ABANDON DE LA POSITION DE LA TUILERIE
Il était environ huit heures du soir ; les instructions qui précèdent venaient à peine d'être expédiées, lorsque le bruit se répandit que l'ennemi s'était emparé de la position de la Tuilerie. Des officiers d'état-major furent immédiatement envoyés dans cette direction ; avant leur retour cette fatale nouvelle était déjà confirmée par le général Lalande lui-même, informant le général en chef qu'il arrivait au rond-point de Pontlieue par suite d'une panique de ses hommes à la vue d'une colonne prussienne marchant sur ses positions, et par la dépêche suivante, écrite à huit heures et demie par l'amiral, rentré depuis quelques instants seulement à son quartier général :
« J'apprends que l'importante position de la Tuilerie
M (route de Mulsane) a été abandonnée après un échange
» de quelques coups de canon. Les troupes de Bretagne
» ont évacué la droite qu'elles occupaient, et le général
» Isnard de Sainte-Lorette, voyant cela, a évacue la gau- » che. Il paraît que cela s'est fait si promptement que le » général Deplanque ne s'est aperçu de rien. J'envoie le » général Le Bouèdec, que j'ai ici sous la main avec quel- » ques troupes, reprendre immédiatement la position, car « cette aventure extraordinaire compromet le succès de la » journée.
» Je fais aussi prévenir le général de Roquebrune, qui, » manœuvrant par la hauteur, favorisera le mouvement. »
Malgré la gravité de cette nouvelle, le général en chef, comptant qu'après un premier moment de trouble les mobilisés de Bretagne, appuyés par les troupes qu'on envoyait pour les soutenir, reprendraient promptement et facilement leurs emplacements sur lesquels les Allemands ne pouvaient pas encore être établis en force, rendit compte au ministre de la guerre des événements de la journée par le télégramme suivant :
« Nous avons eu aujourd'hui la bataille du Mans; l'en- » nemi nous a attaqués sur toute la ligne. Le général Jaurès M s'est solidement maintenu sur la rive droite de l'Huisne ; » le général de Colomb s'est battu avec acharnement pen- » dant six heures sur le plateau d'Auvours; le général » Goujard, qui a eu son cheval percé de six balles, a » montré là la plus grande vigueur, et ses troupes de » Bretagne ont puissamment contribué à conserver cette » position importante. J'ai annoncé au général Goujard » qu'il était commandeur. Au-dessus de Changé, le général » de Jouffroy s'est maintenu, malgré la fatigue de sa di- » vision et les efforts de l'ennemi ; la division Roquebrune » ne s'est pas laissé entamer sur la route de Parigné. Nous » coucherions sur toutes nos positions, sans une panique » des mobilisés deBretagne du général Lalande, qui, cédant » sans résister devant un retour offensif tenté à la tombée » de la nuit par l'ennemi, ont abandonné la position im-