‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 251 sur 345 · LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS

colonnes ennemies et les obligeaient à se déployer. C'est à ce moment qu'un obus, après avoir traversé le cou du cheval de l'amiral , vint frapper mortellement le brave colonel Béraud, chef d'état-major général du 16^ corps.

L'ennemi, qui, bien qu'en nombre supérieur, ne pouvait aborder de front nos positions , prononça alors un mouvement tournant sur notre droite, trop faible par «uite de notre insuffisance numérique. L'amiral ne pouvant la renforcer , la fit soutenir par les mitrailleuses du capitaine Delahaye , dont le tir (377 coups) fut très-efficace, en même temps qu'il soutenait le moral de nos tirailleurs. Nos canons à balles avaient, par une seule décharge, réduit au silence une section de montagne que l'ennemi avait audacieusement établie devant elle et à bonne portée.

Au centre et à gauche , nos batteries , bien que souffrant beaucoup , arrêtaient partout les efforts désespérés que faisaient les Allemands pour enlever la position. Les 6 pièces de 4 du capitaine Thiébault répondirent avec avantage, pendant toute la durée du combat, à 8 pièces établies sur la droite de la route , tandis que le capitaine Perret, dirigeant le feu de ses mitrailleuses avec beaucoup d'habileté , faisait replier à diverses reprises une autre batterie qui cherchait à se poster à 2,000 mètres , et dispersait des colonnes qui essayaient de déborder notre gauche. La batterie Thiébault avait tiré 180 coups et comptait 1 officier blessé, le lieutenant Gognon, 2 hommes tués, 5 blessés, 6 chevaux hors de combat, 2 coffres d'avanttrain et 1 roue brisés. La batterie Perret, qui avait consommé 576 boîtes, n'avait eu qu'un homme tué, 2 blessés, Â chevaux tués et son matériel assez fortement endommagé . Vers cinq heures et demie, le feu cessa sur toute la ligne. Nos troupes n'avaient pas perdu un pouce de terrain et l'ennemi n'avait pu pénétrer dans le village de

Saint-Jean. L'affaire paraissait terminée, lorsque vers six heures, la nuit venue, le colonel Ribell, commandant l'aile droite , vint informer l'amiral que le 22" mobiles ayant abandonné trop tôt ses positions , l'ennemi , profitant de cette trouée, nous avait débordés à la faveur de l'obscurité et pénétrait dans le village. C'était, en effet, une colonne qui ayant franchi le pont de Saint-Pierre-sur- Erve , avait pu tourner nos positions par les chemins creux que , faute de monde , l'amiral n'avait pu garder. Il fallut dès lors songer à la retraite , qui s'opéra en bon ordre sans l'abandon d'une seule pièce et d'une seule voiture.

Nos pertes dans cette journée étaient numériquement insignifiantes, si on les compare à celles de l'ennemi. Des officiers prussiens faits prisonniers quelques jours après avouèrent avoir perdu dans cette affaire 3,000 hommes tués ou blessés , et ce renseignement est encore confirmé par les dires des gens du pays, qui le recueillirent également des troupes qu'ils eurent à loger.

Le général Le Bouèdec, dont les troupes occupaient le village de Saint-Jean, avait essayé en vain d'y tenir; le AO^ de marche , commandé par le chef de bataillon Mercier, ne- s'était retiré qu'après avoir fait des prisonniers. Le même soir , tout le 16* corps put gagner Saint-Jean-le- Bruant sans être inquiété *.

Ainsi sur nos deux ailes, à Sillé-le-Guillaume et à Saint-Jean-sur-Erve , nous avions tenu tète à l'ennemi en lui infligeant des pertes sérieuses. Un temps effroyable, une neige incessante mêlée de pluie qui provoquait le dégel et qui rendait les routes impraticables , les fatigues d'une marche pénible , les privations de toutes sortes et l'effet démoralisant de la retraite , n'avaient point empêché cette fois encore nos braves soldats de faire résolû-

* Voir la noie n«» 38.

Page 1