgré sa fatigue, renforcée par le76®mobiles, qui a été ) très-vigoureux, s'est maintenue solidement sur ses posi- ' tions.
» Sur la route de Parigné , la division Roquebrune a » repoussé toutes les attaques des Prussiens ; il en avait » été de même sur la route de Tours, lorsque les mobi- " Usés de Bretagne , sous les ordres du général Lalande , » cédant à une panique produite par un retour offensif !^ fait vers le soir par un bataillon ennemi, ont abandonné, » sans résistance, l'importante position de la Tuilerie , " qu'ils étaient chargés de défendre. De telles paniques ' sont une honte, et le général en chef prescrit au vice- ' amiral Jauréguiberry d'ouvrir une enquête sur ce fait y. déplorable'^ .
» L'amiral commandant supérieur des forces chargées 3 de la défense en avant de Pontlieue a pris ses disposi- •> tions pour faire réoccuper de vive force la Tuilerie.
« A la nuit, l'ennemi a tenté un suprême effort sur le » plateau d'Auvours et en avant de la division Jouffroy;