LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS. 3V
>7 tive et sérieuse , mon intention était de marcher sans » un jour de retard sur cet ennemi affaibli et fatigué , et ' il me semblait pouvoir, sans présomption , espérer le » succès.
» Il ne devait pas en être ainsi : les incidents les plus " inouïs et les plus inattendus allaient déjouer toutes mes » prévisions.
» L'ennemi s'avançant avec des forces très-considéra- )' blés, je rappelai à moi les colonnes mobiles, qui opérè- » rent leur mouvement rétrograde dans le meilleur ordre, )' sans se laisser entamer, et après avoir défendu successi- 55 vement, et pied à pied , toutes les positions en avant ; » j'établis toutes mes troupes sur les lignes de défense que ' je leur avais choisies. Les attaques de l'ennemi étaient » opiniâtres et incessantes.
» Néanmoins, le 10 janvier au soir, toutes mes lignes » étaient intactes, et, malgré les doléances de quelques )' chefs, venant me déclarer que leurs troupes en avaient » assez et refusaient de se battre, et me supplier d'ordon- » ner la retraite, ma confiance était entière.
» Le 11 au matin, je parcourus à cheval toute la ligne » de bataille, relevant le moral des troupes, leur promet- » tant des récompenses que vous m'aviez autorisé à leur " décerner, et faisant un appel, écouté et compris par elles, » à leur patriotisme et à leur courage.
n La bataille s'engagea à ma droite sur les hauteurs en » avant de Pontlieue. L'amiral maintenait toutes ses posi- » tions et pénétrait même sur celles de l'ennemi. Sa gauche 5' seule avait faibli un instant; mais j'avais arrêté ce mou- » vement en faisant placer sur les hauteurs d'Yvré deux » batteries , qui prirent l'ennemi d'écharpe et le firent » reculer.
» Au centre, le général de Colomb luttait péniblement « sur le plateau d'Auvours, que l'ennemi avait un instant
» menacé d'occuper tout entier. Mais un effort vigoureux n du ge'nëral Goujard l'en chassait, et nous laissait maîtres » des positions.
» A gauche et plus en avant , le général Jaurès com- » battait sans perdre un pouce de terrain , et avec avan- ' tage.
» Aussi, quand, vers six heures du soir, je quittai le »» champ de bataille pour rentrer à mon quartier géné- » rai, j'étais on ne peut plus satisfait de la journée, qu'on " pouvait à bon droit considérer comme une victoire, et » tout prêt à recommencer le lendemain.
» Tant d'efforts allaient être perdus. J'appris d'abord » que le général de Lalande, placé par l'amiral au plateau » de la Tuilerie , au centre de sa ligne , avec les mobilisés » de Bretagne etde l'artillerie, avait évacué spontanément, » à la nuit, cette magnifique position sans la défendre, » et devant des forces très- inférieures. Les mobilisés « d'Ille-et-Vilaine avaient fui au premier obus ; l'ennemi » s'était installé à la Tuilerie sans coup férir.
» Je donnai à l'amiral l'ordre de réattaquer immédiate- » ment et de reprendre à tout prix la position la nuit » même. A deux heures du matin, l'amiral m'informait )' qu'après avoir été réunies et amenées à grand'peine, « les troupes chargées de cette attaque s'étaient enfuies et » débandées au premier coup de fusil , et que la position » n'avait pu être reprise ; que la division de Jouffroy, pla- » cée à sa gauche, s'était débandée pendant la nuit et avait » lâché ses positions , aussitôt occupées par les Prussiens , )' et que sur tous les points , à l'exception de la division » Roquebrune, les troupes, prises d'une panique et d'une » défaillance inexphcables, se débandaient en grand nom- » bre, qu'on ne pouvait plus compter sur elles, et qu'il » fallait songer à la retraite.
»» Je répondis en donnant l'ordre formel de prendre